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 Nom :LCrim.Tangorre2uc TANGORRE

 Né le :1959

 Mort le :Libéré, Toujours en vie

 Surnom :" Le violeur des quartiers Sud "

 Victimes :  11 femmes violées, certainement plus

 

- Avril 1981 : Il est environ deux heures du matin quand Sylviane, une femme de 31 ans, rentre chez elle dans le 8ème arrondissement de Marseille. Devant la porte de son appartement, un homme la menace d'une arme et l'oblige à revenir vers sa voiture. Sylviane est contrainte de prendre le volant et conduit, sous la menace de l'arme, jusqu'à un chemin que son agresseur a désigné. Le ravisseur l'oblige à se dévêtir partiellement et la viole. Tous deux repartent après un moment et Sylviane rejoint son domicile.

- Le lendemain Sylviane dépose plainte pour viol à la gendarmerie de Marseille. Elle décrit l'agresseur, un homme âgé de 20/25 ans habillé de sombre et chaussé de tennis blanches. Un gendarme dresse un portrait robot du  violeur. Elle apprend alors que d'autres plaintes similaires ont déjà été déposés.

- Entre fin 1979 et avril 1981 : 9 autres jeunes femmes sont venues porter plainte pour agressions sexuelles ou pour viols perpétrés dans les 8e et 9e arrondissements de Marseille.

- Le soir même ; une autre agression a lieu à Marseille

- Une semaine plus tard : un autre viol

- 12 avril 1981 : Les policiers maraudent entre 23h et 2h00 du matin dans les 8e et 9e arrondissements de Marseille à la recherche du suspect. ils repèrent un homme au comportement étrange qui semble guetter ou attendre sans but certain.  L'homme correspond au portrait robot. Ils décident de l'interpeller pour un simple contrôle d'identité :

L'individu s'appelle Luc Tangorre et il a 22 ans.  Il posséde une 2cv citroën et déclare attendre un ami. Les policiers le fouillent et trouvent un couteau de cuisine. Tangorre est illico emmené au commissariat pour y être interrogé. Les gendarmes, après une nuit de garde à vue,  demandent à Sylviane de venir au poste pour identification d'un suspect. Luc Tangorre est placé parmi des enquêteurs derrière une glace sans tain et Sylviane le désigne tout de suite sans la moindre hésitation. C'est cet homme qui l'a violé, elle en est certaine. D'autres victimes agressées défilent au commissariat et toutes reconnaissent formellement Luc Tangorre comme étant leur agresseur. Tangorre nie tout en bloc. Il accuse les gendarmes d'avoir " fabriqué un coupable " et le démontre :  il déclare être le seul, parmi la liste des suspects, à être âgé entre 20 et 25 ans, le seul à porter des tennis blanches et le seul à mesurer plus d'1 m 70. C'est une machination...

Pendant ce temps, des policiers découvrent chez Luc Tangorre une arme factice recouverte de terre séchée et un blouson kaki maculé de tâches. Les enquêteurs retournent sur le lieu où Sylviane s'est fait agressé et des morceaux de terre sont prélevés. Le blouson, l'arme retrouvée sur Tangorre  et les échantillons du sol sont envoyés à des fins d'analyse.

- Les experts précisent que la terre est recouverte de baryum. Ils confirment que la terre présente sur l'arme de Tangorre est la même que celle retrouvée sur les lieux de l'agression. Les marques présentes sur le blouson sont des taches de vaseline et justement, l'une des victimes déclare que le violeur a utilisé de la vaseline pour la violer.

C'est assez pour que Luc Tangorre soit déféré devant un juge d'instruction, puis écroué.

Pourtant Luc Tangorre est décrit par tous ceux qui le connaissent comme quelqu'un de simple, gentil et attentionné. Ce ne peut être un violeur. Suite à l'incarcération de Luc Tangorre, un comité de soutien se met en place pour aider à sa libération. On crie à l'erreur judiciaire, cette affaire devient si médiatisée que même des intellectuels se mettent à défendre Luc Tangorre, parmi lesquels l'historien Pierre Vidal-Naquet, les femmes de lettres Marguerite Duras et Françoise Sagan ou les hommes politiques Robert Badinter, Albin Chalandon, Jean-Claude Gaudin ou Dominique Baudis.

- Mai 1983 : Luc Tangorre commence une grève de la faim.

- 24 mai 1983 : Tangorre est condamné à quinze ans de réclusion criminelle, par la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, pour quatre viols, une tentative de viol et six attentats à la pudeur. Les témoignages sont probants mais Luc Tangorre se défend :
  • Il déclare notamment que le soir où Sylviane fut agressé, il était hospitalisé. Le personnel hospitalier se souvient de Tangorre et selon le registre de l'hôpital il n'est pas sorti de la soirée.
  • Il affirme avoir passé la soirée chez des amis les soirs où plusieurs agressions furent commises, les policiers ont oublié de vérifier ces alibis...  Le doute est grand...
L'accusé a toujours crié son innocence et nié les faits. Un comité de soutien est créé qui hurle à l'erreur judiciaire. Marguerite Duras, François Sagan, Pierre Vidal-Naquet et son frère François, avocat, Gilles Perrault, Claude Mauriac et même à l'époque Jean-Claude Gaudin ! Le brouhaha médiatico-politique, l'action de la présidente du comité de soutien, Gisèle Tichané, un livre, ont abusé le président Mitterrand - qui n'était pourtant pas un naïf -  puisqu'il a réduit de quatre années la durée de la peine de Luc Tangorre.
 
- 1983 à 1987 : Tangorre est incarcéré à la prison des Baumettes de Marseille. Le frère de Luc Tangorre s'accuse devant le juge de s'être essuyé ses mains maculées de vaseline sur le blouson de Luc. La famille de Tangorre payé deux experts pour faire une contre-expertise afin d'analyser les traces de terre retrouvées sur l'arme factice de Luc Tangorre. Les experts affirment que la terre n'est pas identique à celle retrouvée sur les lieux de l'agression de Sylviane.
 
- juillet 1987 :  Après le rejet en cassation, Luc Tangorre et sa famille demandent la grâce présidentielle.
 
- 15 février 1988 : Il est libéré après cinq années de détention, bénéficiant de la grâce présidentielle de François Mitterand.
Il ouvre un bar-tabac à Lyon.

- Lundi 23 mai 1988 : Carol et Jennifer, deux jeunes Américaines de 20 ans, sont violées à Rodilhan, dans une ancienne pommeraie à 3 kilomètres de Nîmes. Elles appellent la police de Nîmes.
Les deux étudiantes reconnaissent formellement Tangorre (la trentaine qui portait un polo jaune Lacoste, un jean blanc et des baskets blanches) qui les a pris en stop, comme étant leur agresseur. Elles apportent  quantité de détails précis sur le trajet emprunté (Nîmes au lieu d'Avignon) et sur le véhicule du violeur, (une 4L verte). Elles précisent avoir vu sur la plage arrière de sa voiture un livre avec le mot « coupable » ou « culpabilité » et le visage d'un homme moustachu, sur la jaquette. Il était 21h20. Les jeunes filles dressent un portrait robot de l'individu puis  consultent à l'hôpital. Les médecins confirment les viols et relèvent même du sperme. Ils découvrent aussi que le vagin de l'une d'entres elles est humecté d'huile de moteur.
 
- août 1988 : Un libraire de Marseille appelle la police de Nîmes. Il pense avoir trouver un livre pouvant correspondant à celui qu'ils recherchent. Le livre s'intitule : " Affaire Luc Tangorre : coupable à tout prix ", et le visage d'un homme moustachu figure au bas de la page de couverture. Les enquêteurs appellent leurs collègues de Lyon et apprennent que Tangorre possède une 4L de couleur verte.
 
- Octobre 1988 : Il est arrêté le lundi matin à Lyon. Les deux étudiantes reviennent des Etats-Unis pour l'identification. Tangorre les insulte lorsqu'elle le reconnaisse formellement.

- février 1992 : Devant la cour d'assises du Gard à Nîmes et sous la présidence de Maurice Malleval, Tangorre est condamné à 18 ans de réclusion criminelle. Les charges sont accablantes et l'assistance de six avocats n'influence pas la cour d'assises de Nîmes dans sa décision de justice. La pugnacité de l'avocate des deux parties civiles a d'ailleurs convaincu presque tout le monde...
 
- Année 2000 : Luc Tangorre bénéficie  d'une libération conditionnelle. On n'entendra plus parler de lui, sur le plan criminel ou délictuel, depuis cette date.
 
- Il faut rendre hommage à l'honnêteté de François Vidal-Naquet qui est resté très lucide parmi les pétitionnaires déchainés. Bien que son frère Pierre ait rameuté bon nombre de personnalités pour soutenir la cause de Tangorre lors de la première affaire, François était resté méfiant.  Quant à Pierre,  il écrira un article dans le Monde, où  il présente ses excuses publiques en ayant le courage de reconnaître que sans son action médiatisée, le viol des deux étudiantes américaines n'aurait pas eu lieu.
 
 
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