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Que dit la loi sur l'épandage de pesticides près d'habitations ?

3 111 lectures / 14 commentaires20 octobre 2016 ; révision : 21 octobre 2016, 18 h 23
epandage-pesticides-maisonEpandage de pesticides près d'un jardin© Christophe Magdelaine - Tous droits réservés

En France, avec l'étalement urbain et le grignotage des terres agricoles et "naturelles", de plus en plus de personnes habitent dans des lotissements qui jouxtent des champs, qui sont, la plupart du temps, traités avec des pesticides. Or, les pesticides ne sont pas anodins pour la santé. Quel est la réglementation sur l'épandage de pesticides près des habitations ? Sommes-nous protégés par la loi ? Explications sur un vide juridique.

La France est le premier pays d'Europe et le troisième mondial en ce qui concerne l'utilisation de pesticides. Ce triste palmarès expose particulièrement la population aux épandages massifs de produits dits phytosanitaires.

Dorénavant, de nombreuses études ont fait le lien entre les pesticides, le risque pour la santé et la contamination généralisée des milieux (notamment aquatiques). Si la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation (fruits et légumes non biologiques), de plus en plus de logements jouxtent des zones agricoles traitées régulièrement avec des pesticides. C'est un risque important notamment lorsque les jardins comportent des potagers qui peuvent être pollués et/ou des enfants qui jouent et qui peuvent être exposés aux pesticides sans aucune protection.
Que dit la loi sur l'épandage de pesticides près des lieux de vie ?

Pour l'instant, plus rien. Malheureusement, aujourd'hui, en France, il n'existe actuellement aucune loi qui définisse une zone tampon entre les lieux de vie et des zones de culture où est pratiqué l'épandage de pesticides.

Il existait bien l'arrêté du 12 septembre 2006 qui fixait les règles en matière d'utilisation de pesticides : "Les produits ne peuvent être utilisés en pulvérisation ou poudrage que si le vent a un degré d'intensité inférieur ou égal à 3 sur l'échelle de Beaufort", ce qui correspond à 19 km/h. Ceci afin que les pesticides ne soient pas trop dispersés en touchant les riverains, mais aussi les milieux environnants.

Or, le 6 juillet 2016, l'Association Nationale Pommes Poires (ANPP) a obtenu l'abrogation de cet arrêté, pour une question de forme (non notification à l'UE). Ce qui en dit long sur leurs véritables intérêts.

Depuis, aucun texte juridique ne protège les riverains contre l'épandage de pesticides près de leurs logements. Seuls les bâtiments d'accueil ou d'hébergement des personnes situés dans les centres hospitaliers, maisons de santé, établissements qui accueillent ou hébergent des personnes âgées, handicapées ou des personnes atteintes de pathologie grave sont protégés par une zone tampon de 50 mètres.

Au gouvernement français de promulguer un nouvel arrêté avant le 7 janvier 2017. Mais le lobby agricole reste puissant et les associations de défense de l'environnement et de la santé craignent que le nouveau texte juridique soit encore moins contraignant pour les agriculteurs.

A ce titre, l'association Générations Futures dénonce "l'opacité la plus totale" qui entoure la rédaction de cet arrêté alors que se joue "l'avenir de l'utilisation des pesticides et donc le sort de notre environnement et des milliers de personnes exposées régulièrement à ces produits toxiques. Loin, très loin de la société civile !".
Les premières fuites sur le futur document sont inquiétantes

Selon les informations communiquées par Generations Futures, la crainte l'emporte sur l'espoir concernant la portée du nouvel arrêté en cours de rédaction :

    la limite de vent de 19 km/h serait maintenue mais il faudrait que cela soit mesuré pendant au moins 10 minutes et à 2 mètres de haut. Compliqué à mesurer pour un riverain...
    La possibilité pour un employeur de renvoyer ses salariés agricoles moins de  8 h après un épandage de pesticides sur un champs, contre 24 ou 48 h selon la nature des produits, auparavant.
    La mise en place de zones tampons, les Zones non Traitées (ou ZNT), entre les champs et les limites de propriété ont suscité une levée de boucliers de la part de la FNSEA, un syndicat d'agriculteurs qui s'oppose violemment aux défenseurs de l'environnement.

Et pourtant, les associations de défense de l'environnement comme la LPO et France Nature Environnement (FNE) réclament la mise en place de ZNT, de 5 à 50 mètres en fonction des traitements. Pour FNE, c'est "une distance minimale de 50 mètres pour protéger les habitations" proches des vergers alors qu'il est "prouvé que la dispersion des pesticides se produit jusqu’à 50 mètres du pulvérisateur.".

Des réunions sont planifiées d'ici fin octobre au sein de la Commission des produits phytopharmaceutique, des matières fertilisantes et des supports de cultures (CPPMFSC) pour avancer sur ce texte très attendu.
Exposition des riverains aux pesticides : le risque existe bien

Si l'Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP) se veut rassurante en précisant que "l'encadrement européen des produits phytos est parmi les plus stricts au monde, notamment en termes de protection de la santé des agriculteurs, des riverains, des promeneurs mais aussi de l'environnement", le risque est avéré comme en témoigne l'intoxication d'une vingtaine d'enfants et d'une enseignante d'une école primaire à Villeneuve de Blaye (Gironde), début mai 2014, après l‘épandage de fongicides sur des parcelles de vignes adjacentes à l'école. Si les produits utilisés étaient autorisés, l'enquête conduite par les services de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt d'Aquitaine (DRAAF) a révélé que les conditions de traitement étaient inappropriées, pointant une vitesse du vent excessive.

Déjà, pour la première fois, suite à une plainte des riverains, trois pomiculteurs de Corrèze avaient été convoqués devant le tribunal correctionnel de Brive pour avoir épandu des pesticides sur leurs pommiers par vent trop fort : la vitesse moyenne du vent constatée ces deux jours était respectivement de 35 km/h et 33 km/h. En vain, le magistrat a finalement relaxé les accusés « au bénéfice du doute ».

De nombreux témoignages existent sur les personnes qui sont victimes d'épandage de pesticides près de leur logement.
France Nature Environnement évoque des "centaines de témoignages reçus quotidiennement en période d’épandage" des pommiers qui subissent 35 traitements à l'hectare.

Sur notre forum de discussions, plusieurs personnes se plaignent :

    "Devant chez moi il y a un champs, je ne sais pas ce qui y pousse (ça ressemble à de l'herbe) mais en 1 mois, un tracteur est venu 2 fois épandre des pesticides. Ca pue, j'ai peur que les pesticides se fixent sur mes tomates et en plus je redoute pour ma santé.”, s'inquiète Hamster."j'habite dans un lotissement et "collé" à un champ et dans ce fameux champ je vois l'agriculteur épandre ces produits chimiques à 1 mètre de ma propriété (le fermier qui est dans son tracteur porte lui un masque) que peut on faire ????????????", ajoute Faby29."Bonjour, je suis dans le même cas j'habite en bordure de champs ( à 10 m ) et l'agriculteur est du genre rendement avant tout et va parfois épandre ses cochonneries jusqu'a 2 fois dans la même journée , et moi a coté de ça j'essaye de faire pousser des légumes le plus naturellement possible.
    Mon chat et mon chien ont été malade ( empoisonnement mais on sait pas quel produit) à 2 jours d'intervalle ... on se pose la question si c'est pas ce qu'il balance dans son champs qui en est la cause :(
    De plus on est en bordure de rivière et toutes ces cochonneries finissent dans la rivière par ruissellement de l'eau ...
    Qu'est ce que je peux faire ... Je me sens complètement désarmée, j'ai l'impression que j'ai juste le droit de subir …" s'indigne Valocéan…

Et la liste est longue comme l'illustre le site http://victimes-pesticides.fr qui recense des témoignages édifiants sur ce risque sanitaire ignoré des pouvoirs publics.

Pour connaître un peu plus le risque que nous courrons face à l'épandage de pesticides, France Télévision a dressé une carte de France des départements qui utilisent le plus de pesticides dangereux.
Comment se protéger contre les épandages de pesticides ?

En l'absence de règlementation contraignante, le citoyen doit organiser lui-même la protection de son lieu de vie.

Voici quelques conseils :

    de protéger votre jardin avec une haie dense ou une clôture pleine d'au moins 2 m de haut qui pourront stopper une grande partie des pesticides.
    Si votre terrain est en pente et en aval du champs, vérifier que le bas de votre haie ou clôture ne laisse pas passer chez vous d'éventuels écoulements.
    Lorsque l'agriculteur effectue un traitement, il faut se calfeutrer chez soien fermant bien les fenêtres et les portes. Ensuite, il faut patienter quelques jours ou après une bonne pluie pour profiter de nouveau du jardin.

Enfin, rappelons que la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation et qu'il est donc essentiel de préférer des fruits et légumes issus de l'agriculture biologique, notamment pour les enfants, particulièrement vulnérables comme en témoigne l'enquête Menus toxiques qui montrait en 2010, qu'un enfant est susceptible d'être exposé, uniquement par son alimentation, à des dizaines de molécules chimiques soupçonnées d'être cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, en une seule journée !
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/actualites/4534-epandage-pesticides-riverains-maisons#bouton

 

Que dit la loi sur l'épandage de pesticides près d'habitations ?

3 111 lectures / 14 commentaires20 octobre 2016 ; révision : 21 octobre 2016, 18 h 23
epandage-pesticides-maisonEpandage de pesticides près d'un jardin© Christophe Magdelaine - Tous droits réservés

En France, avec l'étalement urbain et le grignotage des terres agricoles et "naturelles", de plus en plus de personnes habitent dans des lotissements qui jouxtent des champs, qui sont, la plupart du temps, traités avec des pesticides. Or, les pesticides ne sont pas anodins pour la santé. Quel est la réglementation sur l'épandage de pesticides près des habitations ? Sommes-nous protégés par la loi ? Explications sur un vide juridique.

La France est le premier pays d'Europe et le troisième mondial en ce qui concerne l'utilisation de pesticides. Ce triste palmarès expose particulièrement la population aux épandages massifs de produits dits phytosanitaires.

Dorénavant, de nombreuses études ont fait le lien entre les pesticides, le risque pour la santé et la contamination généralisée des milieux (notamment aquatiques). Si la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation (fruits et légumes non biologiques), de plus en plus de logements jouxtent des zones agricoles traitées régulièrement avec des pesticides. C'est un risque important notamment lorsque les jardins comportent des potagers qui peuvent être pollués et/ou des enfants qui jouent et qui peuvent être exposés aux pesticides sans aucune protection.
Que dit la loi sur l'épandage de pesticides près des lieux de vie ?

Pour l'instant, plus rien. Malheureusement, aujourd'hui, en France, il n'existe actuellement aucune loi qui définisse une zone tampon entre les lieux de vie et des zones de culture où est pratiqué l'épandage de pesticides.

Il existait bien l'arrêté du 12 septembre 2006 qui fixait les règles en matière d'utilisation de pesticides : "Les produits ne peuvent être utilisés en pulvérisation ou poudrage que si le vent a un degré d'intensité inférieur ou égal à 3 sur l'échelle de Beaufort", ce qui correspond à 19 km/h. Ceci afin que les pesticides ne soient pas trop dispersés en touchant les riverains, mais aussi les milieux environnants.

Or, le 6 juillet 2016, l'Association Nationale Pommes Poires (ANPP) a obtenu l'abrogation de cet arrêté, pour une question de forme (non notification à l'UE). Ce qui en dit long sur leurs véritables intérêts.

Depuis, aucun texte juridique ne protège les riverains contre l'épandage de pesticides près de leurs logements. Seuls les bâtiments d'accueil ou d'hébergement des personnes situés dans les centres hospitaliers, maisons de santé, établissements qui accueillent ou hébergent des personnes âgées, handicapées ou des personnes atteintes de pathologie grave sont protégés par une zone tampon de 50 mètres.

Au gouvernement français de promulguer un nouvel arrêté avant le 7 janvier 2017. Mais le lobby agricole reste puissant et les associations de défense de l'environnement et de la santé craignent que le nouveau texte juridique soit encore moins contraignant pour les agriculteurs.

A ce titre, l'association Générations Futures dénonce "l'opacité la plus totale" qui entoure la rédaction de cet arrêté alors que se joue "l'avenir de l'utilisation des pesticides et donc le sort de notre environnement et des milliers de personnes exposées régulièrement à ces produits toxiques. Loin, très loin de la société civile !".
Les premières fuites sur le futur document sont inquiétantes

Selon les informations communiquées par Generations Futures, la crainte l'emporte sur l'espoir concernant la portée du nouvel arrêté en cours de rédaction :

    la limite de vent de 19 km/h serait maintenue mais il faudrait que cela soit mesuré pendant au moins 10 minutes et à 2 mètres de haut. Compliqué à mesurer pour un riverain...
    La possibilité pour un employeur de renvoyer ses salariés agricoles moins de  8 h après un épandage de pesticides sur un champs, contre 24 ou 48 h selon la nature des produits, auparavant.
    La mise en place de zones tampons, les Zones non Traitées (ou ZNT), entre les champs et les limites de propriété ont suscité une levée de boucliers de la part de la FNSEA, un syndicat d'agriculteurs qui s'oppose violemment aux défenseurs de l'environnement.

Et pourtant, les associations de défense de l'environnement comme la LPO et France Nature Environnement (FNE) réclament la mise en place de ZNT, de 5 à 50 mètres en fonction des traitements. Pour FNE, c'est "une distance minimale de 50 mètres pour protéger les habitations" proches des vergers alors qu'il est "prouvé que la dispersion des pesticides se produit jusqu’à 50 mètres du pulvérisateur.".

Des réunions sont planifiées d'ici fin octobre au sein de la Commission des produits phytopharmaceutique, des matières fertilisantes et des supports de cultures (CPPMFSC) pour avancer sur ce texte très attendu.
Exposition des riverains aux pesticides : le risque existe bien

Si l'Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP) se veut rassurante en précisant que "l'encadrement européen des produits phytos est parmi les plus stricts au monde, notamment en termes de protection de la santé des agriculteurs, des riverains, des promeneurs mais aussi de l'environnement", le risque est avéré comme en témoigne l'intoxication d'une vingtaine d'enfants et d'une enseignante d'une école primaire à Villeneuve de Blaye (Gironde), début mai 2014, après l‘épandage de fongicides sur des parcelles de vignes adjacentes à l'école. Si les produits utilisés étaient autorisés, l'enquête conduite par les services de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt d'Aquitaine (DRAAF) a révélé que les conditions de traitement étaient inappropriées, pointant une vitesse du vent excessive.

Déjà, pour la première fois, suite à une plainte des riverains, trois pomiculteurs de Corrèze avaient été convoqués devant le tribunal correctionnel de Brive pour avoir épandu des pesticides sur leurs pommiers par vent trop fort : la vitesse moyenne du vent constatée ces deux jours était respectivement de 35 km/h et 33 km/h. En vain, le magistrat a finalement relaxé les accusés « au bénéfice du doute ».

De nombreux témoignages existent sur les personnes qui sont victimes d'épandage de pesticides près de leur logement.
France Nature Environnement évoque des "centaines de témoignages reçus quotidiennement en période d’épandage" des pommiers qui subissent 35 traitements à l'hectare.

Sur notre forum de discussions, plusieurs personnes se plaignent :

    "Devant chez moi il y a un champs, je ne sais pas ce qui y pousse (ça ressemble à de l'herbe) mais en 1 mois, un tracteur est venu 2 fois épandre des pesticides. Ca pue, j'ai peur que les pesticides se fixent sur mes tomates et en plus je redoute pour ma santé.”, s'inquiète Hamster."j'habite dans un lotissement et "collé" à un champ et dans ce fameux champ je vois l'agriculteur épandre ces produits chimiques à 1 mètre de ma propriété (le fermier qui est dans son tracteur porte lui un masque) que peut on faire ????????????", ajoute Faby29."Bonjour, je suis dans le même cas j'habite en bordure de champs ( à 10 m ) et l'agriculteur est du genre rendement avant tout et va parfois épandre ses cochonneries jusqu'a 2 fois dans la même journée , et moi a coté de ça j'essaye de faire pousser des légumes le plus naturellement possible.
    Mon chat et mon chien ont été malade ( empoisonnement mais on sait pas quel produit) à 2 jours d'intervalle ... on se pose la question si c'est pas ce qu'il balance dans son champs qui en est la cause :(
    De plus on est en bordure de rivière et toutes ces cochonneries finissent dans la rivière par ruissellement de l'eau ...
    Qu'est ce que je peux faire ... Je me sens complètement désarmée, j'ai l'impression que j'ai juste le droit de subir …" s'indigne Valocéan…

Et la liste est longue comme l'illustre le site http://victimes-pesticides.fr qui recense des témoignages édifiants sur ce risque sanitaire ignoré des pouvoirs publics.

Pour connaître un peu plus le risque que nous courrons face à l'épandage de pesticides, France Télévision a dressé une carte de France des départements qui utilisent le plus de pesticides dangereux.
Comment se protéger contre les épandages de pesticides ?

En l'absence de règlementation contraignante, le citoyen doit organiser lui-même la protection de son lieu de vie.

Voici quelques conseils :

    de protéger votre jardin avec une haie dense ou une clôture pleine d'au moins 2 m de haut qui pourront stopper une grande partie des pesticides.
    Si votre terrain est en pente et en aval du champs, vérifier que le bas de votre haie ou clôture ne laisse pas passer chez vous d'éventuels écoulements.
    Lorsque l'agriculteur effectue un traitement, il faut se calfeutrer chez soien fermant bien les fenêtres et les portes. Ensuite, il faut patienter quelques jours ou après une bonne pluie pour profiter de nouveau du jardin.

Enfin, rappelons que la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation et qu'il est donc essentiel de préférer des fruits et légumes issus de l'agriculture biologique, notamment pour les enfants, particulièrement vulnérables comme en témoigne l'enquête Menus toxiques qui montrait en 2010, qu'un enfant est susceptible d'être exposé, uniquement par son alimentation, à des dizaines de molécules chimiques soupçonnées d'être cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, en une seule journée !
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/actualites/4534-epandage-pesticides-riverains-maisons#bouton

Le GLYPHOSATE, poison des cultures !

Débats les 18 & 19 mai 2016  sur la bataille juridique autour du glyphosate de Monsanto


Yann Arthus-Bertrand, le projet

L A R C a rendu son Rapport

 

Ce vendredi 20 mars 2015, cinq pesticides ont été classés cancérogènes "probables" ou "possibles" par l'agence du cancer de l'Organisation mondiale de la santé (Iarc).

Le Roundup figure dans ce classement.

Le glyphosate, présent notamment dans le Roundup, l'un des herbicides les plus vendus, et les insecticides malathion et diazinon ont été classés cancérogènes "probables chez l'homme", même si les "preuves sont limitées", selon l'Agence internationale de recherche sur le cancer (Iarc), dont le siège est à Lyon (centre-est de la France).

Les insecticides tetrachlorvinphos et parathion ont été classés cancérogènes "possibles". Ils sont déjà interdits ou font l'objet de restrictions dans de nombreux pays.

Cette classification "Iarc" n'a pas contrainte sur les Etats :«Il revient aux gouvernements et aux autres organisations internationales de recommander des réglementations, des législations ou des interventions de santé publiques», note l’Iarc dans son communiqué.

Le glyphosate est l'herbicide dont la production est la plus importante en volume dans le monde.

Les ventes ont explosé depuis l'introduction de cultures génétiquement modifiées pour résister au glyphosate, ce qui permet aux agriculteurs du tuer les mauvaises herbes en arrosant un champ en une seule fois.

Son usage augmente régulièrement dans l'agriculture, dans les forêts et chez les particuliers dans leurs jardins.

Du glyphosate a été retrouvé dans l'air, dans l'eau et dans la nourriture, selon l'Iarc qui précise que la population générale est notamment exposée lorsqu'elle habite à côté de zones traitées. Les niveaux d'exposition observés sont toutefois "généralement bas", souligne l'Iarc

Pour ce qui est des risques cancérigènes du glyphosate et des insecticides malathion et diazinon, l'Iarc note qu'il existe des "preuves limitées" chez l'homme en ce qui concerne les lymphones non hodgkiniens, des cancers du sang.

L'Iarc cite également le cancer de la prostate pour le malathion, qui continue a être utilisé de manière importante par les agriculteurs, et le cancer du poumon pour le diazinon, dont l'utilisation, limitée, est en baisse depuis les restrictions imposées en 2006 par les Etats-Unis et l'Europe.

- Désaccord de Monsanto -

Les risques ont été évalués en se fondant notamment sur des études d'exposition agricole menées notamment aux Etats-Unis et au Canada, ainsi que sur des animaux en laboratoires.

Mais l'Iarc indique avoir également tenu compte des travaux de l'agence américaine de protection de l'environnement qui, après avoir classé le glyphosate comme "cancérogène possible chez l'homme" en 1985, était revenue en arrière en 1991.

Pour l'Iarc, il existe aujourd'hui "suffisamment de preuves de son caractère cancérogène à travers des expériences animales".

Le groupe Monsanto, qui fabrique le Roundup, a exprimé vendredi son désaccord avec les conclusions de l'Iarc, relevant que celles-ci n'étaient pas basées sur de nouveaux travaux de recherche ou de nouvelles données scientifiques.

Dans un communiqué diffusé sur internet, Monsanto souligne que le classement de l'IARC n'a pas établi de lien entre le glyphosate et un risque accru de cancer et rappelle que l'Iarc, dans le passé, avait classé dans les "cancérogènes probables" des produits comme le café ou les téléphones portables.

Plusieurs experts, cités par le Science Media Center, restent pour leur part prudents. "Les preuves avancées apparaissent bien minces", a estimé le Dr Oliver Jones de l'Université de Melbourne, tandis que le Prof Alan Boobis du Collège Impérial de pharmacologie biochimique de Londres souligne la difficulté d'établir "un lien de cause à effet".

Le comité britannique sur le risque carcinogène a évalué la situation à plusieurs reprises et a trouvé "peu d'indications en faveur d'un tel lien".

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En revanche, pour le Pr Andreas Kortenkamp, un toxicologue à Londres, "les autorités des membres de l'Union européennes doivent désormais se demander si les mesures existantes sont suffisantes pour protéger les consommateurs et les utilisateurs de pesticides des risques de cancer".

L'association française de défense de l'environnement "Générations futures" s'est pour sa part félicitée de la classification de l'IARC qui "reconnaît la dangerosité du glyphosate".

Elle rappelle qu'elle avait lancé des procédures contre plusieurs herbicides à bas de glyphosate en 2010 "sur la base d'inquiétudes sanitaires".

 

Des pesticides, notamment présents dans le Roundup, classés cancérogènes

L'agence du cancer de l'OMS met en garde contre cinq pesticides, de "probables" à "possibles" cancérogènes. Parmi eux le glyphosate, l'herbicide le plus produit au monde, utilisé en jardin comme dans les champs agricoles.

La dangerosité des pesticides est de plus en plus démontrée.

Ainsi, cinq d'entre eux favoriseraient l'apparition d'un cancer, selon une agence de l'Organisation mondiale de la santé.

Le groupe Monsanto qui fabrique le  Roundup, utilise le glyphosate et a déjà exprimé son désaccord avec les conclusions de experts. Il conteste le fait que l'étude publiée ne soit pas basée sur de nouveaux travaux .

Ben, pourquoi portent-ils des masques alors ?

Déjà interdits selon les pays

Les ventes ont explosé

de cultures génétiquement modifiées pour lui résister


Pour en savoir plus : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/des-pesticides-notamment-presents-dans-le-roundup-classes-cancerogenes_1663431.html#fulCwvx6MTvpRv6y.99

 

 

Un magnifique pamphlet de Michel TARRIER

Michel Tarrier écogitations

« J’ai autrefois craché le sang à la suite de traitements chimiques avec lesquels j’empoisonnais moi-même les autres… Tout le monde sait que les produits chimiques sont cancérigènes. » 30 juillet 1972, 20 heures, première chaîne de télévision, le présentateur Philippe Gildas relate le premier congrès international de la défense de la Nature, tenu à Fleurance (Gers), dont le maire était alors l’illustre Maurice Mességué. Cette déclaration est celle d’un participant, agriculteur dans le Gers. Cet épisode fit l’objet d’une note produite par Henri Siriez, administrateur civil du Service de la protection des végétaux.

1970-2011 : silence radio assourdissant, omerta, marginalisation des agriculteurs atteints, désinformation, publicité, média-mensonges, chantage au nombre de bouches à nourrir, alibi des ravageurs des cultures… Difficile de ne pas y voir un complot !

Par leur rôle de sentinelles muettes, complices ou mercenaires, de plus en plus de paysans sont bel et bien complices de l’épidémie de maladies chroniques qui s’annonce maintenant et qui débouchera dans les décennies à venir sur un nombre croissant de cancers. Cette crise sanitaire sans précédent parce que sans réponse et sans remède résultera d’une contamination insidieuse et irrémédiable de notre milieu et de notre alimentation.

Ce billet d’humeur est dédié aux animaux non-humains qui souffrent plus et davantage depuis l’avènement de l’agriculture industrielle et de son corollaire l’élevage concentrationnaire, ainsi qu’aux victimes humaines des produits agricoles pétris de résidus chimiques. Mais pas seulement. Je le dédie aussi à la pétro-tomate sans saveur, au poivron en deuil de son sol, à la pomme de terre aux gènes de poulet, de phalène, de virus et de bactérie, au maïs aux gènes de luciole, de pétunia, de blé, de scorpion, au riz aux gènes de haricot, de pois, de bactérie et d’humain, à la fraise-melon et au melon-fraise ou kiwi, à la banane empoisonnée, à l’abricot qui ne mûrira plus, à la cerise qui pourrit rien qu’en la regardant. Et à tous les « fruits » de notre antimonde aux terroirs perdus. S’il est plus question que jamais de faire payer les pollueurs, il serait grand temps de présenter la facture qui revient aux gangsters de l’agrotoxique.

Est-ce bien aux paysans, éleveurs, producteurs de lait et de viande que les animaux domestiques et « comestibles » doivent leur grande misère, et ce, depuis la nuit des temps ? Sont-ce bien les paysans, agriculteurs, viticulteurs, maraîchers qui cultivent, de connivence avec les industries chimiques et semencières, ces aliments de plus en plus insipides et toxiques qui dégradent les sols, écocident la biodiversité, nous contaminent en nous causant mille malaises et dont vont gravement souffrir les générations futures ? Si je me trompe d’adresse, prière de me le dire !

« Les molécules autorisées hier peuvent être aujourd’hui interdites, car considérées comme trop dangereuses pour la santé ou pour l’environnement » prévient un catalogue de vente de pesticides au détail ! Que font ceux qui les ont utilisées « hier » ?

Oublions un instant les écosystèmes et la biodiversité, ainsi que la santé de tout un chacun, pour nous focaliser sur les paysans, manipulateurs, fumigateurs et autres utilisateurs d’intrants agrochimiques. Depuis plus d’un demi-siècle, du DDT au chlordécone et au Gaucho, en passant pas l’atrazine, d’innombrables molécules écocidaires sont d’abord mises complaisamment sur le marché, amplement promotionnées et épandues, puis se retrouvent interdites en raison d’une toxicité provoquant les pires cancers et entraînant la mort, toxicité qui était parfaitement pressentie. Quand la directive européenne entra en vigueur en 1991, plus de 800 substances actives étaient utilisées dans la composition des pesticides. Désormais, la nouvelle règlementation réduit déjà ce chiffre de moitié, en attendant la suite. Ceux qui acceptent de jouer à ce jeu funeste pour produire davantage et pire entrent dans la catégorie des professionnels à hauts risques, des « têtes brûlées », comme les pilotes automobiles, les mercenaires ou les liquidateurs de centrales nucléaires. Ils n’ignorent rien des risques pathologiques qu’ils courent. C’est comme quelqu’un qui, aujourd’hui resterait fidèle à l’amiante. Il y a un stade où légèreté, inconscience ou même obligations professionnelles ne sont plus acceptables, ni pardonnables et deviennent seulement bêtise accablante ou cupidité aggravante, voire les deux à la fois. Accepter l’agrochimie, c’est bien pire que d’être mineur de fond. Au stade avancé où nous en sommes de cette agriculture toxique et militarisée, je pense qu’il serait raisonnable de considérer que ceux qui la pratiquent le font en connaissance de cause. Nul ne peut en douter, ne serait-ce qu’à en juger par leur tenue de protection. L’activité de kamikaze est un volontariat. Un kamikaze qui sait qu’il va se faire exploser a-t-il vraiment besoin d’un casque ? J’exagère, mais pas assez.

Je n’ai jamais été sensible au charme du paysan et même fréquemment irrité par son mauvais rapport à la Nature et plus particulièrement par son violent irrespect à l’égard des autres espèces. La domestication animale n’est acceptable que si l’on adhère à un point de vue suprémaciste de l’humain. Je ne partage même pas la mentalité environnementaliste qui place l’homme au centre d’un milieu naturel qu’il juge, arrange, dérange, gère selon ses propres critères. Je m’inscris plus volontiers dans l’idéologie écocentriste, ou biocentriste, où l’homme est aussi la Nature, ni plus, ni moins. Ce n’est pas parce qu’ils ne roulent pas en automobile que le hibou et le lombric sont d’un intérêt mineur et doivent subir notre loi ségrégative jusqu’à leur élimination. Si sapiens signifie sage, intelligent, c’est donc que nous sommes davantage aptes à veiller sur ce monde qu’à le saccager ou à l’exploiter au-delà de nos besoins de subsistance. Cette philosophie n’est certainement pas erronée puisque c’est la seule qui soit compatible avec notre durabilité sur Terre. Le paradigme ambiant qui consiste à faire du fric avec tout et n’importe quoi, sans conscience ni morale, nous mène droit dans le mur. On commence à en ressentir très sérieusement les preuves et notre actuelle crispation écologique, notre crise écosystémique trouve son origine dans cette mentalité. Du « brave » fermier encore en sabots mais déjà bien trop prédateur jusqu’aux nouveaux « producteurs » de porc, de volailles, de solanées ou de céréales, ces gens sont de plain-pied dans cette seconde catégorie, appartiennent à une société qui a décidé de chosifier le Vivant pour le transformer en nourriture, et ce, sans la moindre approche spirituelle ou écologique. L’homme a toujours mangé, que l’on sache ! Pourquoi faut-il désormais que le poulailler, l’étable, la porcherie soient devenus des usines à viande ? Parce que nous sommes trop nombreux et que la Terre est trop petite ? Eh bien nous y voilà ! Mais c’est aussi à cause de notre obsession à tout appréhender du seul point de vue économique. Quand j’assiste à cette sempiternelle et obsessive lutte du cultivateur contre les ravageurs, les parasites, les mauvaises herbes, je suis du côté des ravageurs, des parasites et des mauvaises herbes !

Une volonté de croissance forcenée et déconnectée des réalités du milieu a donné naissance à un système agricole perverti, qui s’auto-dévore sur le modèle capitaliste qui l’inspire. Les terres et les modes ont été confisquées au profit de trusts qui s’octroient le monopole de nous nourrir. La France, pays rural à l’origine, importe plus d’aliments qu’elle n’en produit. En contrôlant l’alimentation, une poignée de transnationales tiennent l’humanité entre leurs mains. Dix mégas compagnies ont la mainmise sur plus de la moitié des semences mondiales et le diktat de la phytopharmacie est du même ordre. Les coopératives et les banques agricoles servent de relais. L’agriculteur est poussé au crime par des alertes incessantes et rarement fondées contre tel puceron ou tel champignon parasite. Son tort impardonnable est d’abdiquer lamentablement pour faire la part belle à une agrochimie mortifère commanditée par rapport à une agro-écologie dont il ne devait pas se désolidariser. La dénonciation des méthodes actuelles est très rare car on ébranle un système où chacun porte une part de responsabilité. S’il m’est permis de le faire, c’est que ma responsabilité ou mes intérêts financiers se voient remplacés par un souci de conscience universelle.

À Brive en 2011, un long procès intenté contre des pomiculteurs par des voisins intoxiqués et victimes de nuisances depuis plus de dix ans fut curieusement clos par la relaxe. Les agroterroristes accusés étaient spécialisés dans la culture intensive de pommes Golden ; lesquelles nécessitent une cinquantaine de traitements chimiques par saison. Elles sont cependant les seules pommes du Limousin labellisée par l’AOC ! Et c’est ainsi que pavoisa la puissante Fédération Nationale des Exploitants Agricoles : « La FNSEA se réjouit de la relaxe des arboriculteurs accusés d’avoir enfreint la règlementation en matière de condition d’interventions phytosanitaires dans les vergers. Cette décision marque la juste reconnaissance du professionnalisme des producteurs de fruits qui connaissent et respectent la règlementation ». Une telle déclaration est emblématique. Elle dénote l’état d’esprit mafieux d’empoisonneurs publiques avoués, sans la moindre volonté d’autocritique, ni sentiment d’une relative responsabilité. En 2001, Bayer avait osé engager des poursuites judiciaires contre un dénommé Maurice Mary, leader de l’Association française des apiculteurs qui avait tenu des propos désobligeants sur le Gaucho, maintenant prohibé après avoir joué un rôle prépondérant dans l’effondrement des insectes pollinisateurs. Un non-lieu a été prononcé par un juge en mai 2003. Si on poursuit sa collaboration avec des compagnies de ce genre, on sait à quoi on s’expose pour l’avenir. En matière de justice, on reviendra sur l’immunité juridique dont jouit l’agrochimie.

Le jour même où Nicolas Sarkozy affirmait dans ses vœux au monde rural son « attachement à une agriculture durable, respectueuse de son environnement et qui ne met pas en danger la santé des paysans », on annonçait, sans tambour ni trompette, la mort de Yannick Chenet, un agriculteur réunionnais de 37 ans, atteint d’une leucémie du fait d’expositions répétées à des produits toxiques. Quelque temps auparavant, son mal avait été reconnu comme maladie professionnelle. « À la Réunion, on utilise 1.500 tonnes de pesticides par an », précise l’ARMSE (Association Réunionnaise Médicale Santé-Environnement).

Le présent manifeste est une mise en accusation du monde paysan dans son immense majorité et sa prétention est de mettre un terme à une légende qui n’a que trop duré : celle du bon paysan. Elle n’est pas sans analogies avec bien d’autres, généralement inspirées par la reconnaissance du ventre, comme celles du bon boulanger, du bon vigneron, du bon berger… Alors que sous d’inacceptables alibis économiques se perpétuent les pires abominations à l’encontre des animaux et de l’environnement, et que nous ne sommes plus que les cobayes cliniques d’une alimentation synthétique, il me semble salutaire de ne plus considérer les cultivateurs et les fermiers comme de doux poètes victimes d’un méchant système, mais que les deux font la paire, exactement comme il en est d’une association de malfaiteurs. Nous avons affaire à des collabos, strictement animés par l’appât du gain, compromis jusqu’au cou dans une maltraitance inouïe à l’égard du Vivant, dans la destruction la plus radicale et aveugle de la fertilité des sols, des écosystèmes et des paysages, ainsi que dans l’exposition insidieuse de notre santé à bon nombre de maladies désormais avérées. La fin justifie les moyens pourrait être un précepte du monde paysan.

Les paysans sont des bio-agresseurs nés. Ils livrent une guerre incessante et sans merci à l’encontre des espèces végétales et animales autres que celles rentables qu’ils cultivent et qu’ils élèvent. Leur rude activité les rend réfractaires et allergiques à la Nature libre et sauvage, d’autant plus qu’ils ont accepté de passer du vivrier et de la subsistance à la rente et à l’exploitation, c’est-à-dire du convivial à un équivalent du proxénétisme. On entrevoit parfaitement le mécanisme insidieux et la dérive perverse, les paysans ne manquent évidemment pas de circonstances atténuantes. C’est la société qui fait le délinquant ! Mais quant à les relaxer, pire à les vénérer, non !

Les allégations, accusations et condamnations inhérentes à ce pamphlet n’excluent que les trop rares paysans ayant su résister aux pressions mortifères du lobby agrochimique et qui n’ont jamais soustrait leurs animaux d’élevage à l’herbe tendre et à la lumière du soleil. Aujourd’hui, ils existent surtout dans la littérature, la morale et la publicité.

Dans son opus Printemps silencieux, Rachel Carson, pionnière dans le combat contre les produits phytopharmaceutiques et en l’occurrence le DDT de l’époque, écrivait ceci : « Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’homme vit au contact de produits toxiques, depuis sa conception jusqu’à sa mort. Au cours de leurs vingt ans d’existence, les pesticides synthétiques ont été si généreusement répandus dans les règnes animal et végétal qu’il s’en trouve virtuellement partout. » Nous sommes en 1962, et Roger Heim lance, dans la préface française, des mots qui fouettent encore la conscience : « On arrête les gangsters, on tire sur les auteurs de hold-up, on guillotine les assassins, on fusille les despotes – ou prétendus tels –, mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences ? »

Alors, qui sont ces « empoisonneurs publics » ? Faut-il vraiment et toujours considérer que seul l’industriel est le coupable, et que l’agriculteur est une victime, au même titre que les citoyens, les écosystèmes et les espèces qu’il contribue à contaminer par son adhésion à l’agrobusiness ? L’immense majorité des paysans a toujours été solidaire du système mortifère en question, elle est une large composante de ce lobby. Ceux vraiment restés en marges et fidèles au respect de la terre et de la Terre sont une infime minorité dans une société occidentale cupide où la fin justifie les moyens. Il n’est même pas de mise de plaider non-coupables pour ceux nés de la dernière pluie opportuniste et reconvertis à une soi-disant agriculture durable engendrée par l’union incestueuse d’un certain bio et d’un capitalisme de récupe, sous le label fumeux d’économie verte. Foutaise !

Quoi de plus beau que de semer aux quatre vents…Référons-nous à la Semeuse, déesse de l’agriculture, figure de la Liberté, emblématique de la République et de la France. Créée à la fin des années 1800 pour figurer sur les pièces d’argent de la IIIe République, réutilisée en 1960 pour les nouveaux francs, elle est devenue l’un des trois symboles, avec le buste de Marianne et l’arbre, à avoir été retenu par la France pour figurer sur les faces nationales de l’euro. Je suggère un recours à la cruelle réalité et qu’on la remplace par l’effigie d’un paysan moderne en action d’épandage, portant son masque et sa tenue antitoxique !

Paysan, fermier, cultivateur, agriculteur, éleveur, exploitant ou producteur agricole, quelle que soit l’étiquette choisie, nous parlons bien de la même belle et noble vocation de travailler la terre avec respect et dignité pour se nourrir ou approvisionner les marchés citadins en produits frais des quatre saisons. C’est bien plus qu’un métier, sans doute le premier du monde, c’est un héritage de savoir, une façon de naître, de vivre, de sentir, toute tournée vers la Nature, ses joies, ses peines. On se plaît à imaginer des thérapeutes de la terre qui sauraient la transmettre encore meilleure qu’elle n’est. Alors, que des hommes si imbriqués dans l’ordre cosmologique, dans les interdépendances écologiques et bioclimatiques, dans la pure sagesse que procure le retrait des fureurs de la ville, dans la prévision du temps qu’il fera, qui savent interpréter l’action subtile de la lune sur la sève des arbres, en arrivent en fin de compte à mettre la terre sous perfusion, à en épuiser la fertilité, à la compacter, à en bouleverser les horizons, à empoisonner les sols, les eaux de surface et les nappes, à dénaturer et a dégénérer les fruits et les légumes, à cultiver hors sol et hors saison, à incarcérer et à droguer leurs animaux, à livrer une guerre impitoyable contre le Vivant, à faire taire les oiseaux, à massacrer la faune, à mutiler les paysages, à synthétiser les jardins, les potagers, les champs et les vergers, à scalper le bocage, les bois et les forêts, à désertifier les terroirs, à rendre les produits agricoles insipides et toxiques, jusqu’à s’intoxiquer eux-mêmes, correspond à un phénomène ahurissant, effarant, abasourdissant et gravissime. La cause étant entendue, je crois donc qu’un nouveau regard, nettement critique et intransigeant, s’impose sur des Terriens dont la tâche était de nous nourrir et qui désormais nous tuent par un lent mais sûr empoisonnement. Le fait qu’ils soient commis d’office par de malfaisantes compagnies aux puissants lobbies ne les dédouane nullement du mal qu’ils transmettent en leur âme et conscience, et en parfaite connaissance de cause. Œuvrer aux tâches de la ferme revient à indexer toutes ses compétences sur des valeurs marchandes, et ce, toutes affaires cessantes.

La Revue des Ressources
 

Réponses sur le forum de : La Revue des Ressources

  • 20 janvier 2012 13:39, par Aliette Guibert Certhoux

    Bon d’accord. Mais enfin accumuler tous les agriculteurs sous l’infamie des empoisonneurs c’est ignorer ceux qui se battent et seraient-ils une minorité on sait que dans le cas du pire ce sont les minorités qui font la différence et permettent souvent d’influencer la marche dans l’autre sens. Il y a là une tautologie qui ne rend pas le texte aussi crédible qu’il pourrait l’être parce qu’il n’est pas loyal à ceux qui acceptent de bas profits, et souvent la pauvreté, pour ne pas épuiser leur glèbe (la plupart des terres d’exploitation sont aujourd’hui tellement anéanties par l’excès de productivité exigée des sols qu’ils ne sont plus exploitables que dans des conditions artificielles à coup de chimie, et les chercheurs disent qu’il faudrait 50 ans d’inactivité pour reconstituer les sols agraires dans leur composition naturelle) et pour ne pas empoisonner les gens qui consomment leurs productions... Je ne vais pas parler de Mességué parce qu’enfin sans mettre en cause sa sincérité et sa loyauté c’est aussi une industrie internationale.

    21 janvier 2012 07:01, par bounty

  • Bonjour,
    j’ai la chance d’avoir grandis et de vivre toujours aux portes du splendide parc du mercantour et je vois depuis trente ans de quelle manière et dans quel but l’agriculture se développe !!

    De plus ce grand parc est un des derniers à avoir conservé son Uranium mais je ne pense pas que cela perdure... l"estropôle" va s’en charger !
    Si vous voyiez comme ils dénaturent tous les endroits où j’ai rêvé en grandissant..et c’est trop marrant pour un "pays d’agriculture, aux dernières élections 4 votes verts...(dont 3 de ma famille) sur environ 800 votants !
    j’ai trouvé cela désopilant !!

    Bravo à vous.
    Bounty

    21 janvier 2012 10:49, par Roland

  • Salut Michel,

    formidable ton article et 100% daccord. j’aime quand tu parles aussi de leur activité qui les rend refractaire et allergique à la nature libre.... c’est vrai, c’est culturellement intégré.... voir les jardins devant la ferme, plantés en lignes et désherbés, les bords de talus toujours fauchés de près inutilement (au détriment des insectes), juste pour "faire propre"...

    mais tu éxagère un peu dans ce passage

    "les trop rares paysans ayant su résister aux pressions mortifères du lobby agrochimique et qui n’ont jamais soustrait leurs animaux d’élevage à l’herbe tendre et à la lumière du soleil. Aujourd’hui, ils existent surtout dans la littérature, la morale et la publicité."

    non seulement les systèmes agricoles d’Europes sont très variés et des milliers de paysans ont toujours leur bétail dehors et à l’herbe, mais de plus ce n’est pas forcément un critère de bonne esprit envers le vivant, pris isolément.

    d’ailleurs, je comprend que tu lie le BIO avec un capitalisme vert, mais se serait sympa de moduler un peu à cause de tout ceux qui sont BIO par conviction, qui le font bien, ou qui en ont été les précurseurs avant l’heure _ ;-)
    parce que sans déconner..... si notre agriculteur et nos terroirs avaient encore un avenir, se serait uniquement grâce à eux

    Bonjour Monsieur,

  • Merci beaucoup de votre article, j’aimerais vous dire que l’Association le Fonds d’Alerte contre l’Agent Orange/dioxine le FAAOD - agit aussi contre toute les utilisations des produits toxiques dans l’agriculture. Il me semble qu’en France (et surtout à la campagne) le thème de pesticides reste un sujet "tabou". Nous avons rencontré des divers agriculteurs, qui ne souhaitent pas trop aborder ce problème. Pourtant les victimes des pesticides sont nombreux, de plus la France est l’un des gros consommateur des herbicides-pesticdes dans le monde.
    C’est effrayant qu’aujourd’hui au Vietnam, les plaies provoquées par l’Agent Orange/Dioxine ne sont pas encore cicatrisées et les paysans utilisent aussi des herbicides-pesticides.
    A mon avis il faudrait continuer la campagne d’information pour une vraie prise de conscience du public de ce danger, il faudrait soutenir les associations d’environnement, afin de faire la pression sur les décideurs politiques...pour que "Plus, Jamais ça !"
    Thi Hien TRAN

     

    Toxicité :Module risques chimiques - Appréhender la toxicologies

Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/ecologie/alimentation/agriculture-biologique.php
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/ecologie/alimentation/agriculture-biologique.php
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Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/ecologie/alimentation/agriculture-biologique.php
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/ecologie/alimentation/agriculture-biologique.php
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/ecologie/alimentation/agriculture-biologique.phpV
En France, avec l'étalement urbain et le grignotage des terres agricoles et "naturelles", de plus en plus de personnes habitent dans des lotissements qui jouxtent des champs, qui sont, la plupart du temps, traités avec des pesticides. Or, les pesticides ne sont pas anodins pour la santé. Quel est la réglementation sur l'épandage de pesticides près des habitations ? Sommes-nous protégés par la loi ? Explications sur un vide juridique.

La France est le premier pays d'Europe et le troisième mondial en ce qui concerne l'utilisation de pesticides. Ce triste palmarès expose particulièrement la population aux épandages massifs de produits dits phytosanitaires.

Dorénavant, de nombreuses études ont fait le lien entre les pesticides, le risque pour la santé et la contamination généralisée des milieux (notamment aquatiques). Si la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation (fruits et légumes non biologiques), de plus en plus de logements jouxtent des zones agricoles traitées régulièrement avec des pesticides. C'est un risque important notamment lorsque les jardins comportent des potagers qui peuvent être pollués et/ou des enfants qui jouent et qui peuvent être exposés aux pesticides sans aucune protection.
Que dit la loi sur l'épandage de pesticides près des lieux de vie ?

Pour l'instant, plus rien. Malheureusement, aujourd'hui, en France, il n'existe actuellement aucune loi qui définisse une zone tampon entre les lieux de vie et des zones de culture où est pratiqué l'épandage de pesticides.

Il existait bien l'arrêté du 12 septembre 2006 qui fixait les règles en matière d'utilisation de pesticides : "Les produits ne peuvent être utilisés en pulvérisation ou poudrage que si le vent a un degré d'intensité inférieur ou égal à 3 sur l'échelle de Beaufort", ce qui correspond à 19 km/h. Ceci afin que les pesticides ne soient pas trop dispersés en touchant les riverains, mais aussi les milieux environnants.

Or, le 6 juillet 2016, l'Association Nationale Pommes Poires (ANPP) a obtenu l'abrogation de cet arrêté, pour une question de forme (non notification à l'UE). Ce qui en dit long sur leurs véritables intérêts.

Depuis, aucun texte juridique ne protège les riverains contre l'épandage de pesticides près de leurs logements. Seuls les bâtiments d'accueil ou d'hébergement des personnes situés dans les centres hospitaliers, maisons de santé, établissements qui accueillent ou hébergent des personnes âgées, handicapées ou des personnes atteintes de pathologie grave sont protégés par une zone tampon de 50 mètres.

Au gouvernement français de promulguer un nouvel arrêté avant le 7 janvier 2017. Mais le lobby agricole reste puissant et les associations de défense de l'environnement et de la santé craignent que le nouveau texte juridique soit encore moins contraignant pour les agriculteurs.

A ce titre, l'association Générations Futures dénonce "l'opacité la plus totale" qui entoure la rédaction de cet arrêté alors que se joue "l'avenir de l'utilisation des pesticides et donc le sort de notre environnement et des milliers de personnes exposées régulièrement à ces produits toxiques. Loin, très loin de la société civile !".
Les premières fuites sur le futur document sont inquiétantes

Selon les informations communiquées par Generations Futures, la crainte l'emporte sur l'espoir concernant la portée du nouvel arrêté en cours de rédaction :

    la limite de vent de 19 km/h serait maintenue mais il faudrait que cela soit mesuré pendant au moins 10 minutes et à 2 mètres de haut. Compliqué à mesurer pour un riverain...
    La possibilité pour un employeur de renvoyer ses salariés agricoles moins de  8 h après un épandage de pesticides sur un champs, contre 24 ou 48 h selon la nature des produits, auparavant.
    La mise en place de zones tampons, les Zones non Traitées (ou ZNT), entre les champs et les limites de propriété ont suscité une levée de boucliers de la part de la FNSEA, un syndicat d'agriculteurs qui s'oppose violemment aux défenseurs de l'environnement.

Et pourtant, les associations de défense de l'environnement comme la LPO et France Nature Environnement (FNE) réclament la mise en place de ZNT, de 5 à 50 mètres en fonction des traitements. Pour FNE, c'est "une distance minimale de 50 mètres pour protéger les habitations" proches des vergers alors qu'il est "prouvé que la dispersion des pesticides se produit jusqu’à 50 mètres du pulvérisateur.".

Des réunions sont planifiées d'ici fin octobre au sein de la Commission des produits phytopharmaceutique, des matières fertilisantes et des supports de cultures (CPPMFSC) pour avancer sur ce texte très attendu.
Exposition des riverains aux pesticides : le risque existe bien

Si l'Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP) se veut rassurante en précisant que "l'encadrement européen des produits phytos est parmi les plus stricts au monde, notamment en termes de protection de la santé des agriculteurs, des riverains, des promeneurs mais aussi de l'environnement", le risque est avéré comme en témoigne l'intoxication d'une vingtaine d'enfants et d'une enseignante d'une école primaire à Villeneuve de Blaye (Gironde), début mai 2014, après l‘épandage de fongicides sur des parcelles de vignes adjacentes à l'école. Si les produits utilisés étaient autorisés, l'enquête conduite par les services de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt d'Aquitaine (DRAAF) a révélé que les conditions de traitement étaient inappropriées, pointant une vitesse du vent excessive.

Déjà, pour la première fois, suite à une plainte des riverains, trois pomiculteurs de Corrèze avaient été convoqués devant le tribunal correctionnel de Brive pour avoir épandu des pesticides sur leurs pommiers par vent trop fort : la vitesse moyenne du vent constatée ces deux jours était respectivement de 35 km/h et 33 km/h. En vain, le magistrat a finalement relaxé les accusés « au bénéfice du doute ».

De nombreux témoignages existent sur les personnes qui sont victimes d'épandage de pesticides près de leur logement.
France Nature Environnement évoque des "centaines de témoignages reçus quotidiennement en période d’épandage" des pommiers qui subissent 35 traitements à l'hectare.

Sur notre forum de discussions, plusieurs personnes se plaignent :

    "Devant chez moi il y a un champs, je ne sais pas ce qui y pousse (ça ressemble à de l'herbe) mais en 1 mois, un tracteur est venu 2 fois épandre des pesticides. Ca pue, j'ai peur que les pesticides se fixent sur mes tomates et en plus je redoute pour ma santé.”, s'inquiète Hamster."j'habite dans un lotissement et "collé" à un champ et dans ce fameux champ je vois l'agriculteur épandre ces produits chimiques à 1 mètre de ma propriété (le fermier qui est dans son tracteur porte lui un masque) que peut on faire ????????????", ajoute Faby29."Bonjour, je suis dans le même cas j'habite en bordure de champs ( à 10 m ) et l'agriculteur est du genre rendement avant tout et va parfois épandre ses cochonneries jusqu'a 2 fois dans la même journée , et moi a coté de ça j'essaye de faire pousser des légumes le plus naturellement possible.
    Mon chat et mon chien ont été malade ( empoisonnement mais on sait pas quel produit) à 2 jours d'intervalle ... on se pose la question si c'est pas ce qu'il balance dans son champs qui en est la cause :(
    De plus on est en bordure de rivière et toutes ces cochonneries finissent dans la rivière par ruissellement de l'eau ...
    Qu'est ce que je peux faire ... Je me sens complètement désarmée, j'ai l'impression que j'ai juste le droit de subir …" s'indigne Valocéan…

Et la liste est longue comme l'illustre le site http://victimes-pesticides.fr qui recense des témoignages édifiants sur ce risque sanitaire ignoré des pouvoirs publics.

Pour connaître un peu plus le risque que nous courrons face à l'épandage de pesticides, France Télévision a dressé une carte de France des départements qui utilisent le plus de pesticides dangereux.
Comment se protéger contre les épandages de pesticides ?

En l'absence de règlementation contraignante, le citoyen doit organiser lui-même la protection de son lieu de vie.

Voici quelques conseils :

    de protéger votre jardin avec une haie dense ou une clôture pleine d'au moins 2 m de haut qui pourront stopper une grande partie des pesticides.
    Si votre terrain est en pente et en aval du champs, vérifier que le bas de votre haie ou clôture ne laisse pas passer chez vous d'éventuels écoulements.
    Lorsque l'agriculteur effectue un traitement, il faut se calfeutrer chez soien fermant bien les fenêtres et les portes. Ensuite, il faut patienter quelques jours ou après une bonne pluie pour profiter de nouveau du jardin.

Enfin, rappelons que la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation et qu'il est donc essentiel de préférer des fruits et légumes issus de l'agriculture biologique, notamment pour les enfants, particulièrement vulnérables comme en témoigne l'enquête Menus toxiques qui montrait en 2010, qu'un enfant est susceptible d'être exposé, uniquement par son alimentation, à des dizaines de molécules chimiques soupçonnées d'être cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, en une seule journée !
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/actualites/4534-epandage-pesticides-riverains-maisons#bouton
Que dit la loi sur l'épandage de pesticides près d'habitations ?

3 111 lectures / 14 commentaires20 octobre 2016 ; révision : 21 octobre 2016, 18 h 23
epandage-pesticides-maisonEpandage de pesticides près d'un jardin© Christophe Magdelaine - Tous droits réservés

En France, avec l'étalement urbain et le grignotage des terres agricoles et "naturelles", de plus en plus de personnes habitent dans des lotissements qui jouxtent des champs, qui sont, la plupart du temps, traités avec des pesticides. Or, les pesticides ne sont pas anodins pour la santé. Quel est la réglementation sur l'épandage de pesticides près des habitations ? Sommes-nous protégés par la loi ? Explications sur un vide juridique.

La France est le premier pays d'Europe et le troisième mondial en ce qui concerne l'utilisation de pesticides. Ce triste palmarès expose particulièrement la population aux épandages massifs de produits dits phytosanitaires.

Dorénavant, de nombreuses études ont fait le lien entre les pesticides, le risque pour la santé et la contamination généralisée des milieux (notamment aquatiques). Si la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation (fruits et légumes non biologiques), de plus en plus de logements jouxtent des zones agricoles traitées régulièrement avec des pesticides. C'est un risque important notamment lorsque les jardins comportent des potagers qui peuvent être pollués et/ou des enfants qui jouent et qui peuvent être exposés aux pesticides sans aucune protection.
Que dit la loi sur l'épandage de pesticides près des lieux de vie ?

Pour l'instant, plus rien. Malheureusement, aujourd'hui, en France, il n'existe actuellement aucune loi qui définisse une zone tampon entre les lieux de vie et des zones de culture où est pratiqué l'épandage de pesticides.

Il existait bien l'arrêté du 12 septembre 2006 qui fixait les règles en matière d'utilisation de pesticides : "Les produits ne peuvent être utilisés en pulvérisation ou poudrage que si le vent a un degré d'intensité inférieur ou égal à 3 sur l'échelle de Beaufort", ce qui correspond à 19 km/h. Ceci afin que les pesticides ne soient pas trop dispersés en touchant les riverains, mais aussi les milieux environnants.

Or, le 6 juillet 2016, l'Association Nationale Pommes Poires (ANPP) a obtenu l'abrogation de cet arrêté, pour une question de forme (non notification à l'UE). Ce qui en dit long sur leurs véritables intérêts.

Depuis, aucun texte juridique ne protège les riverains contre l'épandage de pesticides près de leurs logements. Seuls les bâtiments d'accueil ou d'hébergement des personnes situés dans les centres hospitaliers, maisons de santé, établissements qui accueillent ou hébergent des personnes âgées, handicapées ou des personnes atteintes de pathologie grave sont protégés par une zone tampon de 50 mètres.

Au gouvernement français de promulguer un nouvel arrêté avant le 7 janvier 2017. Mais le lobby agricole reste puissant et les associations de défense de l'environnement et de la santé craignent que le nouveau texte juridique soit encore moins contraignant pour les agriculteurs.

A ce titre, l'association Générations Futures dénonce "l'opacité la plus totale" qui entoure la rédaction de cet arrêté alors que se joue "l'avenir de l'utilisation des pesticides et donc le sort de notre environnement et des milliers de personnes exposées régulièrement à ces produits toxiques. Loin, très loin de la société civile !".
Les premières fuites sur le futur document sont inquiétantes

Selon les informations communiquées par Generations Futures, la crainte l'emporte sur l'espoir concernant la portée du nouvel arrêté en cours de rédaction :

    la limite de vent de 19 km/h serait maintenue mais il faudrait que cela soit mesuré pendant au moins 10 minutes et à 2 mètres de haut. Compliqué à mesurer pour un riverain...
    La possibilité pour un employeur de renvoyer ses salariés agricoles moins de  8 h après un épandage de pesticides sur un champs, contre 24 ou 48 h selon la nature des produits, auparavant.
    La mise en place de zones tampons, les Zones non Traitées (ou ZNT), entre les champs et les limites de propriété ont suscité une levée de boucliers de la part de la FNSEA, un syndicat d'agriculteurs qui s'oppose violemment aux défenseurs de l'environnement.

Et pourtant, les associations de défense de l'environnement comme la LPO et France Nature Environnement (FNE) réclament la mise en place de ZNT, de 5 à 50 mètres en fonction des traitements. Pour FNE, c'est "une distance minimale de 50 mètres pour protéger les habitations" proches des vergers alors qu'il est "prouvé que la dispersion des pesticides se produit jusqu’à 50 mètres du pulvérisateur.".

Des réunions sont planifiées d'ici fin octobre au sein de la Commission des produits phytopharmaceutique, des matières fertilisantes et des supports de cultures (CPPMFSC) pour avancer sur ce texte très attendu.
Exposition des riverains aux pesticides : le risque existe bien

Si l'Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP) se veut rassurante en précisant que "l'encadrement européen des produits phytos est parmi les plus stricts au monde, notamment en termes de protection de la santé des agriculteurs, des riverains, des promeneurs mais aussi de l'environnement", le risque est avéré comme en témoigne l'intoxication d'une vingtaine d'enfants et d'une enseignante d'une école primaire à Villeneuve de Blaye (Gironde), début mai 2014, après l‘épandage de fongicides sur des parcelles de vignes adjacentes à l'école. Si les produits utilisés étaient autorisés, l'enquête conduite par les services de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt d'Aquitaine (DRAAF) a révélé que les conditions de traitement étaient inappropriées, pointant une vitesse du vent excessive.

Déjà, pour la première fois, suite à une plainte des riverains, trois pomiculteurs de Corrèze avaient été convoqués devant le tribunal correctionnel de Brive pour avoir épandu des pesticides sur leurs pommiers par vent trop fort : la vitesse moyenne du vent constatée ces deux jours était respectivement de 35 km/h et 33 km/h. En vain, le magistrat a finalement relaxé les accusés « au bénéfice du doute ».

De nombreux témoignages existent sur les personnes qui sont victimes d'épandage de pesticides près de leur logement.
France Nature Environnement évoque des "centaines de témoignages reçus quotidiennement en période d’épandage" des pommiers qui subissent 35 traitements à l'hectare.

Sur notre forum de discussions, plusieurs personnes se plaignent :

    "Devant chez moi il y a un champs, je ne sais pas ce qui y pousse (ça ressemble à de l'herbe) mais en 1 mois, un tracteur est venu 2 fois épandre des pesticides. Ca pue, j'ai peur que les pesticides se fixent sur mes tomates et en plus je redoute pour ma santé.”, s'inquiète Hamster."j'habite dans un lotissement et "collé" à un champ et dans ce fameux champ je vois l'agriculteur épandre ces produits chimiques à 1 mètre de ma propriété (le fermier qui est dans son tracteur porte lui un masque) que peut on faire ????????????", ajoute Faby29."Bonjour, je suis dans le même cas j'habite en bordure de champs ( à 10 m ) et l'agriculteur est du genre rendement avant tout et va parfois épandre ses cochonneries jusqu'a 2 fois dans la même journée , et moi a coté de ça j'essaye de faire pousser des légumes le plus naturellement possible.
    Mon chat et mon chien ont été malade ( empoisonnement mais on sait pas quel produit) à 2 jours d'intervalle ... on se pose la question si c'est pas ce qu'il balance dans son champs qui en est la cause :(
    De plus on est en bordure de rivière et toutes ces cochonneries finissent dans la rivière par ruissellement de l'eau ...
    Qu'est ce que je peux faire ... Je me sens complètement désarmée, j'ai l'impression que j'ai juste le droit de subir …" s'indigne Valocéan…

Et la liste est longue comme l'illustre le site http://victimes-pesticides.fr qui recense des témoignages édifiants sur ce risque sanitaire ignoré des pouvoirs publics.

Pour connaître un peu plus le risque que nous courrons face à l'épandage de pesticides, France Télévision a dressé une carte de France des départements qui utilisent le plus de pesticides dangereux.
Comment se protéger contre les épandages de pesticides ?

En l'absence de règlementation contraignante, le citoyen doit organiser lui-même la protection de son lieu de vie.

Voici quelques conseils :

    de protéger votre jardin avec une haie dense ou une clôture pleine d'au moins 2 m de haut qui pourront stopper une grande partie des pesticides.
    Si votre terrain est en pente et en aval du champs, vérifier que le bas de votre haie ou clôture ne laisse pas passer chez vous d'éventuels écoulements.
    Lorsque l'agriculteur effectue un traitement, il faut se calfeutrer chez soien fermant bien les fenêtres et les portes. Ensuite, il faut patienter quelques jours ou après une bonne pluie pour profiter de nouveau du jardin.

Enfin, rappelons que la première source de contamination aux pesticides reste l'alimentation et qu'il est donc essentiel de préférer des fruits et légumes issus de l'agriculture biologique, notamment pour les enfants, particulièrement vulnérables comme en témoigne l'enquête Menus toxiques qui montrait en 2010, qu'un enfant est susceptible d'être exposé, uniquement par son alimentation, à des dizaines de molécules chimiques soupçonnées d'être cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, en une seule journée !
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/actualites/4534-epandage-pesticides-riverains-maisons#bouton

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