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" Le routard du crime "

 

 Nom : Francis HEAULCrim.Heaulme Francis7ME  DrapeauFRA

 Né le : 21 janvier 1934  près d'Auxerre

 Mort le : En vie

 Surnom : " Le routard du crime "

 VICTIMES :  7 ou plus...

 

 

 

Surnommé ainsi car il a traversé en auto-stop 37 départements qu'il a salit de sa perversité. Francis Heaulme  a assouvit pendant des années ses pulsions meurtrières et sexuelles au gré de ses rencontres. Ses victimes furent souvent  des autostoppeuses, des personnes fragiles et surtout isolées. Il avoua ses crimes dans certaines institutions, refuges Emmaüs et institutions psychiatriques, sans qu'ils ne soient révélés. Arrestation en 1992 où Il a finalement été condamné à sept reprises, dont deux fois à perpétuité, pour meurtres.

« C'est un pauvre diable », dit de lui sa soeur, Christine.

Alcoolique au dernier degré à 17 ans, un seul passe-temps : le vélo. Son père le frappait, pour "raisons personnelles", à coups de câbles métalliques et de chaussures à bouts renforcés. Il a vraiment déconnecté le 16 octobre 1984, le jour où Nicole Heaulme, sa mère, a été emportée par un cancer. C'était le jour de l'assassinat de Grégory Villemin. Heaulme collectionnera longtemps les coupures de presse relatives à l'affaire de la Vologne. Un déclic... ???

Un tueur qui ne tolère pas la vue du sang. Heaulme mesure 1,87 mètre, pour 74 kilos. Il lui manque une quinzaine de kilos, ce qui lui donne cette apparence de colosse décharné aux bras bien trop longs. Il trimbale sa maigre carcasse comme un animal de bât, le dos voûté et le regard fuyant. Pourtant, lorsqu'il fixe quelqu'un, ses paupières ne cillent plus pendant de longues minutes :  "C'est sans doute un détail, mais il ne bat jamais des paupières, souligne un magistrat. Il peut vous fixer un quart d'heure, droit dans les yeux, sans ciller." Quant aux psychiatres, ils le définissent ainsi :" Sa crédibilité nous apparaît fortement entamée, en raison d'une tendance nette à la fabulation, avec variabilité dans les affirmations, liée à des traits de personnalité paranoïaques. "

Il est vrai qu'il n'a pas tout à fait le profil d'un assassin sanguinaire, massacrant sans émotion au hasard de ses pulsions. C'est un type qui aime à parler de lui, avoue avec emphase, puis se rétracte sans gêne aucune.  Un être timide mais pourtant capable de se déculotter au beau milieu d'un interrogatoire de la brigade criminelle, juste pour faire l'éloge du caleçon  coupe américaine qu'il porte, et de faire consigner sur procès-verbal le fait qu'il «ne supporte plus les slips qui serrent». Evidemment, c'est pour le moins surprenant venant de la part d'un criminel soupçonné d'avoir massacré au moins 7 êtres humains...

 

Lorsque les gendarmes l'ont retrouvé à Bischwiller, Francis Heaulme vivait depuis un semestre une peinarde vie de famille avec Georgette, la femme de sa vie. Divorcée et sans enfant, c'est bel et bien la première... Le dimanche il  l'accompagnait à la messe et, main dans la main, ils chantaient des cantiques avec la chorale de la paroisse.

Il traversa plus de 37 départements, parcourut des distances impressionnantes à pieds, en stop ou en train, et se rendit dans d’innombrables gendarmeries et hôpitaux pour se plaindre d’agressions imaginaires. Il fut interné plusieurs fois dans des institutions psychiatriques à sa propre demande et fut même diagnostiqué " psychopathe " mais repartit sans prévenir personne. Il séjourna dans plusieurs refuges Emmaüs à travers toute la France et signa tous les registres des foyers où il fut hébergé. Il dépensait son RMI à boire, mélangeant parfois alcool et tranquillisants. Il trouva occasionnellement des petits boulots de ferrailleur ou de maçon.

Heaulme voyagea seul mais rencontra parfois des personnages plus ou moins recommandables, avec qui il se lia durant un temps plus ou moins court.

- Novembre 1984 : Voici 3 semaines qu'il a quitté son domicile. il rencontre Joseph Molins un ancien collègue de la Lorraine T.P., une entreprise de travaux publics, homme introverti et influençable. Ils vont boire un coup, puis se mettent d'accord pour faire un bout de route ensemble en voiture. Un peu plus tard, Molins s'arrête devant une boulangerie pour en stop une jeune apprentie pâtissière de 17 ans, Lyonnelle Gineste. Heaulme est fâché, il ne voulait pas partagé le véhicule avec une " sale traînée " : " Pour moi, c’était comme une pute. Elle était sexy dans ses collants noirs". 

- novembre 1984 : Lyonnelle Gineste est retrouvée nue, étranglée et poignardée dans un bois à Montauville, près de Pont-à-Mousson.

- 29 décembre 1986 : Heaulme est arrivé près de Metz où il retrouve Philippe Elivon et Michel Magniac, deux potes du centre de désintoxication alcoolique de Maizeroy (Moselle).  * (Michel Magniac décédera en mai 1995). Ils vont faire la bringue dans un café.

- 30 décembre 1986 : Le lendemain, vers 5h du matin, ils sont complètement saouls. Toutefois, ils prennent la voiture de Magniac et tracent la route. En chemin ils aperçoivent une jeune femme qui fait du stop. Annick Maurice, 26 ans, est en retard pour se rendre à son travail, au supermarché. Devant l'état des individus elle prend peur mais Heaulme et Elivon la forcent à monter dans la voiture. Puis, Heaulme étrangle la jeune femme.

- 27 avril 1987 : Le corps de Annick Maurice est retrouvé dans un bois, près d’Ogy. Le cadavre a été caché dans un taillis et dissimulé par du feuillage, à 10km de Metz et à 3km du centre de désintoxication de Maizeroy.

- Début Avril 1989 : Heaulme séjourna au centre psychiatrique de la Fontonne, à Antibes. L'établissement réserve des mobiles homes de séjours thérapeutiques au camping de Port Grimaud, non loin de Saint-Tropez.

- 05 avril 1989 : C'est la fin de l'après-midi sur le camping et chacun vaque à ses occupations. Heaulme, lui, se préoccupe d'un garçonnet de 9 ans qu'il a repéré.  Il enlève le jeune Belge, Joris Viville, sur le camping. Le soir, il réintègre le centre psychiatrique. Il est nerveux et très angoissé. Il n'en peut plus et annonce subitement à l'équipe soignante qu'il vient de commettre un meurtre à Port-Antibes. Le personnel, habitué à ce genre de propos exhubérants, ne prend pas ses dires au sérieux.

- 22 avril 1989 : Le corps nu de Joris Viville est découvert caché derrière une citerne. Il a été étranglé et poignardé, à l'aide d'un tournevis, à de nombreuses reprises.

Aucun membre du centre ne témoigne ni ne contacte la police et tout le personnel se retranche derrière le secret professionnel médical !  * Heaulme admettra plus tard qu’il est sorti du centre avec un infirmier et qu’ils ont bu de la bière non loin du camping.

- Dimanche 14 mai 1989 : Aline Pérès, une aide-soignante de 49 ans, est poignardée et égorgée sur la plage du Moulin-Blanc, près de Brest. Heaulme a encore frappé. Le corps sera découvert par des promeneurs peu après son décès.

Le maréchal des logis-chef Jean-François Abgrall, de la gendarmerie de Relecq-Kerhuon, est chargé de l'affaire et tire de suite des conclusions :

  • Cet enquêteur a tout de suite le sentiment que ce meurtre n'est pas un " crime orphelin ".  L'acte est d'une brutalité frappante et d'une précision étonnante et il suppose que ce peut-être l'oeuvre d'un tueur expérimenté qui n'en est pas à son coup d'essai.

  • Au premier constat, il apparaît qu'il n'y a ni mobile apparent, ni raison, ni cause. La vie de l'’aide-soignante est claire et elle est considérée comme une femme sensible et douce, appréciée de tous.

  • L’arme du crime est un couteau à lame de fer, sans doute un Opinel.

  • L'heure du crime est un moment de haute fréquentation de la plage, ce qui suppose une connaissance des lieux

  • L'endroit du meurtre est un coin isolé que seul un habitué pourrait choisir pour un tel acte. C'est un lieu fréquenté par des toxicomanes et des marginaux.

  • Un témoin signale avoir vu deux hommes s’approcher de la victime, mais sans plus d'intérêts. 

  • De nombreux SDF fréquentent le centre Emmaüs local. Lorsque les gendarmes s’y rendent,  la plupart des "communautaires" ont pris la sauvette par peur de la police.

  • Les noms des " disparus " figurent heureusement sur les registres. Des avis de recherche sont lancés.


- 19 juin 1989 : La gendarmerie de Saint-Clair-sur-l’Elle, dans la Manche, contacte Abgrall : Parmi les marginaux du centre Emmaüs de Brest interpellés et retrouvés, figure un dénommé Francis Heaulme qui semble digne d'intérêt.

Lorsqu'il le rencontre, Abgrall contemple un être aux aguets, tendu, nerveux et anxieux. Il lui tend la main mais l'autre l'effleure, juste un peu... Abgrall ressent pourtant un malaise répulsif à ce contact. Une violence à fleur de peau émane de l'individu dont le visagé vieilli exprime la crainte mais aussi la méfiance.

Heaulme se détend. Il commence à parler, puis à se confier car il pense qu'Abgrall est un gendarme de Saint-Lô :

Il affirme avoir fait l’Armée dans les transmissions, à Francfort. Il détaille sur ce parcours professionnelle puis, peu à peu, explique les rudiments de combat qu'on lui a enseigné en Allemagne. Il explique ainsi la technique à utiliser " pour tuer une sentinelle " : " Il faut lui donnant un coup de couteau dans le cou, puis le cœur, puis les reins   "… Abgrall est subjugué car c’est justement de cette manière qu’Aline Pérès a été poignardée. Heaulme s'est-il maladroitement trahi ? Vient-il d’avouer le meurtre de l’aide-soignante ? Il n'a de cesse que de se confier. Il ajoute qu'il a parfois des visions provoquant des pulsions : " je vois des coulées de sang sur mes mains ". Sans doute les effets indésirables dus aux anti-dépresseurs ? Abgrall se repaît des " aveux " de Heaulme et une opinion se matérialise concernant sa probable culpabilité dans ce meurtre.

Cependant Heaulme produit un excellent alibi, presque irréfutable : à l’heure du meurtre, il se trouvait dans le service de cardiologie d’un hôpital de Quimper, à 80km de là, où une infirmière a pris sa température à l’heure correspondant à celle du meurtre.

Heaulme est disculpé et il s'évanouit dans la nature.

Intrigué et persuadé de tenir son coupable, Abgrall est dubitatif, il était pourtant certain de tenir le coupable !  Mais il ne cède pas, et c'est avec détermination, contre l’avis de son supérieur, qu'il poursuit l'enquête. Parallèllement, son commandant, persuadé de la culpabilité d’un autre homme, demande aux gendarmes de Brest de ne plus enquêter aux côtés d’Abgrall.

Abgrall ne lâche pas le morceau et il trouve un témoin important. Un SDF qui prétend avoir passé un long moment à Brest, avant le meurtre, en compagnie de Heaulme. Il apprend ainsi  que Heaulme n’a jamais fait l’armée et que l’autre SDF n’a jamais mis les pieds à la communauté Emmaüs. Il se remémore les explications de Heaulme qui avait décrit exactement le mode opératoire du tueur, bien que la presse n’ait donné aucun détail précis sur la façon dont Aline Perès a été agressée. Obstiné, Abgrall se rend à l’hôpital de Quimper pour vérifier l’alibi de Heaulme. Il découve finalement que lorsqu’un patient est absent de sa chambre, l’infirmière de garde note tout simplement la température du thermomètre posé sur la table de nuit ! L’alibi d’Heaulme s'ébrèche alors un tantinet... et Abgall jubile.

- août 1989 : Abgrall ne lézarde pas. Sa quête d'indices le mène au Service technique de recherches judiciaires de Rosny-sous-Bois où il inspecte le passé de Heaulme et surtout son parcours. Il apprend que la brigade de recherche d’Avignon enquête aussi sur un certain Francis Heaulme. Abgrall se rend alors dans le Vaucluse, où le chef de brigade lui explique les raisons de l'intérêt qu'il porte au dénommé Heaulme :  Un agriculteur de 60 ans, Jean-Joseph Clément, un ancien légionnaire, a été retrouvé sans pantalon, le crâne fracassé à coups de pierre. Le corps était étendu sur les bords de l’Ouvèze, non loin d’un centre Emmaüs. Abgrall réfléchit vite, un meurtre extrêmement violent au bord de l’eau, une communauté Emmaüs, deux points communs extrèmement troublants. La gendarmerie a contrôlé Heaulme le jour de la découverte du corps, mais il n'a pas été inquiété, prétendant arrivé de Marseille après une hospitalisé.

Abgrall fouille et apprend que Heaulme n’a plus été aperçu à l’hôpital depuis le matin du 7 août, le jour du meurtre…

- Mi-novembre 1989 : le chef de brigade d’Avignon prévient Abgrall que Francis Heaulme a été contrôlé en Meurthe-et-Moselle et qu'il est retenu dans une gendarmerie. Abgrall se précipite et débarque dans la nuit. Interrogé, Heaulme nie farouchement toute implication dans le meurtre de Jean-Joseph Clément. Il déclare des déplacements incessants dans plusieurs villes, sans arrêts prolongés. C'est invérifiable et l'enquête piétine. Comment être sûr de l'endroit où se trouvait Heaulme ce 7 août 1989. Le chef de brigade et Abgrall sont fatigués. Alors qu'il est ramené en chambre de sûreté, en plein milieu de la nuit, Heaulme lâche à son gardien : " Je sais que tu sais, c’est un pépin, cette histoire " puis il ajoute sur le même ton de confidences que : " c’est la faute du Gaulois". Puis il se couche sans autre mot.

Abgrall revient en Bretagne, dépité. Le manque de résultats lui vaut une diminution d'effectifs. Peu de pistes s'offre à lui, il choisit celle du " Gaulois ". Il réussit à faire interroger presque tous les SDF qui étaient présents au centre Emmaüs de Brest au moment des faits, et qui se sont depuis éparpillés dans tout le pays.

- Juin 1990 : Didier, l’ancien cuisinier de la communauté Emmaüs de Relecq-Kerhuon, est retrouvé à Paris. Abgrall accourt. Didier lui apprend que Heaulme a fuit le centre la veille du meurtre d’Aline Pérès, après un vol où il fut découvert. Lui-même s'est enivré ce fameux après-midi près de la plage du Moulin-Blanc, avec un certain Philippe, un menuiser d’Emmaüs. Abgrall enquête et déniche une photo où figure un type aux longs cheveux et grosse moustache ressemblant vraiment à " un gaulois ". Abgrall cherche encore. Rien sur le " Gaulois ", par contre il est prouvé que Heaulme est en perpétuel démplacement. Il a traversé une dizaine de départements en seulement deux mois et celà laisse craindre le pire...  Il doit retrouver  " Le Gaulois ", c'est sans doute le seul à savoir ce qui c'est réellement produit sur la plage du Blanc-Moulin, mais celui-ci reste introuvable !

- 07 mai 1991 : Francis Heaulme rencontre Michel Guillaume, 19 ans, et sa cousine Laurence Guillaume, 14 ans, dans une foire non loin de Metz. Ils boivent ensemble puis la jeune fille repart en mobylette pour rejoindre son domicile. Michel et Heaulme la suivent en voiture pour lui éclairer la route. L'alcool a beaucoup coulé pendant la fête et Heaulme confie au jeune homme qu'il trouve sa cousine appétissante et qu’il " se la ferait bien ". Michel Guillaume confirme alors au vagabond que lui-aussi la " sauterait bien ". Il avoue être encore vierge, il a beaucoup bu… Peu avant l'arrivée au village, ils la rattrapent et la renversent. Ils la forcent à monter dans la voiture, conduisent une dizaine de kilomètres et s'arrêtent dans un champ de maïs. Francis Heaulme " pique " Laurence au cou avec son couteau pour qu'elle se tienne tranquille. Il prend la situation en main et ordonne à Guillaume de la violer. Michel se montre incapable d'accomplir l'acte, Heaulme est déçu. Il emmene alors l’adolescente un peu plus loin, laissant le jeune homme pantois...

- 08 mai 1991 : Un petit garçon de Vigy découvre, le lendemain, le corps nu Laurence Guillaume. Elle a été égorgée.

- juillet 1991 : Abgrall apprend que " Le Gaulois " est à Bayonne. Ses supérieurs refusent qu'ils partent enquêter.

- Décembre 1991 : Heaulme travaille à Bischwiller, en Alsace, dans une association de réinsertion. Abgrall l'apprend et décide de se rendre sur place, malgré la dénégation de sa hiérarchie. Un collègue l'accompagne et ils découvrent la vie de celui qu'il soupçonne comme tueur. L'homme vit avec Georgette, femme divorcée et sans enfants. Plus âgée que Heaulme, elle est légèrement handicapée mais d'une force de caractère bien trempée. Elle a poussé Heaulme à se désintoxiquer et celui-ci semble un autre homme, il l'accompagne même à la messe. Les gendarmes convoquent Heaulme en tant que témoin. Il avoue alors avoir menti sur " son armée " et prétend avoir juste " rêvé d'être allé à la plage ".

- Décembre 1991 : Retour en Bretagne. Abgrall a fait chou blanc et  on lui demande de clore le dossier. Abgrall décide de s'y résoudre passé les fêtes de fin d'année.

- 26 décembre : " Le Gaulois " est arrêté à Bourges. Abgrall s’y précipite. L'interrogatoire est tendu mais le vagabond admet rapidement connaître Heaulme et avoir fréquenté la communauté Emmaüs de Relecq-Kerhuon. Il ne semble pas beaucoup apprécié Heaulme qu'il décrit comme " un ivrogne au vin mauvais ". Il ajoute qu'il était " omnubilé par toutes les femmes " et qu'il désirait toutes les " sauter". " Quand il était saoul, il parlait tout seul". Le sombre jour, Il explique que Heaulme et lui ont bu non loin de la plage. Très énervé, Heaulme s’est dirigé vers " une femme qui bronzait là". Il l’a suivi, sachant qu’il allait lui faire du mal mais Heaulme, saisissant la femme à la gorge, lui a ordonné de déguerpir. Apeuré, il a obéi. Un témoignage capital qui va enfin permettre d'accuser Heaulme du meurtre d'Aline Perès.

- Nuit du 4 au 5 janvier 1992 : Jean Rémy, 65 ans, erre sur la grève. Il est déprimé et ne sait pas vraiment où aller.  Il croise Heaulme avec qui il converse un moment, Heaulme le poignarde.

- 07 janvier 1992 : Abgrall part avec un collègue pour Bischwiller. Heaulme l’accueille guilleret, lui faisant remarquer qu’il lui a " laissé passer les fêtes " et qu’il en a profité pour aller voir la mer… Interrogatoire dans les bureaux de Strasbourg où le gendarme lui demande de narrer son parcours. Heaulme répond que " cette histoire le travaillait depuis 1989, mais qu'à l’époque il était malade, alcoolique et dangereux". Il affirme de nouveau " aimer les situations de guerre, les scènes de combats rapprochés, le maniement du poignard"., et ajoute " s’être allongé sur la plage et avoir rêvé d’une femme poignardée et tuée au couteau la veille du meurtre, puis y être revenu le jour du meurtre". Il donne beaucoup de détails puis accepte de dessiner un croquis, très précis, pour indiquer la position et l'endroit.

Francis Heaulme est accusé d'avoir tué : 

  • Laurent Bureau, le 9 mai 1986, à Périgueux
  • Joris Viville, le 5 avril 1989, à Port-Grimaud
  • Aline Pérès, le 14 mai 1989, à Brest
  • Sylvie Rossi, le 19 juillet 1989, à Reims
  • Jean-Joseph Clément, le 7 août 1989, à Courthézon (Vaucluse)
  • Laurence Guillaume, le 7 mai 1991, à Metz

Une dizaine d'autres meurtres sur l'ensemble de l'hexagone semble de son fait. Les enquêteurs sont formels : Heaulme est un tueur en série. Deux experts psychiatres, qui l'ont examiné, soulignent qu'il occupait au sein de la société marginalisée " une place à part, elle-même marginalisée ".

D'après les gendarmes chargés de l'enquête, Heaulme a traversé pas moins de 37 départements en l'espace de quatre ans. C'est au gré de sa fantaisie ou de ses rencontres qu'il se déplace. Le plus souvent à pied, il resquille parfois pour voyager en train mais fait aussi du stop. Quand il aperçoit une voiture, sa technique est imparable, il s'allonge sur la chaussée. Une autre habitude est qu'il signe tous les registres des foyers Emmaüs où il est hébergé, demandant bizarrement très souvent à être hospitalisé  dans des établissements psychiatriques, d'où il s'enfuit d'ailleurs comme il était venu. Il dépose plainte fréquemment sous divers prétexte à la gendarmerie mais, une autre manie beaucoup plus intéressante pour les enquêteurs, est qu'il séjourne toujours, au moment des faits, sur les lieux de crimes non élucidés. La technique du gendarme Abgrall pour faire parler Heaulme est de la haute voltige car il ne faut jamais mentionner ni sexe, ni meurtres, mais parler tout bonnement d'accidents... La flatterie est aussi un moyen de détendre le présumé coupable pour le faire avouer dans un climat d'écoute et de compréhension.

L'enquête sur le meurtre d'Aline Pérès va amener un gendarme de la section de recherche de Rennes  à reconstituer l'itinéraire de Francis Heaulme. Pendant près de deux ans, le maréchal des logis-chef Jean-François Abgrall refait son parcours et retrouve, entre autres, les compagnons de beuverie.  Un dossier spécial est alors créé au centre technique de rapprochement de Rosny-sous-Bois où L'ordinateur de la gendarmerie croise des centaines d'informations :  amendes SNCF impayées, plaintes incessantes enregistrées, demandes auprès d'organismes sociaux et la seule condamnation qu'il ait jamais effectuée, sont ainsi répertoriées.

Le meurtre d'Aline Pérès, une aide-soignante de 49 ans, poignardée sur la plage du Moulin-Blanc, près de Brest :  C'est le témoignage tardif d'un routard qui l'a confondu. Comme à son habitude, Heaulme a déposé des versions différentes et hasardeuses. Tout d'abord, il prétend ne jamais s'être trouvé près de la plage ce jour là ! Puis, tout compte fait, qu'il  était bien sur les lieux et même que la veille, il avait rêvé de ce crime, mais sans l'accomplir. Plus tard, il narrerra ce meurtre à la troisième personne, comme un témoin. Enfin, il avouera :  "J'étais très énervé. Je me suis avancé vers la femme. (...) Elle a vu ce qui allait se passer. Elle a vu le couteau. Je me suis adressé à elle : " Je m'appelle Heaulme Francis, j'ai un problème, je veux vous parler." Je lui ai également dit : " J'ai rêvé que vous alliez être poignardée. La femme avait peur, elle a crié." Il explique alors qu'il a " vu rouge " et qu'il a frappé ! Il dira a un expert que : "A Brest, je voyais un homme qui frappait avec un couteau et il s'est révélé que c'était moi. "

Quand Heaulme est décidé à parler, c'est un déluge de détails et les gendarmes entendent alors d'hallucinantes confessions. Les crimes sont expliqués, détaillés avec une précision exeptionnelle. Il griffonne des croquis et mentionne les noms des lieux et les horaires de sa présence dans une abondance de minutie.

Sylvie Rossi, serveuse de 31 ans, l'a pris en stop et lui aurait fait des " propositions " :

C'EST L'UNIQUE MEURTRE SUR LEQUEL HEAULME NE VARIERA JAMAIS.

Quant au reste, maintenant, il nie. A juste titre, concernant l'affaire de Courthézon : la mort de Jean-Joseph Clément, un agriculteur retrouvé sur les bords de l'Ouvèze, le crâne fracassé. Le juge estime ses aveux «non circonstanciés» et les gendarmes admettent qu'ils ont abandonné sa piste. Le jour du crime, ils ont établi qu'il était encore à Marseille. Il arrive parfois à Francis Heaulme d'être un coupable trop zélé. Me Gonzalez de Gaspard, qui milite pour la suppression de la garde à vue, n'en démord pas : " Il faut connaître la capacité de Heaulme à s'autodétruire, sa fragilité mentale, pour mesurer à quel point il peut être dangereux pour lui-même. Il est trop facile de vouloir lui coller sur le dos tous les crimes commis ces dernières années sur les routes de France ".

Dans trois autres dossiers, la présence de comparses est désormais avérée. Didier Gentil, entre-temps condamné à perpétuité pour l'assassinat de la petite Céline, était en compagnie de Heaulme, lors du meurtre de Laurent Bureau, à Périgueux. A Metz, c'est Michel Guillaume, le cousin de la victime, lui aussi inculpé d'assassinat, qui se trouvait avec lui. Dans l'affaire du petit Joris Viville, enfin, un homme est activement recherché. Il conduisait la voiture dans laquelle l'enfant a été enlevé. Devant un juge d'instruction qui l'interrogeait sur les incohérences de ses déclarations, Francis Heaulme a fourni la réponse suivante: " Les gendarmes d'Avignon, ils sont quand même venus me voir à Rennes. Ça fait un sacré déplacement, alors je n'allais pas leur dire que je n'étais pour rien dans cette histoire ".

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Crim.HeaulmeReconstitution

Francis Heaulme lors de la reconstitution du meurtre de deux enfants :

près d'une voie ferrée à Montigny-lès-Metz, le 3 octobre 2006

Jean-Christophe Verhaegen AFP/Archives

 

 

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