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Cette page est dédiée à Clémence (prof de philo et CLEM la taroteuse parfois)
Bonjour à Web Tarot
Tableau de John William Waterhouse
La maltraitance dans les propos est devenue si courante que parfois le mutisme isole des individus au sein même de communautés qui se voudraient sociales-détentes-loisirs. Loin de vouloir donner des leçons, tempérament pour le moins fougueux oblige... (No coment lol), mon propos est de faire connaître où je puise des relaxations quasi-miraculeuses pour l'esprit surtout. Le corps, toutefois, ne s'en est jamais plaint...
aiguail7
" CE QU'IL Y A DE MEILLEURS DANS LES RELIGIONS, CE SONT LEURS HERETIQUES. " Nietzsche
C'est une blague, une histoire courte mais...
tellement éloquent quant à l'interprétation de certaines images pour des pays dont la culture est foncièrement différente. Le sujet est beaucoup plus profond qu'il en à l'air même si cela reste une histoire drôle. Philosophe...fais marcher tes neurones et la voie de la sagesse apparaîtra. Quand aux butés qui croient que la tolérance est simplement d'accepter que d'autres, par des jugements erronés et des actions incontrôlées, poussent une nation vers le chaos, qu'ils en prennent de la graine et analysent plutôt ce genre d'historiettes qui leurs ouvrira l'esprit...!
Une excellente mésaventure au guichet de la poste :
Espérons que sa direction comprenne l'habileté de ses propos. Quelle répartie !!! Un prix devrait lui être attribuée pour son élégance et son humour !
Cette guichetière se trouvait face à une longue file de clients mécontents, lassés d'attendre pour pouvoir enfin déposer un chèque, retirer un chéquier ou envoyer du courrier. C'est alors qu'un client excédé, se taillant un chemin jusqu'au guichet, jette son bordereau sur le comptoir et dit : - JE DOIS encaisser ce chèque TOUT DE SUITE ! - Je suis désolée, Monsieur. Je serais heureuse de vous aider tout à l'heure; je dois d'abord m'occuper des autres clients, mais soyez sûr que votre tour viendra. Le client ne s'en laisse pas conter. Il crie très fort de manière à ceque tout le monde l'entende : - EST-CE QUE VOUS SAVEZ QUI JE SUIS ? Alors sans aucune hésitation, la préposée se lève et s'adresse à tousles clients présents: - Puis-je avoir votre attention s'il vous plaît ? Nous avons au guichet un client qui NE SAIT PLUS QUI IL EST. Si vous êtes en mesure d'aider cette personne à trouver son identité, nous vous prions debien vouloir l'en informer, merci. Alors que toute la file d'attente éclate de rire, le client furibards'exclame: - Je T'ENCULE, salope……! Sans broncher, la guichetière sourit et dit: - Je suis désolée, Monsieur, mais pour cela aussi il faudra êtrecapable de faire la queue ! ! !
Un saint homme tenait un jour une conversation avec Dieu.
Il lui dit : Seigneur, j'aimerais savoir comment est le paradis et comment est l'enfer ?
Dieu conduisit le saint homme vers deux portes.
Il ouvrit l'une d'entre elles et permit ainsi au saint homme de regarder à l'intérieur.
Au milieu de la pièce, il y avait une immense table ronde.
Et, au milieu de la table, il y avait une grosse marmite contenant un ragoût à l'arôme délicieux.
Le saint homme saliva d'envie.
Les personnes assises autour de la table étaient maigres et livides, elles avaient, toutes, l'air affamé.
Elles tenaient des cuillères aux très longs manches, attachés à leurs bras.
Toutes pouvaient atteindre le plat de ragoût et remplir une cuillerée.
Mais, comme le manche de la cuillère était plus long que leurs bras, elles ne pouvaient ramener les cuillères à leur bouche. Le saint homme frissonna à la vue de leur misère et de leurs souffrances.
Dieu lui dit : Tu viens de voir l'enfer.Tous deux se dirigèrent alors vers la seconde porte.Dieu l'ouvrit, et la scène que vit le saint homme était identique à la précédente.
Il y avait la grande table ronde, la marmite de délicieux ragoût, qui fit encore saliver le saint homme.
Les personnes autour de la table étaient également équipées de cuillères aux longs manches.
Mais, cette fois, les gens étaient bien nourris, replets, souriants et se parlaient en riant.
Le saint homme dit à Dieu : Je ne comprends pas ! > > - Et bien, c'est simple, répondit Dieu à sa demande, c'est juste une question d'habileté.
Ils ont appris à se nourrir les uns les autres, tandis que les gloutons et les égoïstes ne pensent qu'à eux-mêmes.
L'enfer est souvent sur terre !!!" ..
" Les conséquences de la colère sont beaucoup plus graves que ses causes. "
Marc Aurèle
" Vaincre la colère, c'est triompher de son plus grand ennemi. "
Publilius Syrus
" Les hommes coléreux se font à eux-mêmes un lit d'orties. "
Samuel Richardson
Message aux jeunes :
Ne perdez pas votre temps; pas un seul jour de votre vie ne se répètera.
Ne cherchez pas de justification par les circonstances extérieures;
ce ne sont pas elles qui façonnent votre destin, c'est votre caractère.
Cela vaut, me semble-t-il, pour tous les temps et tous les lieux de notre terre.
De tout cœur avec vous,
Alexandre Soljenitsyne, septembre 2005.
La mort, c'est un manque de savoir-vivre.
La culture, c'est comme la confiture : moins on en a, plus on l'étale.
La vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible.
Considérer l'avortement comme un geste criminel revient, si l'on pousse plus loin la réflexion, a considérer une branlette comme un génocide.
Quand la rivière est rouge,
Mieux vaut emprunter le chemin boueux... (Chine)
Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. Courteline
*Leçon d'économie: *
*Ça se passe dans un village qui vit du tourisme, sauf qu'à cause de la crise il n'y a plus de touristes. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre. Plusieurs mois passent, misérables. Arrive enfin un touriste qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100 €.*
* Le touriste n'est pas plutôt monté à sa chambre que l'hôtelier court porter le billet chez le boucher, à qui il doit justement cent euros. Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l'approvisionne en viande. Le paysan, à son tour, se dépêche d'aller payer sa dette à la fille de joie à laquelle il doit quelques passes. celle-ci boucle la boucle en se rendant à l'hôtel pour rembourser l'hôtelier qu'elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l'heure. Comme elle dépose
le billet de 100 € sur le comptoir, le touriste, qui venait dire à l'hôtelier qu'il n'aimait pas sa chambre et n'en voulait plus, ramasse son billet et disparaît. Rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu.
N'empêche que plus personne dans le village n'a de dettes.
N'est-ce pas ainsi qu'on est en train de résoudre la crise mondiale ?*
Sur la parole et l'art de parler
Un jour, quelqu'un vint voir Socrate et dit : "- Écoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.
- Arrête! interrompit l'homme sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?
- Trois tamis, dit l'autre, rempli d'étonnement ?
- Oui, mon bon ami : trois tamis ! Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis :
Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si tout ce que tu veux me dire est VRAI ?
- Non, je l'ai entendu raconter et...
- Bien, bien. Mais assurément, tu l'as fait passer à travers le deuxième tamis. C'est celui de la bonté. Est-ce que ce que tu veux me raconter, si ce n'est pas tout à fait vrai, est au moins quelques chose de BON ?
- Hésitant, l'autre répondit: non, ce n'est pas quelque chose de bon, au contraire...
- Hum! dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis et voyons s'il est UTILE de me raconter ce que tu as envie de me dire...
- Utile ? pas précisément.
- Eh bien ! dit Socrate, en souriant, si ce que tu as à me dire, n'est ni VRAI, ni BON, ni UTILE, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l'oublier !
Article sur Diogène et Platon plus bas ...
C'est un texte qui se passerait de tout commentaire, tant il est clair qu'à l'opposé de ce qui est dit ici nous passons beaucoup de temps à parler pour ne rien dire !! Si ce n'était que cela, nous parlons sans prendre garde de la puissance que recèle la parole. Parler n'est jamais gratuit. Pas plus que penser. L'art de parler, c'est aussi l'art de parler à propos, l'art de donner dans la parole, d'éclairer. Savoir tenir sa langue, c'est donner au silence qui est entre les mots tout son poids, c'est rendre à la parole la dignité qui la rend capable de porter le vérité, d'éveiller, de toucher. Sans la vérité que vaut la Parole? Sans l'intention d'apporter, de donner, que vaut la Parole? Que vaut la parole, si elle sert à colporter des insanités stupides?
Le dernier conseil donné dans le texte a aussi son importance. A quoi bon s'encombrer l'esprit de ce qui n'est ni utile, ni bon, ni vrai?
Le seul point que nous pourrions porter contre ce texte serait peut-être de dire et le BEAU ? Le beau après tout n'a pas besoin d'être utile, ni bon, ni vrai. N'y a t-il pas des paroles qui ont leur place dans le discours, tout simplement parce qu'elles sont belles?
cphilosophie-spiritualite.com
Un vieil homme décide d'aller faire un safari photo en Afrique. Il emmène son fidèle vieux caniche pour lui tenir compagnie.
Un jour, le caniche part à la chasse aux papillons, et s'aperçoit qu'il s'est perdu.
Errant au hasard en tentant de retrouver son chemin, il voit un léopard courir vers lui avec l'intention visible de faire un bon repas.
Le vieux caniche pense :
"Oh, oh! Je suis vraiment dans la merde, là !"
Remarquant les quelques os d'une carcasse qui traîne sur le sol à proximité, il se met aussitôt à mâcher les os, tournant le dos au léopard qui approche.
Quand celui-ci est sur le point de lui sauter dessus, le vieux caniche s'exclame haut et fort :
"Ouais, ce léopard était vraiment excellent ! Je me demande s'il y en a d'autres par ici ?"
En entendant cela, le jeune léopard interrompt son attaque en plein élan, il regarde le caniche avec effroi, et s'enfuit en rampant sous les fourrés.
"Ouf !", soupire le léopard, "c'était tout juste. Ce vieux caniche a failli m'avoir !"
Cependant, un vieux singe, qui avait observé toute la scène d'une branche d'arbre à proximité, se dit qu'il pourrait mettre à profit ce qu'il sait en négociant avec le léopard et obtenir ainsi sa protection.
Il part donc le rattraper, mais le vieux caniche, le voyant courir à toute vitesse après le léopard, réalise que quelque chose doit se tramer.
Le singe rattrape le léopard, lui dévoile le pot aux roses, et lui propose un marché.
Le jeune léopard est furieux d'avoir été trompé :
"Viens ici le singe, monte sur mon dos, et tu vas voir ce qui va arriver à ce petit malin !"
Le vieux caniche voit le léopard accourir avec le singe sur son dos et s'inquiète :
"Que vais-je faire maintenant ?"
Mais au lieu de s'enfuir, le chien s'assied dos à ses agresseurs, faisant semblant une fois de plus de ne pas les avoir vus, et juste au moment où ils arrivent à portée de voix, il s'exclame :
"Où est donc ce foutu singe ? ça fait une heure que je l'ai envoyé me chercher un autre léopard !"
Morale de cette histoire
On ne plaisante pas avec les vieux de la vieille. L'âge et la ruse arriveront toujours à triompher de la jeunesse et de la force ! L'astuce et l'esprit viennent seulement avec l'âge et l'expérience.
L'histoire d'un pot de mayonnaise et de café.
Quand il te semble qu'il y a «trop» de choses dans ta vie, quand 24 heures ne te semblent pas suffisantes... Rappelle-toi du pot de mayonnaise et du café !
Il était une fois, un professeur de philosophie qui, devant sa classe, prit un grand pot de mayonnaise vide et sans dire un mot, commença à le remplir avec des balles de golf.
Ensuite, il demanda à ses élèves si le pot était plein. Les étudiants étaient d'accord pour dire que OUI.
Puis le professeur prit une boîte pleine de billes et la versa dans le pot de mayonnaise. Les billes comblèrent les espaces vides entre les balles de golf. Le prof redemanda aux étudiants si le pot était plein. Ils dirent à nouveau OUI.
Après, le professeur pris un sachet rempli de sable et le versa dans le pot de mayonnaise. Bien sûr, le sable remplit tous les espaces vides et le prof demanda à nouveau si le pot était plein. Les étudiants répondirent unanimement OUI.
Tout de suite après le prof ajouta deux tasses de café dans le contenu du pot de mayonnaise et effectivement le café combla les espaces entre les grains de sable. Les étudiants se sont alors mis à rire...
Quand ils eurent fini, le prof dit : «Je veux que vous réalisiez que le pot de mayonnaise représente la vie.
Les balles de golf sont les choses importantes comme la famille, les enfants, la santé, tout ce qui passionne. Nos vies seraient quand même pleines si on perdait tout le reste et qu'il ne nous restait qu'elles.
Les billes sont les autres choses qui comptent comme le travail, la maison, la voiture, etc...
Le sable représente tout le reste, les petites choses de la vie.
Si on avait versé le sable en premier, il n'y aurait eu de place pour rien d'autre, ni les billes ni les balles de golf. C'est la même chose dans la vie. Si on dépense toute notre énergie et tout notre temps pour les petites choses, nous n'aurons jamais de place pour les choses vraiment importantes. Faites attention aux choses qui sont cruciales pour votre bonheur. Jouer avec ses enfants, prendre le temps d'aller chez le médecin, dîner avec son conjoint, faire du sport ou pratiquer ses loisirs favoris. Il restera toujours du temps pour faire le ménage, réparer le robinet de la cuisine... Occupez-vous des balles de golf en premier, des choses qui importent vraiment. Établissez des priorités, le reste n'est que du sable. » Un des étudiants leva alors la main et demanda ce que représente le café. Le professeur sourit et dit : «C'est bien que tu demandes. C'était juste pour vous démontrer que même si vos vies peuvent paraître bien remplies, il y aura toujours de la place pour une tasse de café avec un ami.»
Il était une fois un garçon qui avait un très sale caractère. Son père lui donna un sachet de clous et lui dit d'en planter un dans la barrière du jardin à chaque fois qu'il perdrait patience et se disputerait avec quelqu'un.
Le premier jour, il en planta 37 dans la barrière. Le lendemain, il en planta 29, et 21 le surlendemain. Les semaines suivantes, il apprit à se contrôler, et le nombre de clous plantés dans la barrière diminua jour après jour : il avait découvert que c'était plus facile de se contrôler que de planter des clous. Finalement arriva un jour où le garçon ne planta aucun clou dans la barrière. Il alla alors trouver son père et lui annonça que pour ce jour il n'avait planté aucun clou. Son père lui conseilla alors d'enlever un clou dans la barrière pour chaque jour où il n'aurait pas perdu patience. Les jours passèrent et finalement le garçon pût dire à son père qu'il avait enlevé tous les clous de la barrière.
Le père se rendit devant la barrière en compagnie de son fils et lui dit : "Mon fils, tu t'es bien comporté, mais regarde tous les trous qu'il y a désormais dans la barrière. Elle ne sera plus jamais comme avant. Quand tu te disputes avec quelqu'un et que tu lui dis quelque chose de méchant, tu lui laisses une blessure comme celle-là. Tu peux planter un couteau dans le corps d'un homme et ensuite le retirer, mais il restera toujours une blessure. Peu importe combien de fois tu t'excuseras, la blessure restera".
Une blessure verbale fait parfois aussi mal qu'une blessure physique. Les amis sont des bijoux rares, ils te font sourire et t'encouragent. Ils sont prêts à t'écouter quand tu en as besoin, ils te soutiennent et t'ouvrent leur coeur. Veille à ne jamais leur faire de blessure, tu ne pourrais jamais totalement réparer tes erreurs.
Un jour, un bûcheron était occupé à couper une branche qui s'élevait au-dessus de la rivière. Soudain la hache lui échappa des mains et tomba dans la rivière. L'homme pleura si amèrement que Dieu lui apparût et lui demanda la raison de son désespoir.
Le bûcheron lui expliqua alors que sa hache était tombée dans la rivière et qu'étant fort pauvre, il n'avait pas les moyens de s'en acheter une autre. A sa grande surprise, il vit Dieu plonger dans la rivière et remonter une hache d'or à la main :
- Est-ce là ta hache, lui demanda-t-il ?
Le bûcheron lui répondit : "Non".
Aussitôt Dieu retourna dans l'eau et revint cette fois avec une hache en argent :
- Est-ce là ta hache, lui demanda-t-il à nouveau ?
A nouveau le bûcheron lui dit : "Non".
A la troisième tentative, Dieu revint avec une hache en fer, et lui demanda à nouveau :
- Est-ce là ta hache ?
- Oui, lui répondit cette fois le bûcheron.
Dieu, touché par l'honnêteté de l'homme, lui donna les trois haches.
Le bûcheron rentra tout heureux à la maison.
Quelques jours plus tard, le bûcheron longeait la rivière en compagnie de son épouse. Soudain celle-ci glissa et tomba à l'eau. Comme l'homme se mettait à pleurer, Dieu lui apparût à nouveau et lui demanda la raison de son chagrin.- Ma femme est tombée dans la rivière, lui répondit l'homme en sanglotant.
Alors Dieu plongea dans la rivière et réapparut avec Jennifer Lopez dans les bras :
- Est-ce là ta femme, lui demanda-t-il ?
- Oui, hurla l'homme sans hésiter !
Dieu, furieux, fustigea le bûcheron :
- Tu prends le risque de me mentir ? Tu oublies que je suis le
Tout-Puissant et que je connais toute vérité. Je devrais te damner pour ce mensonge !
Le bûcheron l'implora :
- S'il te plaît, Seigneur, pardonne-moi ! Comment aurais-je dû répondre ? Si j'avais dit non à Jennifer Lopez, la fois prochaine tu serais remonté avec Catherine Zeta-Jones. Si, à nouveau, j'avais dit non, tu serais revenu avec mon épouse et j'aurais dit oui. A ce moment-là, tu me les aurais données toutes les trois. Mais je suis pauvre et pas du tout en mesure de nourrir trois femmes.
Ce n'est que pour cette raison là que j'ai dit oui la première fois.
La morale de cette histoire ?
Les hommes ne mentent que pour des raisons parfaitement honnêtes et totalement compréhensibles
C'est l'histoire d'un bûcheron qui coupe du bois pour l'hiver. Un Indien passe par là et le bûcheron lui demande :
- "L'hiver sera-t-il froid, grand chef indien?"
- Oui, HUGH ! hiver très froid.
Alors le bûcheron continue à couper du bois de plus belle. Le lendemain, l'Indien repasse par là et le bûcheron lui demande si l'hiver sera vraiment aussi froid qu'on le dit.
L'indien répond: "Oui, HUGH ! Hiver très rigoureux...."
Alors le bûcheron reprend sa scie et coupe une montagne de bois.
Le jour suivant, l'Indien repasse en disant " Hiver très, très rigoureux."
Le bûcheron intrigué, lui demande : " Mais enfin, dis-moi comment prévois-tu que l'hiver sera très froid."
Il lui répond: " Nous avons un dicton : " Quand l'homme blanc coupe du bois, c'est que l'hiver va être froid et plus il en coupe, plus il sera rigoureux ! "
Un jour, l’âne d’un fermier tomba dans un puits.
L’animal gémit pitoyablement pendant des heures et le fermier se demandait bien ce qu’il allait faire. Finalement, il se rappela que l’animal était vieux et que, de toutes façons, le puits devait disparaître. Il en conclut donc qu'il n’était pas rentable de tenter de récupérer l’âne.
Il appela tous ses voisins et leur demanda de venir l’aider. Chacun saisit une pelle et ils commencèrent à combler le puits. Au début, l’âne, réalisant ce qui se produisait, se mit à crier terriblement. Puis, à la stupéfaction de tout le monde, il se tût. Quelques pelletées plus tard, poussé par la curiosité, le fermier regarda finalement dans le fond du puits et fut étonné...
A chaque pelletée de terre qui tombait sur lui, l’âne réagissait aussitôt : il se secouait pour enlever la terre de son dos et piétinait ensuite le sol sous ses sabots . Pendant que les voisins du fermier continuaient à jeter de la terre et des cailloux sur l’animal, il se secouait et montait toujours plus haut. Bientôt, tous furent stupéfaits de voir l’âne sortir du puits et se mettre à trotter !
La vie va essayer de vous engloutir sous toutes sortes d’ordures et de décombres. Le truc pour se sortir du trou est de se secouer pour avancer ; chacun de nos ennuis est une pierre qui permet de progresser.
Nous pouvons sortir des puits les plus profonds en n’arrêtant jamais de nous battre.
C'est un petit moineau qui part vers le sud pour y passer l'hiver.
Seulement voilà il s'y est pris trop tard et un coup de vent glacial lui raidit les ailes et il se casse la gueule dans la neige.
Un moment plus tard un corbeau passe au dessus de notre moineau surgelé et lâche une bonne grosse fiente.
Le moineau dégèle et est super content, ce qui fait qu'il n'arrête pas de chanter.
Encore un peu plus tard un chat affamé passe par là, gratte la merde et bouffe le moineau
Moralité :
Si quelqu'un vous met dans la merde, ce n'est pas forcément pour vous nuire.
Si quelqu'un vous sort de la merde, ce n'est pas forcément qu'il vous veut du bien.
Enfin si vous êtes pénard bien au chaud et qu'il pèle dehors, évitez de le gueuler sur tous les toits !
Le naturel et le surnaturel
Moïse, Jésus et un petit vieux barbu jouent au golf.
Moïse prend son club et d'un swing élégant envoie sa balle. Elle monte en l'air d'un superbe mouvement parabolique et tombe directement... dans le lac !
Moïse ne se perturbe pas, lève son club et à ce moment les eaux s'ouvrent, lui laissant le passage pour faire un nouveau coup.
C'est maintenant au tour de Jésus. Il prend son club et, également d'une parabole parfaite (rappelez-vous : la parabole c'est sa spécialité !), il envoie la balle dans... le lac, où elle tombe sur une feuille de nénuphar.
Sans s'énerver, Jésus se met à marcher sur l'eau jusqu'à la balle, et donne le coup suivant.
Le petit vieux prend son club et, d'un geste affreux de qui n'a jamais joué au golf de sa vie, envoie sa balle sur un arbre. La balle rebondit sur un camion puis à nouveau sur un arbre. De là, elle tombe sur le toit d'une maison, roule dans la gouttière, descend le tuyau, tombe dans l'égout d'où elle se trouve lancée dans un canal qui l'envoie... dans le lac mentionné ci-dessus.
Mais, en arrivant dans le lac, elle rebondit sur une pierre et tombe finalement sur la berge où elle s'arrête. Un gros crapaud qui se trouve juste à côté l'avale. Et soudain, dans le ciel, un épervier fond sur le crapaud et l'attrape ainsi bien sûr que la balle. Il vole au-dessus du terrain de golf, et le crapaud, pris de vertige, finit par vomir la balle... juste dans le trou !
Moïse se tourne alors vers Jésus et lui dit:
- "Tu sais, j'ai horreur de jouer avec ton père !"
Au moins, c'est une blague qui fait rire sans sous-entendu trop lourds. Il y a un sens. Nous remarquons que Moïse et Jésus pour parvenir à placer leur balle doivent faire un miracle : ouvrir les eaux (cf. La mer rouge dans l'ancien testament pour ceux qui ne sont pas au courant), marcher sur l'eau (dans le Nouveau testament). L'un et l'autre font donc appel au surnaturel pour réaliser un possible, placer la balle de golf. Le plus rigolo, c'est que Dieu (le petit vieux qui fait n'importe comment), lui balance la balle tout bêtement, mais, par une série de coïncidences, elle lui obéit et va là où elle doit aller, ceci naturellement. Le moins surnaturel, c'est Dieu ! Cela peut nous faire un peu réfléchir. Nous avons besoin du surnaturel pour croire (allez ! faites nous un miracle et on aura la foi !!) et nous ne voyons pas l'extraordinaire déploiement naturel de la Vie. La Nature se déploie, évolue, naturellement dans une perpétuelle manifestation, parce que tout cela est naturel, nous n'y faisons pas attention. D'une certaine manière dans la Durée des possibilités continuellement viennent au jour par le pouvoir créateur de la Nature. D'une certaine manière, le miracle de la Vie est permanent. Simple. Naturel. La coïncidence des évènements qui font la Vie est tout de même assez bien organisée non ? Ce Dieu -là est assez sympathique. Il est aussi simple que la Nature il ne fait pas de mystère. Son geste trace une coïncidence qui s'organise de manière cohérente. Il maintient l'unité dans la diversité.
Où se trouve l'esprit le plus religieux ? Chez celui qui croit au surnaturel, à un mystère de l'au-delà, ou bien chez celui qui discerne dans l'ici-bas, dans la nature, la présence d'une intelligence créatrice, chez celui qui peut s'émerveiller justement de ce qui n'est que naturel ?
Source philosophie-spiritualite.com
Une fée dit a un couple marié :
Pour avoir été un couple si exemplaire depuis 25 ans, je vous accorde à chacun un voeu.
La femme dit alors : je voudrais faire le tour du monde avec mon mari adoré
La fée agite sa baguette magique, et abracadabra, des billets d'avion apparaissent dans la main de la femme.
Maintenant c'est au tour du mari : euh... c'est un instant très romantique, mais une opportunité comme celle-là n'arrive qu'une fois dans la vie. Alors je suis désolé ma chérie, mais j'aimerais avoir une femme 30 ans plus jeune que moi.
La femme est terriblement déçue, mais un voeu est un voeu.
La fée fait un cercle avec sa baguette magique... abracadabra !
Soudain le mari a 90 ans !
Les hommes sont peut-être des salauds, mais les fées restent des femmes !!!
J'ai emprunté ces textes afin de les analyser. J'espère en comprendre humblement la sagesse et les enseignements . Je remercie le créateur (la créatrice) de ce site exeptionnel. Sans doute m'accompagnerez-vous souvent dans les sinuosités surprenantes des sentes de l'esprit humain tant le voyage semble merveilleux. Le discernement et une différente compréhension de l'autre, la tolérance et la perception d'outils impalpables, ne peuvent qu'ouvrir les portes vers une approche de l'infinie béatitude. Esquisser une approche par la sagesse et la tolérance est une étape que je franchirai un jour !
aiguail7
Un paradoxe est un défi pour l'esprit logique. Il donne une proposition douée de sens, une opinion (doxa), qui est ensuite confrontée à ce qui la prolonge au-delà (para), et c'est là qu'aussitôt elle est détruite dans ses conséquences, laissant l'esprit devant une énigme à résoudre. Le paradoxe permet de retourner la dualité contre elle-même pour permettre une saisie intuitive du Réel qui est unité hautement paradoxale. Le paradoxe, pour pousser la logique duelle dans ses retranchements mène l'intellect raisonneur au seuil de l'absurde. Tout ne répond pas à la logique duelle et pourtant, ce qui ne satisfait pas la logique duelle peut être.
La liste ci-dessous présente une série de propositions anti-mental de ce type. Pour mémoire, rappelons que cette approche se rencontre dans le Zen sous une forme qui est le koan, le but étant de suspendre le mental discursif afin que jaillisse l'intuition.
L'humour ici est proche voisin de la logique, il nous montre à quel point même le langage le plus simple enveloppe une représentation logique duelle du monde. C'est justement parce qu'il n'y parvient jamais entièrement qu'il est possible de retourner cette logique contre elle-même.
Moi se suis plus système D :
Des idées simples et logiques, pourquoi pas puisque la dictature est entamée pour bientôt alors, autant en profiter non ? ....
Voilà Je suis vieux et ce gouvernement a décidé que je n'avais plus droit aux soins. (Sécu oblige)....
- Et bien que les opposants au régime me donne un fusil et 4 cartouches
- J'ai droit à descendre 2 sénateurs et 2 ministres
- Voici 4 (QUATRE) parasites en moins.... et je vais en prison ! Pas bien çà.
M A I S
En tôle j'ai droit à 3 repas quotidiens, un lit, une télé, le jeu avec les potes et... TOUS LES SOINS DE SANTE dont j'avais besoin.... Je vais être constamment surveillé donc plus de crises d'angoisse et l'infirmerie est sur place avec la matériel adéquat.
En plus, les suppléments sont fournis rapîdement : nouveau dentier pas de problème, nouvelles lunettes, on prendra le temps et j'y verrai comme avant; mes hanches abîmées, une prothèse ou deux, opération des genoux, bilan des reins, du foie, des poumons et plein de soins pour mon petit coeur. TOUT est couvert par l'Administration.... RIEN à casquer....
Mais qui va payer pour tous ces soins, opérations et analyses ?
BEN... Le même Gouvernement qui vous a déclaré trop âgé pour bénéficier de ces mêmes soins.... Hé hé...
La cerise sur le gâteau c'est que je ne vais plus payer d'impôts,JAMAIS ! lol lol lol, hi, hi, hi, je pleure de rire Houhou hahaha, hi hi hi c'est trop... hou
Quel merveilleux pays non ?
Mais il me vient une idée encore, tiens ...Si je créais une entreprise de vente d'armes et de munitions....
Je me roule par terre ... Hi hi hi hi , j'en peux plus !!! je vais me pisser dessus de rire... Hou hou hou ... Quel merveilleux pays.... !!!!
JC
Aiguail7
Le Président et le Ministre, > > LE PRESIDENT > Entrez-donc mon ami et venez prendre place > Afin de me conter ce qui vous embarrasse > La réforme est lancée, elle avance à grands pas > Mais je vois bien qu'à tous celle-ci ne plait pas. > Aussi voudrais-je entendre de votre propre bouche > Pourquoi les enseignants prennent ainsi la mouche. > > LE MINISTRE > Mon bienfaiteur et Prince ne vous alarmez point > Voyez comme en ces temps je sais rester serein. > J'ai fait ce qu'il fallait et fait preuve d'audace > > LE PRESIDENT > Allez contez-moi donc je ne tiens plus en place ! > > LE MINISTRE > J'ai d'abord pour vous plaire modifié les programmes > Pour faire des élèves des besogneux sans âme. > Ils se feront gaver du matin jusqu'au soir > Et n'auront plus de sens à donner au savoir ; > Voilà qui nous fera des citoyens dociles > Qui ne s'attacheront qu'à des choses futiles. > > LE PRESIDENT > Fort bien, les programmes sont un bel artifice > Pour manoeuvrer les gens non sans quelque malice. > Voyez ce que je fis pour prendre le pouvoir > Promettant des réformes, n'en disant que très peu, > Pour qu'une fois reçu l'aval des isoloirs > Je puisse me sentir libre et faire ce que je veux ! > Mais veuillez donc poursuivre votre plan de disgrâce > Car je veux tout savoir ! > > > LE MINISTRE > Voilà ce qui se passe : > Je commence par rayer en trois ans les RASED > Et pour tromper les gens sur le maintien de l'aide > Je laisse aux enseignants l'entière liberté > De s'occuper tous seuls de la difficulté. > Ils auront pour cela comme unique bagage > La chance de pouvoir faire quelques journées de stage ! > J'ai enlevé deux heures d'école par semaine > Mais évidemment pas pour ceux qui mal apprennent : > On dit la journée de trop longue durée > Qu'il faudrait réformer notre calendrier > Et moi je vous dis qu'il en faut davantage > Et qu'il faut les forcer même jusqu'au gavage ! > > LE PRESIDENT > C'est à n'en point douter une idée fort plaisante, > Le mérite sera la seule valeur payante ! > > LE MINISTRE > Pour ceux qui veulent apprendre de maître le métier > Je les envoie le faire à l'Université. > Voyez l'inanité d'une bonne formation > Nous qui n'avons besoin que d'agents et de pions ! > Cela vous plait-il ? > > > LE PRESIDENT > Assurément je pense, > Mon humeur est ravie et elle est d'importance > Car c'est elle qui règle le cours de mes pensées > Qui font toujours écho à l'actualité. > Mon caprice me met dans des emportements, > J'ai des mots qui ne sont plus ceux d'un Président, > Je flatte ce qu'il faut des instincts les plus bas, > Parle plus en mon nom qu'en tant que chef d'état, > Sur toutes mes idées je veux qu'on légifère > Et ne supporte pas qu'on m'empêche de le faire. > Des médias je me sers et grâce à mon emprise > Ils me suivent au mieux dans toutes mes entreprises, > Enfin, si j'utilise les services de la presse > Cest parce qu'aux yeux de tous il faut que je paraisse. > Mais contez-moi encore votre train de mesures. > > >
LE MINISTRE > De l'école en danger j'augmente la fêlure : > Il existe des classes que l'Europe nous envie > Accueillant les plus jeunes des enfants du pays. > Il serait opportun de les faire disparaître > Pour affecter ailleurs ce réservoir de maîtres > Qui ne font de leur temps que des couches changer > Et ne connaissent point les joies de la dictée. > Des enseignants en moins réduiraient nos dépenses > Et il n'y aurait plus de maternelles en France ! > Afin de remplacer les absences des maîtres > Avec tous ceux qui veulent, une agence va naître. > Si celui qui remplace se trouve être plombier, > La chaudière de l'école il pourra réparer, > S'il est mécanicien et connait son affaire > Les voitures des collègues il pourra bien refaire, > Et si par de la chance il se trouve enseignant > Il pourra prendre en charge d'une classe les enfants ! > > LE PRESIDENT > Je reconnais bien là votre astuce admirable > Et votre esprit retors qui ne se sent coupable ! > Cette école qui veut faire des citoyens > Il faut qu'à l'avenir elle n'en fasse rien ! > Oeuvrez donc mon ami, la tâche n'est pas mince > Car c'est l'éducation qui menace les Princes !!!!
HUMOUR : JE ME SUIS SOUVENT DEMANDE ?
D'ou vient l'idée de stériliser l'aiguille qui va servir a une injection fatale d'un condamné à mort ?
En cas de guerre nucléaire... l'électromagnétisme produit par les bombes thermonucléaires pourrait-il endommager mes cassettes vidéo ?
Quel est le synonyme de synonyme ?
Si rien ne se colle au Téflon, comment l'a-t-on collé à la poêle ?
Adam avait-il un nombril ?
Si Superman est tellement malin, pourquoi est-ce qu'il met son slip par-dessus son pantalon?
Qu'arrive-t-il à ton poing quand tu ouvres ta main ?
On dit que seulement dix personnes au monde comprenaient Einstein. Personne ne me comprend. Suis-je un génie ?
Si un chat retombe toujours sur ses pattes, et une tartine beurrée retombe toujours du coté du beurre, que se passe-t-il quand on attache une tartine beurrée sur les pattes d'un chat et qu'on les jette par la fenêtre ?
Sur une navette spatiale qui voyage à la vitesse de la lumière, est-ce que les phares fonctionnent ?
Quand on trouve pas de point commun, n'est ce pas ça le point commun ?
Une fille aveugle se détestait tellement à cause de son handicap.
Elle haïssait tout le monde sauf un garçon qui était son ami.
Il était toujours là pour elle.
Un jour, elle lui dit « Si seulement je pouvais voir le monde, je me marierais avec toi. »
Un jour, quelqu'un lui a fait don de ses yeux, un donneur anonyme.
Quand les bandages furent enlevés, elle pouvait tout voir, ainsi que son ami.
Il lui dit, « Maintenant que tu peux voir le monde, veux-tu m'épouser ? »
La fille le regarda et vit qu'il était aveugle. La vue de ses paupières fermées la bouleversa. Elle ne s'attendait pas à ça. La pensée de le voir ainsi pour le reste de sa vie ne lui plut pas et elle refusa de l'épouser. Son ami la quitta en pleurs.
Quelques jours plus tard, il lui fit parvenir une note qui disait :
« Prends bien soin de tes yeux, ma chérie, car avant qu'ils deviennent les tiens, ils étaient miens. »
Une veille légende hindoue raconte qu'il y eut un temps où tous les hommes étaient des dieux ; mais ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma, le maître des dieux, décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher à un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Le grand problème fût donc de lui trouver une cachette.
Lorsque les dieux mineurs furent convoqués à un conseil pour résoudre ce problème, ils proposèrent ceci :
- « Enterrons la divinité de l'homme dans la terre. »
Mais Brahma répondit :
- « Non, cela ne suffit pas, car l'homme creusera et la trouvera. »
Alors les dieux répliquèrent :
- « Jetons la divinité dans le plus profond des océans. »
Mais Brahma répondit à nouveau :
- « Non, car tôt ou tard, l'homme explorera les profondeurs de tous les océans, et il est certain qu'un jour il la trouvera et la remontera à la surface. »
Alors les dieux mineurs conclurent :
- « Nous ne savons pas où la cacher car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer d'endroit que l'homme ne puisse atteindre un jour. »
Alors Brahma dit :
- « Voici ce que nous nous ferons de la divinité de l'homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c'est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher. »
Depuis ce temps-là, conclut la légende, l'homme a fait le tour de la terre, il a exploré, escaladé, plongé et creusé, à la recherche de quelque chose … qui se trouve en lui.
LECON DE MORALE : le grillon
Un amérindien et son ami, en visite au centre ville de New York, marchaient près de Times Square dans Manhattan. C'était durant l'heure du lunch et les rues étaient bondées de monde. Les autos klaxonnaient de plus belle, les autos taxi faissaient crisser leurs pneus sur les coins de rue, les sirènes hurlaient et les bruits de la ville rendaient presque sourd. Soudain, l'amérindien dit, "j'entends un grillon."
Son ami répondit, "Quoi? Tu dois être fou. Tu ne pourrais jamais entendre un grillon au milieu de tout ce vacarme!"
"Non, j'en suis sûr," dit l'amérindien, "j'entends un grillon."
"C'est fou," dit l'ami.
L'amérindien écouta attentivement pendant un moment, puis traversa la rue jusqu'à un gros planteur en ciment où poussaient quelques arbustes. Il regarda à l'intérieur des arbustes, sous les branches et avec assurance il localisa un petit grillon. Son ami était complètement stupéfait.
"C'est incroyable," dit son ami. "Tu dois avoir des oreilles super-humaines !"
"Non," répondit l'amérindien. "Mes oreilles ne sont pas différentes des tiennes. Tout ça dépend de ce que tu cherches à entendre."
"Mais ça ne se peut pas !" dit l'ami. "Je ne pourrais jamais entendre un grillon dans ce bruit."
"Oui, c'est vrai," répliqua l'amérindien. "Ça dépend de ce qui est vraiment important pour toi. Tiens, laisse-moi te le démontrer."
Il fouilla dans sa poche, en retira quelques sous et discrètement les jeta sur le trottoir. Et alors, malgré le bruit de la rue bondée de monde retentissant encore dans leurs oreilles, ils remarquèrent que toutes les têtes, jusqu'à une distance de sept mêtres d'eux, se tournaient et regardaient pour voir si la monnaie qui tintait sur le pavement était la leur.
"Tu vois ce que je veux dire?" demanda l'amérindien. "Tout ça dépend de ce qui est important pour toi."
Un jeune couple venait de s'installer dans un nouveau quartier. Le lendemain matin au moment où le couple prenait le petit déjeûner, la femme aperçut dehors la voisine qui étendait son linge sur un séchoir.
"Quel linge sale" dit-elle, "elle ne sait pas laver ! Peut-être a t-elle besoin d'une nouvelle lessive pour laver son linge !"
Son mari regarde la scène... mais garda le silence.
C'était le même commentaire chaque fois que la voisine étendait son linge, dehors, sur le séchoir.
Après un moi, la femme fut surprise de voir un matin que le linge de sa voisine était bien propre et elle dit à son mari : "Regarde ! Elle a appris à laver son linge maintenant ! Qui le lui a enseigné ?"
Le mari répondit : "PERSONNE.
Je me suis levé tôt ce matin et j'ai lavé les vitres de notre fenêtre..."
Ainsi la vie... TOUT dépend de la propreté de la fenêtre A TRAVERS LAQUELLE VOUS OBSERVEZ LES FAITS.
AVANT DE CRITIQUER, vérifiez la qualité de votre regard.
Alors vous pouvez voir avec clarté la limpidité du coeur des autres !
La question est fondamentale : POURQUOI ?
On n'a pas souvent l'occasion, en ces temps agités, de se poser les vraies questions.Et pourtant...
POURQUOI tu peux avoir une pizza à ta maison plus vite qu'une ambulance ?
POURQUOI il y a un stationnement pour handicapés en face des patinoires ?
POURQUOI les gens commandent un double cheeseburger, des grosses frites et un coca... light?
POURQUOI achetons-nous des saucisses en paquet de 10 et des pains à hot dog en paquet de 8 ?
On se demande aussi...
POURQUOI Les femmes ne peuvent pas se mettre du mascara la bouche fermée?
POURQUOI le mot 'abréviation' est si long ?
POURQUOI faut-il cliquer sur "Démarrer" pour arrêter Windows ?
POURQUOI le jus de citron est constitué de saveurs artificielles alors que le liquide vaisselle est fait en partie avec de vrais citrons ?
POURQUOI n'y a-t-il pas de nourriture pour chat, à saveur de souris ?
POURQUOI ils stérilisent l'aiguille qui sert à l'euthanasie ?
Tu connais ces boîtes noires indestructibles dans les avions...
POURQUOI est-ce qu'ils ne fabriquent pas l'avion au complet dans ce matériau ?
Si voler est si sécuritaire, POURQUOI l'aéroport s'appelle le 'terminal ?
Et toujours...
POURQUOI est-ce qu'on appuie plus fort sur les touches de la télécommande quand les piles sont presque à plat ?
POURQUOI est-ce qu'on lave nos serviettes de bain ; est-ce qu'on n'est pas sensés être propres quand on s'essuie avec ?
POURQUOI les pilotes kamikazes portent-ils un casque?
Comment les panneaux ' DÉFENSE DE MARCHER SUR LA PELOUSE ' arrivent-ils justement au milieu de celle-ci ?
Quand l'homme a découvert que la vache donnait du lait, que cherchait-il exactement à faire à ce moment-là ?
Si un mot dans le dictionnaire est mal écrit, comment s'en apercevra-t-on ?
POURQUOI ce couillon de Noé n'a-t-il pas écrasé les deux moustiques ?
Est-ce que les ouvriers de chez Lipton ont aussi une pause café ?
POURQUOI les moutons ne rétrécissent pas quand il pleut ?
POURQUOI 'séparés' s'écrit-il en un mot, alors que 'tous ensemble' s'écrit en deux mots séparés ?
Je veux acheter un boomerang neuf : comment puis-je me débarrasser de l'ancien ?
POURQUOI Les établissements ouverts 24 heures sur 24 ont-ils des serrures et des verrous ?
POURQUOI paye-t-on des chercheurs alors que des trouveurs suffiraient ?
POURQUOI quand on ouvre une boîte de médicaments c'est toujours du côté de la notice ?
POURQUOI au loto ils disent ''ça n'arrive pas qu'aux autres'. Alors que SI, ça n'arrive qu'aux autres ?
POURQUOI ceux qui ont mauvaise haleine nous parlent-ils toujours si près du visage ?
POURQUOI les crottes de pigeons sont-elles noires sur les voiture blanches et blanches sur les voitures noires ?
POURQUOI passe-t-on les 15 premiers mois à apprendre aux enfants parler et à marcher alors que les 15 années suivantes on leurs dit de ne pas bouger et se taire ?
POURQUOI quand on va faire la grosse commission dans un bar, en sortant il y a toujours une belle femme ou un bel homme qui entre dans les toilettes derrière nous ?
POURQUOI le service de dépannage de mon fournisseur internet me demande de débrancher ma prise téléphonique alors que nous sommes en communication ?
POURQUOI les filles se parfument avant d'être photographiées ?
POURQUOI la hotline demande d'aller dans la section "dépannage" de leur site web quand notre connexion ne fonctionne plus ?
POURQUOI quand on est pressé on se tape tous les feux rouges et les bouchons ?
POURQUOI parle-t-on plus fort quand on s'adresse à une personne aveugle ?
POURQUOI les aveugles paient-ils l'entrée au salon de la voyance ?
POURQUOI les toilettes sont toujours occupées au mauvais moment ?
POURQUOI quand on demande au téléphone : "Qui c'est ?", les gens répondent : "C'est moi." comme si c'était une évidence ?
POURQUOI la nourriture pour chien est "nouvelle avec un goùt amélioré" : qui l'a testé ?
Rions un peu ...
De quelle nationalité était Jésus ?
Il y a 3 bonnes raisons de penser que Jésus était Noir : 1) Il appelait tout le monde "mon frère" 2) Il aimait chanter la gloire de Dieu 3) Il n'a pas eu un procès équitable
Il y a aussi 3 bonnes raisons de penser que Jésus était Juif : 1) Il a repris l'affaire de son père 2) Il est resté à la maison jusqu'à l'âge de 33 ans 3) Il était sûr que sa mère était vierge, et sa mère était sûre qu'il était Dieu.
Il y a aussi 3 bonnes raisons de penser que Jésus était Italien : 1) Il parlait avec les mains 2) Il buvait du vin à tous les repas 3) Il mangeait exclusivement de la cuisine à l'huile d'olive
Il y a aussi 3 bonnes raisons de penser que Jésus était Californien: 1) Il avait les cheveux longs et il était toujours bronzé 2) Il aimait marcher pieds nus 3) Il a lancé une nouvelle religion
Il y a aussi 3 bonnes raisons de penser que Jésus était Tsigane: 1) Il n'a jamais travaillé un seul jour 2) Il n'a jamais écrit une seule ligne 3) La police l'a arrêté dans un jardin public où il campait sans autorisation
Il y a enfin 3 bonnes raisons de penser que Jésus était un publicitaire : 1) Son livre est n° 1 au hit-parade depuis sa parution 2) Ses successeurs ont créé un paradis fiscal à Rome 3) Après 2000 ans de réflexion, personne n'est encore sûr d'avoir compris ce qu'il a dit !
Le vieux caniche pense,
"Oh, oh! Je suis vraiment dans la m....…, là !" Remarquant les quelques os d’une carcasse qui traîne sur le sol à proximité, il se met aussitôt à mâcher les os, tournant le dos au léopard qui approche. Quand celui-ci est sur le point de lui sauter dessus, le vieux caniche s'exclame haut et fort :
"Ouah, ce léopard était vraiment excellent ! Je me demande s'il y en a d ’autres par ici ?"
En entendant cela, le jeune léopard interrompt son attaque en plein élan, il regarde le caniche avec effroi, et s’enfouit en rampant sous les fourrés.
"Ouf !", soupire-t-il, "C'était tout juste ! Ce vieux caniche a failli m’avoir !"
Cependant, un vieux singe qui avait observé toute la scène d’une branche d'arbre à proximité, se dit qu’il pourrait mettre à profit ce qu’il sait en négociant avec le léopard et obtenir sa protection.
Il part donc le rattraper mais le vieux caniche, le voyant courir à toute vitesse après le léopard, réalise que quelque chose doit se tramer. Le singe rattrape vite le léopard, lui dévoile le pot aux roses, et lui propose son accord.
Le jeune léopard est furieux d'avoir été trompé :
"Arrive ici, le singe, monte sur mon dos, et tu vas voir ce qui va arriver à ce petit malin !"
Le vieux caniche voit le léopard accourir avec le singe sur son dos et s’inquiète :
"Que vais-je faire maintenant ?" Mais au lieu de s’enfuir, le chien s’assied dos à ses agresseurs, faisant semblant une fois de plus de ne pas les avoir vus, et juste au moment où ils arrivent à portée de voix, il s’exclame :
"Où est donc ce foutu singe ? Ça fait une heure que je l’ai envoyé me chercher un autre léopard !"
Morale de cette histoire :
L'âge et la ruse arriveront toujours à triompher de la jeunesse et de la force !
L’astuce et l’esprit viennent seulement avec l'âge et l'expérience.
La dignité vient d’un vieux mot latin, « dignitas », qui parle de la notion de mérite et de mériter quelque chose. La valeur qui nous a peut être été octroyée par l’extérieur ou par l’intérieur de soi. Beaucoup de gens ont compris et beaucoup de systèmes sociaux ont utilisé l’idée du mérite - en France, on sait bien ce que veut dire « l’ordre du mérite » -, en apportant dignité par rapport à la valorisation des gens lorsque cela concerne leur action sociale ou leur activité vis-à-vis de l’extérieur. Mais la véritable dignité ne peut être qu’en nous et nous ne pouvons la construire que de l’intérieur vers l’extérieur. Et c’est là où l’apport de la philosophie est utile. D’abord, pour déjà comprendre cela, et ensuite, pour se déprogrammer de la nécessité de la valorisation sociale ou d’autrui pour se sentir digne. Aussi en même temps pour comprendre de quelle manière nous pouvons accéder à une dignité qui nous rende la tranquillité de conscience et, par conséquent, la confiance en nous-mêmes et dans ce que nous entreprenons pour nous-mêmes et pour les autres et avec les autres. Bon, voilà soulevée la question.
Kant a dit à chaque être humain : « agis de la sorte de traiter l’humanité tantôt en ce qui concerne ta propre personne, la personne d’autrui, comme si chacun possédait ou était une finalité en soi et ne jamais la considérer ou les considérer comme des moyens ».
En clair, ceci veut dire tout simplement que chaque homme porte en lui-même une finalité intrinsèque à lui-même, qu’il peut ou pas développer en fonction de ce qu’il fera, de ce qu’il porte en lui-même. Ceci est très important parce que cela ne dépend pas des ethnies, des religions, des groupes sociaux, des nationalités, etc. C’est porté, je répète, intrinsèquement dans chaque être humain. Cet impératif établit donc que tout homme doit être considéré comme une fin en soi-même et, par conséquent, ne possède aucune valeur relative, c’est-à-dire aucun prix. Kant va insister sur le fait que chaque être humain n’a pas de valeur relative en soi. On ne peut pas la comparer. Aucun être humain n’a un prix. Il est, intrinsèquement, une qualité. Et cette qualité, qui le rend donc sans aucun prix, n’a pas de prix. Il n’y a pas de quantification possible pour le nommer, c’est sa dignité, parce que, justement, notre dignité n’a aucun prix possible. Du moment que nous monnayons notre dignité, nous quittons notre propre nature et par conséquent, nous perdons ce dont on a parlé tout à l’heure : notre identité.
C’est Schiller qui, dans un très bel ouvrage sur la grâce et la dignité, en 1793, dira : la maîtrise des instants à travers la force morale de soi-même et la liberté de l’esprit et l’expression de la liberté de l’esprit dans le monde quotidien, dans le jour de tous les jours s’appelle dignité.
Faire l’application de la force morale pour pouvoir se maîtriser et donner le meilleur de nous-mêmes permet de faire jaillir dans l’être humain sa liberté d’esprit et par conséquent, de libérer son identité. Et l’application de cela au jour le jour s’appelle « dignité ». Toute idée, toute philosophie qui puisse être accompagnée de la notion de dignité ou de la capacité de rendre digne, individuellement et collectivement les hommes est digne de foi et toute idéologie, pensée, philosophie ou religion qui ne permet pas l’émergence de la dignité individuelle et collective est dangereuse pour nous.
F. Schwartz
Un sourire ne coute rien et produit beaucoup
Il enrichit ceux qui le recoivent
Sans appauvrir ceux qui le donnent
Il ne dure qu'un instant
Mais son souvenir est parfois éternel
Personne n'est assez riche pour s'en passer
Personne n'est assez pauvre pour ne pas le mériter
Il crée le bonheur au foyer, soutient les affaires
Il est le signe sensible de l'Amitié
Un sourire donne du repos à l'être fatigué
Rend du courage aux plus découragés
Il ne peut ni s'acheter, ni se prêter, ni se voler
Car c'est une chose qui n'a de valeur
Qu'à partir du moment où il se donne
Et si quelquefois vous rencontrez une personne
Qui ne sait plus avoir le sourire
Soyez généreux, donnez-lui le vôtre
Car nul n'a autant besoin d'un sourire
Que celui qui ne peut en donner aux autres.
Platon parlait de Diogène comme “un Socrate devenu fou”.
Les platoniciens affirment une réalité duale existentielle. Le principe de la contradiction par la découverte du beau et du laid, de l'idéal et du statisme. Les vérités ultimes de l'existence à travers une avancée vers l'âme humaine dont l'homme ne perçoit la présence que par les apparences terrestres. La justice crédité par la philosophie où le beau, le bien et le droit deviennent accessibles par la dialectique. C'est ainsi que Platon, c'est tout au moins ce que j'en déduis modestement, persiste à faire découvrir sa pensée. En opposition, Diogène méprisait les biens terrestres, la richesse et les conventions sociales. Il considérait comme entrave à la liberté toutes attaches matérielles et obligation congrégationniste.
Cette recherche absurde qu'est la quête de Diogène, est en réalité une attaque en règle précisément contre la philosophie de Platon. La contradiction qui existe entre ces deux philosophes est le reflet de celles des deux mondes présentés dans l'oeuvre de Platon. Un monde physique et matériel où l'on peut sentir, toucher, peser, un monde sensible et matériel et un autre monde idéologique, intelligible où le beau, le droit et le bien sont les vérités ultimes de l'existence. L'âme humaine apparaît enfin dans la découverte du beau et non plus dans le profit des plaisirs terrestres. Ces deux mondes coexistent, l'un est rationnel et basé sur les principes simples de la survie, des finances et du pragmatisme et l'autre définit les valeurs universelles de progression vers l'idéal.
En demandant partout s’il y a un homme, Diogène intensifie le persiflage et démystifie l'oeuvre philosophique de son désormais rival. Il se moque de Platon. et persiste.
Platon définissait l’homme comme un “bipède sans plume”. Une anecdote prétend que Diogène visitant Platon lui lanca un poulet déplumé dans les jambes et lui dit : “Voici l’homme de Platon !”
Aiguail7
Spinoza disait également à ce propos : “le concept de chien n’aboie pas.”
SPINOZA 1632/1677
Deux hommes sont en train de prendre l'apéritif sur la terrasse d'un café et tout d'un coup le premier a une envie de sardines.
Le deuxième tout étonné, le voit bouffer ses sardines en enlevant la tête.
Il lui demande :
- Pourquoi t'enlèves la tête à tes sardines ?
- Ben, la tête des sardines ça rend intelligent, je les garde pour mes gosses.
- Ah ouais, putain ça m'intéresse, ça, je te les achète!!!
- OK, je te vends mes têtes de sardines pour 100 balles !
Le deuxième mange alors ses têtes de sardines, puis au bout d'un moment, il dit :
- Mais j'y pense, avec ces 100 balles j'aurais pu m'acheter un kilo de sardines !!!
- Ah ben tu vois que ça rend moins con, ça fait déjà effet dis-donc !!!
Il n'est pas bon d'avoir plusieurs maîtres; n'en ayons qu'un seul. Qu'un seul soit le maître, qu'un seul soit le roi. Voilà ce que déclara Ulysse en public, selon Homère.
S'il eût dit seulement : << il="" est="" pas="" bon="" avoir="" plusieurs="" tres="">>, c'était suffisant. Mais au lieu d'en déduire que la domination de plusieurs ne peut être bonne, puisque la puissance d'un seul, dès qu'il prend ce titre de maître, est dure et déraisonnable, il ajoute au contraire : << ayons="" un="" seul="" tre...="">>{C}{C}{C}{C}{C}{C}
Il faut peut-être excuser Ulysse d'avoir tenu ce langage, qui lui servait alors pour apaiser la révolte de l'armée : je crois qu'il adaptait plutôt son discours aux circonstances qu'à la vérité. Mais à la réflexion, c'est un malheur extrême que d'être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d'être méchant quand il le voudra. Quant à obéir à plusieurs maîtres, c'est être autant de fois extrêmement malheureux.
Je ne veux pas débattre ici la question tant de fois agitée, à savoir << si="" autres="" sortes="" de="" publiques="" sont="" br="" font="" face="Comic Sans MS" size="+1" que="" la="" monarchie="" .="" avais="">{C}{C}{C} de chercher quel rang la monarchie doit occuper parmi les divers modes de gouverner la chose publique, je demanderais si l'on doit même lui en accorder aucun, car il est difficile de croire qu'il y ait rien de public dans ce gouvernement où tout est à un seul. Mais réservons pour un autre temps cette question qui mériterait bien un traité à part, et qui provoquerait toutes les disputes politiques.
Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent, qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante --- et pourtant si commune qu'il faut plutôt en gémir que s'en ébahir -, de voir un million d'hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu'ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient pas redouter --- puisqu'il est seul --- ni aimer --- puisqu'il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l'obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts. Si donc une nation, contrainte par la force des armes, est soumise au pouvoir d'un seul --- comme la cité d'Athènes le fut à la domination des trente tyrans ---, il ne faut pas s'étonner qu'elle serve, mais bien le déplorer. Ou~ plutôt, ne s'en étonner ni ne s'en plaindre, mais supporter le malheur avec patience, et se réserver pour un avenir meilleur.
Nous sommes ainsi faits que les devoirs communs de l'amitié absorbent une bonne part de notre vie. Il est raisonnable d'aimer la vertu, d'estimer les belles actions, d'être reconnaissants pour les bienfaits reçus, et de réduire souvent notre propre bien-être pour accroître l'honneur et l'avantage de ceux que nous aimons, et qui méritent d'être aimés. Si donc les habitants d'un pays trouvent parmi eux un de ces hommes rares qui leur ait donné des preuves d'une grande prévoyance pour les sauvegarder, d'une grande hardiesse pour les défendre, d'une grande prudence pour les gouverner ; s'ils s'habituent à la longue à lui obéir et à se fier à lui jusqu'à lui accorder une certaine suprématie, je ne sais s'il serait sage de l'enlever de là où il faisait bien pour le placer là où il pourra faire mal ; il semble, en effet, naturel d'avoir de la bonté pour celui qui nous a procuré du bien, et de ne pas en craindre un mal.
Mais, ô grand Dieu, qu'est donc cela ? Comment appellerons-nous ce malheur ? Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d'hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais être tyrannisés, n'ayant ni biens, ni parents, ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ? De les voir souffrir les rapines, les paillardises, les cruautés, non d'une armée, non d'un camp barbare contre lesquels chacun devrait défendre son sang et sa vie, mais d'un seul ! Non d'un Hercule ou d'un Samson, mais d'un hommelet souvent le plus lâche, le plus efféminé de la nation, qui n'a jamais flairé la poudre des batailles ni guère foulé le sable des tournois, qui n'est pas seulement inapte à commander aux hommes, mais encore à satisfaire la moindre femmelette ! Nommerons-nous cela lâcheté ? Appellerons-nous vils et couards ces hommes soumis ? Si deux, si trois, si quatre cèdent à un seul, c'est étrange, mais toutefois possible ; on pourrait peut-être dire avec raison : c'est faute de coeur. Mais si cent, si mille souffrent l'oppression d'un seul, dira-t-on encore qu'ils n'osent pas s'en prendre à lui, ou qu'ils ne le veulent pas, et que ce n'est pas couardise, mais plutôt mépris ou dédain ?
Enfin, si l'on voit non pas cent, non pas mille hommes, mais cent pays, mille villes, un million d'hommes ne pas assaillir celui qui les traite tous comme autant de serfs et d'esclaves, comment qualifierons-nous cela ? Est-ce lâcheté ? Mais tous les vices ont des bornes qu'ils ne peuvent pas dépasser. Deux hommes, et même dix, peuvent bien en craindre un ; mais que mille, un million, mille villes ne se défendent pas contre un seul homme, cela n'est pas couardise : elle ne va pas jusque-là, de même que la vaillance n'exige pas qu'un seul homme escalade une forteresse, attaque une armée, conquière un royaume. Quel vice monstrueux est donc celui-ci, qui ne mérite pas même le titre de couardise, qui ne trouve pas de nom assez laid, que la nature désavoue et que la langue refuse de nommer ?. ..
Qu'on mette face à face cinquante mille hommes en armes ; qu'on les range en bataille, qu'ils en viennent aux mains ; les uns, libres, combattent pour leur liberté, les autres combattent pour la leur ravir. Auxquels promettrez-vous la victoire ? Lesquels iront le plus courageusement au combat : ceux qui espèrent pour récompense le maintien de leur liberté, ou ceux qui n'attendent pour salaire des coups qu'il donnent et qu'ils reçoivent que la servitude d'autrui ? Les uns ont toujours devant les yeux le bonheur de leur vie passée et l'attente d'un bien-être égal pour l'avenir. Ils pensent moins à ce qu'ils endurent le temps d'une bataille qu'à ce qu'ils endureraient, vaincus, eux, leurs enfants et toute leur postérité. Les autres n'ont pour aiguillon qu'une petite pointe de convoitise qui s'émousse soudain contre le danger, et dont l'ardeur s'éteint dans le sang de leur première blessure. Aux batailles si renommées de Miltiade, de Léonidas, de Thémistocle, qui datent de deux mille ans et qui vivent encore aujourd'hui aussi fraîches dans la mémoire des livres et des hommes que si elles venaient d'être livrées hier, en Grèce, pour le bien des Grecs et pour l'exemple du monde entier, qu'est-ce qui donna à un si petit nombre de Grecs, non pas le pouvoir, mais le courage de supporter la force de tant de navires que la mer elle-même en débordait, de vaincre des nations si nombreuses que tous les soldats grecs, pris ensemble, n'auraient pas fourni assez de capitaines aux armées ennemies ? Dans ces journces glorieuses, c'était moins la bataille des Grecs contre les Perses que la victoire de la liberté sur la domination, de l'affranchissement sur la convoitise.
Ils sont vraiment extraordinaires, les récits de la vaillance que la liberté met au coeur de ceux qui la défendent ! Mais ce qui arrive, partout et tous les jours : qu'un homme seul en opprime cent mille et les prive de leur liberté, qui pourrait le croire, s'il ne faisait que l'entendre et non le voir ? Et si cela n'arrivait que dans des pays étrangers, des terres lointaines et qu'on vînt nous le raconter, qui ne croirait ce récit purement inventé ?
Or ce tyran seul, il n'est pas besoin de le combattre, ni de l'abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s'agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner. Pas besoin que le pays se mette en peine de faire rien pour soi, pourvu qu'il ne fasse rien contre soi. Ce sont donc les peuples eux-mêmes qui se laissent, ou plutôt qui se font malmener, puisqu'ils en seraient quittes en cessant de servir. C'est le peuple qui s'asservit et qui se coupe la gorge ; qui, pouvant choisir d'être soumis ou d'être libre, repousse la liberté et prend le joug ; qui consent à son mal, ou plutôt qui le recherche... S'il lui coûtait quelque chose pour recouvrer sa liberté, je ne l'en presserais pas ; même si ce qu'il doit avoir le plus à coeur est de rentrer dans ses droits naturels et, pour ainsi dire, de bête redevenir homme. Mais je n'attends même pas de lui une si grande hardiesse ; j'admets qu'il aime mieux je ne sais quelle assurance de vivre misérablement qu'un espoir douteux de vivre comme il l'entend. Mais quoi ! Si pour avoir la liberté il suffit de la désirer, s'il n'est besoin que d'un simple vouloir, se trouvera-t-il une nation au monde qui croie la payer trop cher en l'acquérant par un simple souhait ? Et qui regretterait sa volonté de recouvrer un bien qu'on devrait racheter au prix du sang, et dont la perte rend à tout homme d'honneur la vie amère et la mort bienfaisante ? Certes, comme le feu d'une petite étincelle grandit et se renforce toujours, et plus il trouve de bois à brûler, plus il en dévore, mais se consume et finit par s'éteindre de lui-même quand on cesse de l'alimenter, de même, plus les tyrans pillent, plus ils exigent ; plus ils ruinent et détruisent, plus où leur fournit, plus on les sert. Ils se fortifient d'autant, deviennent de plus en plus frais et dispos pour tout anéantir et tout détruire. Mais si on ne leur fournit rien, si on ne leur obéit pas, sans les combattre, sans les frapper, ils restent nus et défaits et ne sont plus rien, de même que la branche, n'ayant plus de suc ni d'aliment à sa racine, devient sèche et morte.
Pour acquérir le bien qu'il souhaite, l'homme hardi ne redoute aucun danger, l'homme avisé n'est rebuté par aucune peine. Seuls les lâches et les engourdis ne savent ni endurer le mal, ni recouvrer le bien qu'ils se bornent à convoiter. L'énergie d'y prétendre leur est ravie par leur propre lâcheté ; il ne leur reste que le désir naturel de le posséder. Ce désir, cette volonté commune aux sages et aux imprudents, aux courageux et aux couards, leur fait souhaiter toutes les choses dont la possession les rendrait heureux et contents. il en est une seule que les hommes, je ne sais pourquoi, n'ont pas la force de désirer : c'est la liberté, bien si grand et si doux ! Dès qu'elle est perdue, tous les maux s'ensuivent, et sans elle tous les autres biens, corrompus par la servitude, perdent entièrement leur goût et leur saveur. La liberté, les hommes la dédaignent uniquement, semble-t-il, parce que s'ils la désiraient, ils l'auraient ; comme s'ils refusaient de faire cette précieuse acquisition parce qu'elle est trop aisée.
Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien ! Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et le plus clair de votre revenu, vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons des vieux meubles de vos ancêtres ! Vous vivez de telle sorte que rien n'est plus à vous. Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine, ne vous viennent pas des ennemis, mais certes bien de l'ennemi, de celui-là même que vous avez fait ce qu'il est, de celui pour qui vous allez si courageusement à la guerre, et pour la grandeur duquel vous ne refusez pas de vous offrir vous-mêmes à la mort. Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n'est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s'il n'était d'intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n'étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ? Vous semez vos champs pour qu'il les dévaste, vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu'il puisse assouvir sa luxure, vous nourrissez vos enfants pour qu'il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu'il les mène à la guerre, à la boucherie, qu'il les rende ministres de ses convoitises et exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine afin qu'il puisse se mignarder dans ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez afin qu'il soit plus fort, et qu'il vous tienne plus rudement la bride plus courte. Et de tant d'indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir.
Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l'ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre.
Les médecins conseillent justement de ne pas chercher à guérir les plaies incurables, et peut-être ai-je tort de vouloir ainsi exhorter un peuple qui semble avoir perdu depuis longtemps toute connaissance de son mal --- ce qui montre assez que sa maladie est mortelle. Cherchons donc à comprendre, si c'est possible, comment cette opiniâtre volonté de servir s'est enracinée si profond qu'on croirait que l'amour même de la liberté n'est pas si naturel.
Il est hors de doute, je crois, que si nous vivions avec les droits que nous tenons de la nature et d'après les préceptes qu'elle nous enseigne, nous serions naturellement soumis à nos parents, sujets de la raison, sans être esclaves de personne. Chacun de nous reconnaît en soi, tout naturellement, l'impulsion de l'obéissance envers ses père et mère. Quant à savoir si la raison est en nous innée ou non --- question débattue amplement par les académies et agitée par toute l'école des philosophes -, je ne pense pas errer en disant qu'il y a dans notre âme un germe naturel de raison. Développé par les bons conseils et les bons exemples, ce germe s'épanouit en vertu, mais il avorte souvent, étouffé par les vices qui surviennent. Ce qu'il y a de clair et d'évident, que personne ne peut ignorer, c'est que la nature, ministre de Dieu, gouvernante des hommes, nous a tous créés et coulés en quelque sorte dans le même moule, pour nous montrer que nous sommes tous égaux, ou plutôt frères. Et si, dans le partage qu'elle a fait de ses dons, elle a prodigué quelques avantages de corps ou d'esprit aux uns plus qu'aux autres, elle n'a cependant pas voulu nous mettre en ce monde comme sur un champ de bataille, et n'a pas envoyé ici bas les plus forts ou les plus adroits comme des brigands armés dans une forêt pour y malmener les plus faibles. Croyons plutôt qu'en faisant ainsi des parts plus grandes aux uns, plus petites aux autres, elle a voulu faire naître en eux l'affection fraternelle et les mettre à même de la pratiquer, puisque les uns ont la puissance de porter secours tandis que les autres ont besoin d'en recevoir. Donc, puisque cette bonne mère nous a donné à tous toute la terre pour demeure, puisqu'elle nous a tous logés dans la même maison, nous a tous formés sur le même modèle afin que chacun pût se regarder et quasiment se reconnaître dans l'autre comme dans un miroir, puisqu'elle nous a fait à tous ce beau présent de la voix et de la parole pour mieux nous rencontrer et fraterniser et pour produire, par la communication et l'échange de nos pensées, la communion de nos volontés ; puisqu'elle a cherché par tous les moyens à faire et à resserrer le noeud de notre alliance, de notre société, puisqu'elle a montré en toutes choses qu'elle ne nous voulait pas seulement unis, mais tel un seul être, comment douter alors que nous ne soyons tous naturellement libres, puisque nous sommes tous égaux ? Il ne peut entrer dans l'esprit de personne que la nature ait mis quiconque en servitude, puisqu'elle nous a tous mis en compagnie.
À vrai dire, il est bien inutile de se demander si la liberté est naturelle, puisqu'on ne peut tenir aucun être en servitude sans lui faire tort : il n'y a rien au monde de plus contraire à la nature, toute raisonnable, que l'injustice. La liberté est donc naturelle ; c'est pourquoi, à mon avis, nous ne sommes pas seulement nés avec elle, mais aussi avec la passion de la défendre.
Et s'il s'en trouve par hasard qui en doutent encore --- abâtardis au point de ne pas reconnaître leurs dons ni leurs passions natives -, il faut que je leur fasse l'honneur qu'ils méritent et que je hisse, pour ainsi dire, les bêtes brutes en chaire, pour leur enseigner leur nature et leur condition. Les bêtes, Dieu me soit en aide, si les hommes veulent bien les entendre, leur crient : << vive="" la="" font="">{C}{C}{C} ! >> Plusieurs d'entre elles meurent aussitôt prises. Tel le poisson qui perd la vie sitôt tiré de l'eau, elles se laissent mourir pour ne point survivre à leur liberté naturelle. Si les animaux avaient entre eux des prééminences, ils feraient de cette liberté leur noblesse. D'autres bêtes, des plus grandes aux plus petites, lorsqu'on les prend, résistent si fort des ongles, des cornes, du bec et du pied qu'elles démontrent assez quel prix elles accordent à ce qu'elles perdent. Une fois prises, elles nous donnent tant de signes flagrants de la connaissance de leur malheur qu'il est beau de les voir alors languir plutôt que vivre, et gémir sur leur bonheur perdu plutôt que de se plaire en servitude. Que veut dire d'autre l'éléphant lorsque, s'étant défendu jusqu'au bout, sans plus d'espoir, sur le point d'être pris, il enfonce ses mâchoires et casse ses dents contre les arbres, sinon que son grand désir de demeurer libre lui donne de l'esprit et l'avise de marchander avec les chasseurs : à voir s'il pourra s'acquitter par le prix de ses dents et si son ivoire, laissé pour rançon, rachètera sa liberté ?
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Nous flattons le cheval dès sa naissance pour l'habituer à servir. Nos caresses ne l'empêchent pas de mordre son frein, de ruer sous l'éperon lorsqu'on veut le dompter. Il veut témoigner par là, ce me semble, qu'il ne sert pas de son gré, mais bien sous notre contrainte. Que dire encore ?
<< me="" les="" sous="" le="" et="" font="">{C}{C}{C} en cage, se plaignent. Je l'ai dit autrefois en vers...
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Ainsi donc, puisque tout être pourvu de sentiment sent le malheur de la sujétion et court après la liberté ; puisque les bêtes, même faites au service de l'homme, ne peuvent s'y soumettre qu'après avoir protesté d'un désir contraire, quelle malchance a pu dénaturer l'homme --- seul vraiment né pour vivre libre --- au point de lui faire perdre la souvenance de son premier état et le désir de le reprendre ?
Il y a trois sortes de tyrans.
Les uns règnent par l'élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. Ceux qui ont acquis le pouvoir par le droit de la guerre s'y comportent --- on le sait et le dit fort justement comme en pays conquis. Ceux qui naissent rois, en général, ne sont guère meilleurs. Nés et nourris au sein de la tyrannie, ils sucent avec le lait le naturel du tyran et ils regardent les peuples qui leur sont soumis comme leurs serfs héréditaires. Selon leur penchant dominant --- avares ou prodigues ---, ils usent du royaume comme de leur héritage. Quant à celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu'il devrait être plus supportable ; il le serait, je crois, si dès qu'il se voit élevé au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi qu'on appelle grandeur, il décidait de n'en plus bouger. Il considère presque toujours la puissance que le peuple lui a léguée comme devant être transmise à ses enfants. Or dès que ceux-ci ont adapté cette opinion, il est étrange de voir combien ils surpassent en toutes sortes de vices, et même en cruautés, tous les autres tyrans. Ils ne trouvent pas meilleur moyen pour assurer leur nouvelle tyrannie que de renforcer la servitude et d'écarter si bien les idées de liberté de l'esprit de leurs sujets que, pour récent qu'en soit le souvenir, il s'efface bientôt de leur mémoire. Pour dire vrai, je vois bien entre ces tyrans quelques différences, mais de choix, je n'en vois pas : car s'ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de règne est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d'esclaves qui leur appartient par nature.
Je poserai cette question : si par hasard il naissait aujourd'hui quelques gens tout neufs, ni accoutumés à la sujétion, ni affriandés à la liberté, ignorant jusqu'au nom de l'une et de l'autre, et qu'on leur proposât d'être sujets ou de vivre libres, quel serait leur choix ? Sans aucun doute, ils préféreraient de beaucoup obéir à la seule raison que de servir un homme, à moins qu'ils ne soient comme ces gens d'Israël qui, sans besoin ni contrainte, se donnèrent un tyran. Je ne lis jamais leur~ histoire sans en éprouver un dépit extrême qui me porterait presque à être inhumain, jusqu'à me réjouir de tous les maux quu leur advinrent. Car pour que les hommes, tant qu'ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l'une : ou qu'ils y soient contraints, ou qu'ils soient trompés. Contraints par les armes étrangères~ comme le furent Sparte et Athènes par celles d'Alexandre, ou trompés par les factions comme le fut le gouvernement d'Athènes, tombé auparavant aux mains~ de Pisistrate. Ils perdent souvent leur liberté en étant trompés, mais sont moins souvent séduits par autrui qu'ils ne se trompent eux-mêmes. Ainsi le peuple de Syracuse, capitale de la Sicile, pressé par les guerres, ne songeant qu'au danger du moment, élut Denys Premier et lui donna le commandement de l'armée. Il ne prit garde qu'il l'avait fait aussi puissant que lorsque ce malin, rentrant victorieux comme s'il eût vaincu ses concitoyens plutôt que ses ennemis, se fit d'abord capitaine, puis roi, et de roi tyran. Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu'il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu'il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu'on dirait à le voir qu'il n'a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude.
Il est vrai qu'au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais les successeurs servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent point avoir d'autres biens ni d'autres droits que ceux qu'ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l'état de leur naissance.
Toutefois il n'est pas d'héritier, même prodigue ou nonchalant, qui ne porte un jour les yeux sur les registres de son père pour voir s'il jouit de tous les droits de sa succession et si l'on n'a rien entrepris contre lui ou contre son prédécesseur. Mais l'habitude, qui exerce en toutes choses un si grand pouvoir sur nous, a surtout celui de nous apprendre à servir et, comme on le raconte de Mithridate, qui finit par s'habituer au poison, celui de nous apprendre à avaler le venin de la servitude sans le trouver amer. Nul doute que la nature nous dirige là où elle veut, bien ou mal lotis, mais il faut avouer qu'elle a~ moins de pouvoir sur nous que l'habitude. Si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu, et l'habitude nous forme toujours à sa manière, en dépit de la nature. Les semences de bien que la nature met en nous sont si menues, si frêles, qu'elles ne peuvent résister au moindre choc d'une habitude contraire. Elles s'entretiennent moins facilement qu'elles ne s'abâtardissent, et même dégénèrent, tels ces arbres fruitiers qui conservent les caractères de leur espèce tant qu'on les laisse venir, mais qui les perdent pour porter des fruits différents des leurs, selon la manière dont on les greffe.
Les herbes aussi ont chacune leur propriété, leur naturel, leur singularité ; pourtant la durée, les intempéries, le sol ou la main du jardinier augmentent ou diminuent de beaucoup leurs vertus. La plante qu'on a vue dans un pays n'est souvent plus reconnaissable dans un autre. Celui qui verrait les Vénitiens, une poignée de gens vivant si librement que le plus misérable d'entre eux ne voudrait pas être roi, nés et élevés de façon qu'ils ne connaissent d'autre ambition que celle d'entretenir pour le mieux leur liberté, éduqués et formés dès le berceau de telle sorte qu'ils n'échangeraient pas un brin de leur liberté pour toutes les autres félicités de la terre... Celui, dis-je, qui verrait ces personnes-là, et qui s'en irait ensuite sur le domaine de quelque << grand="" seigneur="">>, y trouvant des gens qui ne sont nés que{C}{C}{C} pour le servir et qui abandonnent leur propre vie pour maintenir sa puissance, penserait-il que ces deux peuples sont de même nature ? Ou ne croirait-il pas plutôt qu'en sortant d'une cité d'hommes, il est entré dans un parc de bêtes ?
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On raconte que Lycurgue, le législateur de Sparte, avait nourri deux chiens, tous deux frères, tous deux allaités au même lait. L'un était engraissé à la cuisine, l'autre habitué à courir les champs au son de la trompe et du cornet. Voulant montrer aux Lacédémoniens que les hommes sont tels que la culture les a faits, il exposa les deux chiens sur la place publique et mit entre eux une soupe et un lièvre. L'un courut au plat, l'autre au lièvre. Et pourtant, dit-il, ils sont frères !
Celui-là, avec ses lois et son art politique, éduqua et forma si bien les Lacédémoniens que chacun d'eux préférait souffrir mille morts plutôt que de se soumettre à un autre maître que la loi et la raison.
Je prends plaisir à rappeler ici une anecdote concernant l'un des favoris de Xerxès, grand roi de Perse, et deux Spartiates. Lorsque Xerxès faisait ses préparatifs de guerre pour conquérir la Grèce entière, il envoya ses ambassadeurs dans plusieurs villes de ce pays pour demander de l'eau et de la terre --- c'était la manière qu'avaient les Perses de sommer les villes de se rendre. Il se garda bien d'en envoyer à Sparte ni à Athènes parce que les Spartiates et les Athéniens, auxquels son père Darius en avait envoyés auparavant, les avaient jetés, les uns dans les fossés, les autres dans les puits en leur disant : << font=""> prenez là de l'eau et de la terre, et portez-les à votre prince. >> Ces gens ne pouvaient souffrir que, même par la moindre parole, on attentât à leur liberté. Les Spartiates reconnurent qu'en agissant de la sorte, ils avaient offensé les dieux, et surtout Talthybie, le dieu des héraults. Ils résolurent donc, pour les apaiser d'envoyer à Xerxès deux de leurs concitoyens afin que, disposant d'eux à son gré, il pût se venger sur eux du meurtre des ambassadeurs de son père.
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Deux Spartiates, l'un nommé Sperthiès et l'autre Bulis, s'offrirent comme victimes volontaires. Ils partirent. Arrivés au palais d'un Perse nommé Hydarnes, lieutenant du roi pour toutes les villes d'Asie qui étaient sur les côtes de la mer, celui-ci les accueillit fort honorablement, leur fit grande chère et, de fil en aiguille, leur demanda pourquoi ils rejetaient si fort l'amitié du roi. << voyez="" par="" mon="" exemple="" comment="" le="" font=""> sait honorer ceux qui le méritent. Croyez que si vous étiez à son service et qu'il vous eût connus, vous seriez tous les deux gouverneurs de quelque ville grecque. >> Les Lacédémoniens répondirent : << en="" tu="" ne="" pourrais="" nous="" font=""><< voyez="" par="" mon="" exemple="" comment="" le="" font=""><< voyez="" par="" mon="" exemple="" comment="" le="" font="">{C}{C}{C}{C} un bon conseil ; car si tu as essayé le bonheur que tu nous promets, tu ignores entièrement celui dont NOUS jouissons. Tu as éprouvé la faveur du roi, mais tu ne sais pas quel goût délicieux a la liberté. Or si tu en avais seulement goûté, tu nous conseillerais de la défendre, non seulement avec la lance et le bouclier, mais avec les dents et avec les ongles >>. Seuls les Spartiates disaient vrai, mais chacun parlait ici selon l'éducation qu'il avait reçue. Car il était aussi impossible au Persan de regretter la liberté dont il n'avait jamais joui qu'aux Lacédémoniens, qui l'avaient savourée, d'endurer l'esclavage.
Caton d'Utique, encore enfant et sous la férule de son maître, allait souvent voir le dictateur Sylla chez qui il avait ses entrées, tant à cause du rang de sa famille que de ses liens de parenté. Dans ces visites, il était toujours accompagné de son précepteur, comme c'était l'usage à Rome pour les enfants des nobles. Il vit un jour que dans l'hôtel même de Sylla, en sa présence ou par son commandement, on emprisonnait les uns, on condamnait les autres ; l'un était banni, l'autre étranglé. L'un demandait la confiscation des biens d'un citoyen, l'autre sa tête. En somme, tout s'y passait non comme chez un magistrat de la cité, mais comme chez un tyran du peuple ; c'était moins le sanctuaire de la justice qu'une caverne de tyrannie. Ce jeune garcon dit à son précepteur : << que="" ne="" me="" donnez-vous="" un="" poignard="" je="" le="" cacherai="" sous="" ma="" font=""> J'entre souvent dans la chambre de Sylla avant qu'il ne soit levé... J'ai le bras assez fort pour en libérer la ville. >> Voilà vraiment la parole d'un Caton. Ce début d'une vie était digne de sa mort. Taisez le nom et le pays, racontez seulement le fait tel qu'il est : il parle de lui-même. On dira aussitôt : << cet="" font=""><< que="" ne="" me="" donnez-vous="" un="" poignard="" je="" le="" cacherai="" sous="" ma="" font=""><< que="" ne="" me="" donnez-vous="" un="" poignard="" je="" le="" cacherai="" sous="" ma="" font=""> était romain, né dans Rome, lorsqu'elle était libre. >> Pourquoi dis-je ceci ? Je ne prétends certes pas que le pays et le sol n'y fassent rien, car partout et en tous lieux l'esclavage est amer aux hommes et la liberté leur est chère. Mais il me semble qu'on doit avoir pitié de ceux qui, en naissant, se trouvent déjà sous le joug, qu'on doit les excuser ou leur pardonner si, n'ayant pas même vu l'ombre de la liberté, et n'en ayant pas entendu parler, ils ne ressentent pas le malheur d'être esclaves. S'il est des pays, comme le dit Homère de celui des Cimériens, où le soleil se montre tout différent qu'à nous, où après les avoir éclairés pendant six mois consécutifs, il les laisse dans l'obscurité durant les six autres mois, faut-il s'étonner que ceux qui naissent pendant cette longue nuit, s'ils n'ont point ouï parler de la clarté ni jamais vu le jour, s'accoutument aux ténèbres où ils sont nés sans désirer la lumière ?
On ne regrette jamais ce qu'on n'a jamais-eu. Le chagrin ne vient qu'après le plaisir et toujours, à la connaissance du malheur, se joint le souvenir de quelque joie passée. La nature de l'homme est d'être libre et de vouloir l'être, mais il prend facilement un autre pli lorsque l'éducation le lui donne.
Disons donc que, si toutes choses deviennent naturelles à l'homme lorsqu'il s'y habitue, seul reste dans sa nature celui qui ne désire que les choses simples et non altérées. Ainsi la première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude. Voilà ce qui arrive aux plus braves chevaux qui d'abord mordent leur frein, et après s'en jouent, qui, regimbant naguère sous la selle, se présentent maintenant d'eux-mêmes sous le harnais et, tout fiers, se rengorgent sous l'armure.
Ils disent qu'ils ont toujours été sujets, que leurs pères ont vécu ainsi. Ils pensent qu'ils sont tenus d'endurer le mal, s'en persuadent par des exemples et consolident eux-mémes, par la durée, la possession de ceux qui les tyrannisent.
Mais en vérité les années ne donnent jamais le droit de mal faire. Elles accroissent l'injure. Il s'en trouve toujours certains, mieux nés que les autres, qui sentent le poids du joug et ne peuvent se retenir de le secouer, qui ne s'apprivoisent jamais à la sujétion et qui, comme Ulysse cherchait par terre et par mer à revoir la fumée de sa maison, n'ont garde d'oublier leurs droits naturels, leurs origines, leur état premier, et s'empressent de les revendiquer en toute occasion. Ceux-là, ayant l'entendement net et l'esprit clairvoyant, ne se contentent pas, comme les ignorants, de voir ce qui est à leurs pieds sans regarder ni derrière ni devant. Ils se remémorent les choses passées pour juger le présent et prévoir l'avenir. Ce sont eux qui, ayant d'eux-mêmes la tête-bien faite, l'ont encore affinée par l'étude et le savoir. Ceux-là, quand la liberté serait entièrement perdue et bannie de ce monde, l'imaginent et la sentent en leur esprit, et la savourent. Et la servitude les dégoûte, pour si bien qu'on l'accoutre.
Le grand Turc s'est bien apercu que les livres et la pensée donnent plus que toute autre chose aux hommes le sentiment de leur dignité et la haine de la tyrannie. Je comprends que, dans son pays, il n'a guère de savants, ni n'en demande. Le zèle et la passion de ceux qui sont restés, malgré les circonstances, les dévots de la liberté, restent communément sans effet, quel que soit leur nombre, parce qu'ils ne peuvent s'entendre. Les tyrans leur enlèvent toute liberté de faire, de parler et presque de penser, et ils demeurent isolés dans leurs rêves. Momus ne plaisantait pas trop, lorsqu'il trouvait à redire à l'homme forgé par Vulcain, en ce qu'il n'avait pas une petite fenêtre au coeur, afin qu'on pût y voir ses pensées...
On dit que Brutus et Cassius, lorsqu'ils entreprirent de délivrer Rome (c'est-à-dire le monde entier), ne voulurent point que Cicéron, ce grand zélateur du bien public, fût de la partie, jugeant son coeur trop faible pour un si haut fait. Ils croyaient bien à son vouloir, mais non à son courage. Qui voudra se rappeler les temps passés et compulser les annales anciennes se convaincra que presque tous ceux qui, voyant leur pays malmené et en de mauvaises mains, formèrent le dessein de le délivrer, dans une intention bonne, entière et droite, en vinrent facilement à bout ; pour se manifester elle-même, la liberté vint toujours à leur aide. Harmodius, Aristogiton, Thrasybule, Brutus l'Ancien, Valerius et Dion, qui conçurent un projet si vertueux, l'exécutèrent avec bonheur. En de tels cas, le ferme vouloir garantit presque toujours le succès. Brutus le jeune et Cassius réussirent à briser la servitude ; ils périrent lorsqu'ils tentèrent de ramener la liberté, non pas misérablement --- car qui oserait trouver rien de misérable ni dans leur vie ni dans leur mort ? - mais au grand dommage, pour le malheur perpétuel et pour la ruine entière de la république, laquelle, ce me semble, fut enterrée avec eux. Les autres tentatives essayées depuis contre les empereurs romains ne furent que les conjurations de quelques ambitieux dont l'irréussite et la mauvaise fin ne sont pas à regretter, vu qu'ils ne désiraient pas renverser le trône, mais seulement ébranler la couronne, cherchant à chasser le tyran pour mieux garder la tyrannie. Quant à ceux-là, je serais bien fâché qu'ils eussent réussi, et je suis content qu'ils aient montré par leur exemple qu'il ne faut pas abuser du saint nom de la liberté pour conduire une mauvaise action.
Mais pour revenir à mon sujet, que j'avais presque perdu de vue, la première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c'est qu'ils naissent serfs et qu'ils sont élevés comme tels. De cette première raison découle cette autre : que, sous les tyrans, les gens deviennent aisément lâches et efféminés. Je sais gré au grand Hippocrate, père de la médecine, de l'avoir si bien remarqué dans son livre Des maladies. Cet homme avait bon coeur, et il le montra lorsque le roi de Perse voulut l'attirer près de lui à force d'offres et de grands présents ; il lui répondit franchement qu'il se ferait un cas de conscience de s'occuper à guérir les Barbares qui voulaient tuer les Grecs, et à servir par son art celui qui voulait asservir son pays. La lettre qu'il lui écrivit se trouve encore aujourd'hui dans ses autres oeuvres ; elle témoignera toujours de son courage et de sa noblesse.
Il est certain qu'avec la liberté on perd aussitôt la vaillance. Les gens soumis n'ont ni ardeur ni pugnacité au combat. Ils y vont comme ligotés et tout engourdis, s'acquittant avec peine d'une obligation. Ils ne sentent pas bouillir dans leur coeur l'ardeur de la liberté qui fait mépriser le péril et donne envie de gagner, par une belle mort auprès de ses compagnons, l'honneur et la gloire. Chez les hommes libres au contraire, c'est à l'envi, à qui mieux mieux, chacun pour tous et chacun pour soi : ils savent qu'ils recueilleront une part égale au mal de la défaite ou au bien de la victoire. Mais les gens soumis, dépourvus de courage et de vivacité, ont le coeur bas et mou et sont incapables de toute grande action. Les tyrans le savent bien. Aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir.
L'historien Xénophon, l'un des plus sérieux et des plus estimés parmi les Grecs, a fait un petit livre dans lequel il fait dialoguer Simonide avec Hiéron, tyran de Syracuse, sur les misères du tyran. Ce livre est plein de leçons bonnes et graves qui ont aussi, selon moi, une grâce infinie. Plut à Dieu que tous les tyrans qui aient jamais été l'eussent placé devant eux en guise de miroir. Ils y auraient certainement reconnu leurs verrues et en auraient pris honte de leurs taches. Ce traité parle de la~ peine qu'éprouvent les tyrans qui, faisant du mal à tous, sont obligés de craindre tout le monde. Il dit, entre autres choses, que les mauvais rois prennent à leur service des étrangers mercenaires parce qu'ils n'osent plus donner les armes à leurs sujets, qu'ils ont maltraités. En France même, plus encore autrefois qu'aujourd'hui, quelques bons rois ont bien eu à leur solde des troupes étrangères, mais c'était plutôt pour sauvegarder leurs propres sujets ; ils ne regardaient pas à la dépense pour épargner les hommes. C'était aussi, je crois, l'opinion du grand Scipion l'Africain, qui aimait mieux avoir sauvé la vie d'un citoyen que d'avoir défait cent ennemis. Mais ce qui est certain, c'est que le tyran ne croit jamais sa puissance assurée s'il n'est pas parvenu au point de n'avoir pour sujets que des hommes sans valeur. On pourrait lui dire à juste titre ce que, d'après Térence,Thrason disait au maître des éléphants : r
\begin{verse} << si="" brave="" donc="" vous="" font="">{C}{C}{C} Que vous avez charge des bêtes ? >> \end{verse}
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Cette ruse des tyrans d'abêtir leurs sujets n'a jamais été plus évidente que dans la conduite de Cyrus envers les Lydiens, après qu'il se fut emparé de leur capitale et qu'il eut pris pour captif Crésus, ce roi si riche. On lui apporta la nouvelle que les habitants de Sardes s'étaient révoltés. Il les eut bientôt réduits à l'obéissance. Mais ne voulant pas saccager une aussi belle ville ni être obligé d'y tenir une armée pour la maîtriser, il s'avisa d'un expédient admirable pour s'en assurer la possession. Il y établit des bordels, des tavernes et des jeux publics, et publia une ordonnance qui obligeait les citoyens à s'y rendre. Il se trouva si bien de cette garnison que, par la suite, il n'eut plus à tirer l'épée contre les Lydiens. Ces misérables s'amusèrent à inventer toutes sortes de jeux si bien que, de leur nom même, les Latins formèrent le mot par lequel ils désignaient ce que nous appelons passe-temps, qu'ils nommaient Ludi, par corruption de Lydi.
Tous les tyrans n'ont pas déclaré aussi expressément vouloir efféminer leurs sujets ; mais de fait, ce que celui-là ordonna formellement, la plupart d'entre eux l'ont fait en cachette. Tel est le penchant naturel du peuple ignorant qui, d'ordinaire, est plus nombreux dans les villes : il est soupçonneux envers celui qui l'aime et confiant envers celui qui le trompe. Ne croyez pas qu'il y ait nul oiseau qui se prenne mieux à la pipée, ni aucun poisson qui, pour la friandise du ver, morde plus tôt à l'hameçon que tous ces peuples qui se laissent promptement allécher à la servitude, pour la moindre douceur qu'on leur fait goûter. C'est chose merveilleuse qu'ils se laissent aller si promptement, pour peu qu'on les chatouille. Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements étaient ceux qu'employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples abrutis, trouvant beaux tous ces passe-temps, amusés d'un vain plaisir qui les éblouissait, s'habituaient à servir aussi niaisement mais plus mal que les petits enfants n'apprennent à lire avec des images brillantes.
Les tyrans romains renchérirent encore sur ces moyens en faisant souvent festoyer les décuries, en gorgeant comme il le fallait cette canaille qui se laisse aller plus qu'à toute autre chose au plaisir de la bouche. Ainsi, le plus éveillé d'entre eux n'aurait pas quitté son écuelle de soupe pour recouvrer la liberté de la République de Platon. Les tyrans faisaient largesse du quart de blé, du septier de vin, du sesterce, et c'était pitié alors d'entendre crier : << vive="" le="" roi="">> Ces lourdeaux ne s'avisaient pas~ qu'ils ne faisaient que recouvrer une part de leur bien, et que cette part même qu'ils en recouvraient, le tyran n'aurait pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée. Tel ramassait aujourd'hui le sesterce, tel se gorgeait au festin public en bénissant Tibère et Néron de leur libéralité qui, le lendemain, contraint d'abandonner ses biens à l'avidité, ses enfants à la luxure, son sang même à la cruauté de ces empereurs magnifiques,~ ne disait mot, pas plus qu'une pierre, et ne se remuait pas plus qu'une souche. Le peuple ignorant a toujours été ainsi : au plaisir qu'il ne peut honnêtement recevoir, il est tout dispos et dissolu ; au tort et à la douleur qu'il peut honnêtement soufflir, il est insensible.
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Je ne vois personne aujourd'hui qui, entendant parler de Néron, ne tremble au seul nom de ce vilain monstre, de cette sale peste du monde. Il faut pourtant dire qu'après la mort, aussi dégoûtante que sa vie, de ce bouteleu, de ce bourreau, de cette bête sauvage, ce fameux peuple romain en éprouva tant de déplaisir, se rappelant ses jeux et ses festins, qu'il fut sur le point d'en porter le deuil. C'est du moins ce qu'en écrit Tacite, excellent auteur, historien des plus fiables. Et l'on ne trouvera pas cela étrange si l'on considère ce que ce même peuple avait déjà fait à la mort de Jules César, qui avait donné congé aux lois et à la liberté romaine. On louait surtout, ce me semble, dans ce personnage, son <<>> ; or, elle fut plus funeste à son{C}{C}{C} pays que la plus grande cruauté du plus sauvage tyran qui ait jamais vécu, car à la vérité ce fut cette venimeuse douceur qui emmiella pour le peuple romain le breuvage de la servitude. Après sa mort ce peuple-là, qui avait encore à la bouche le goût de ses banquets et à l'esprit la mémoire de ses prodigalités, amoncela les bancs de la place publique pour lui en faire un grand bûcher d'honneur ; puis il lui éleva une colonne comme au Père du peuple (le chapiteau portait cette inscription) ; enfin il fit plus d'honneurs à ce mort qu'il n'aurait dû en faire à un vivant, et d'abord à ceux qui l'avaient tué.
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Les empereurs romains n'oubliaient surtout pas de prendre le titre de Tribun du peuple, parce que cet office était tenu pour saint et sacré ; établi pour la défense et la protection du peuple, il jouissait d'une haute faveur dans l'État. Ils s'assuraient par ce moyen que le peuple se fierait mieux à eux, comme s'il lui suffisait d'entendre ce nom, sans avoir besoin d'en sentir les effets. Mais ils ne font guère mieux ceux d'aujourd'hui qui, avant de commettre leurs crimes les plus graves, les font toujours précéder de quelques jolis discours sur le bien public et le soulagement des malheureux. On connaît la formule dont ils font si finement usage ; mais peut-on parler de finesse là où il y a tant d'impudence ?
Les rois d'Assyrie, et après eux les rois Mèdes, paraissaient en public le plus rarement possible, pour faire supposer au peuple qu'il y avait en eux quelque chose de surhumain et laisser rêver ceux qui se montent l'imagination sur les choses qu'ils ne peuvent voir de leurs propres yeux. Ainsi tant de nations qui furent longtemps sous l'empire de ces rois mystérieux s'habituèrent à les servir, et les servirent d'autant plus volontiers qu'ils ignoraient qui était leur maître, ou même s'ils en avaient un ; de telle sorte qu'ils vivaient dans la crainte d'un être que personne n'avait jamais vu.
Les premiers rois d'Egypte ne se montraient guère sans porter tantôt une branche, tantôt du feu sur la tête : ils se masquaient et jouaient aux bateleurs, inspirant par ces formes étranges respect et admiration à leurs sujets qui, s'ils n'avaient pas été aussi stupides ou soumis, auraient dû s'en moquer et en rire. C'est vraiment lamentable de découvrir tout ce que faisaient les tyrans du temps passé pour fonder leur tyrannie, de voir de quels petits moyens ils se servaient, trouvant toujours la populace si bien disposée à leur égard qu'ils n'avaient qu'à tendre un filet pour la prendre ; ils n'ont jamais eu plus de facilité à la tromper et ne l'ont jamais mieux asservie que lorsqu'ils s'en moquaient le plus.
Que dirai-je d'une autre sornette que les peuples anciens prirent pour argent comptant ? Ils crurent fermement que l'orteil de Pyrrhus, roi d'Épire, faisait des miracles et guérissait les malades de la rate. Ils enjolivèrent encore ce conte en disant que, lorsqu'on eut brûlé le cadavre de ce roi, l'orteil se retrouva dans les cendres épargné du feu, intact. Le peuple a toujours ainsi fabriqué lui-même les mensonges, pour y ajouter ensuite une foi stupide. Bon nombres d'auteurs ont rapporté ces mensonges ; on voit aisément qu'ils les ont ramassés dans les ragots des villes et les fables des ignorants. Telles sont les merveilles que fit Vespasien, revenant d'Assyrie et passant par Alexandrie pour aller à Rome s'emparer de l'Empire : il redressait les boiteux, rendait clairvoyants les aveugles, et mille autres choses qui ne pouvaient être crues, à mon avis, que par de plus aveugles que ceux qu'il guérissait.
Les tyrans eux-mêmes trouvaient étrange que les hommes souffrissent qu'un autre les maltraitât, c'est pourquoi ils se couvraient volontiers du manteau de la religion et s'affublaient autant que faire se peut des oripeaux de la divinité pour cautionner leur méchante vie. Ainsi Salmonée, pour s'être moqué du peuple en faisant son Jupiter, se trouve maintenant au fin fond de l'enfer, selon là sibylle de Virgile, qui l'y a vu :
\begin{verse} << des="" fils="" s="" gisent="" les="" corps="" br="" font="" face="Comic Sans MS" size="+1" ceux="" fendant="" airs="" de="" leurs="" tes="" rent="" attenter="" aux="" demeures="" et="" du="" ne="" ternel="" chasser="" le="" roi="" ai="" vu="" ces="" dieux="" rival="">{C}{C}{C} Qui du foudre usurpant le divin privilège\\ Pour arracher au peuple un criminel encens\\ De quatre fiers coursiers aux pieds retentissants\\ Attelant un vain char dans l'Élide tremblante\\ Une torche à h main y semait l'épouvante :\\ Insensé qui, du ciel prétendu souverain,\\ Par le bruit de son char et de son pont d'airain\\ Du tonnerre imitait le bruit inimitable !\\ Mais Jupiter lança le foudre véritable\\ Et renversa, couvert d'un tourbillon de feu,\\ Le char et les coursiers et la foudre et le Dieu :\\ Son triomphe fut court, sa peine est éternelle. >>\\ \end{verse}
Si celui qui voulut simplement faire l'idiot se trouve là-bas si bien traité, je pense que ceux qui ont abusé de la religion pour mal faire s'y trouveront encore à meilleure~ enseigne.
Nos tyrans de France ont semé aussi je ne sais quoi du genre : des crapauds, des fleurs de lys, la Sainte Ampoule et l'oriflamme. Toutes choses que, pour ma part et quoi qu'il en soit, je ne veux pas croire n'être que des balivernes, puisque nos ancêtres les croyaient et que de notre temps nous n'avons eu aucune occasion de les soupçonner telles. Car nous avons eu quelques rois si bons à la paix, si vaillants à la guerre que, bien qu'ils fussent nés rois, il semble que la nature ne les ait pas faits comme les autres et que le dieu tout-puissant les ait choisis avant leur naissance pour leur confier le gouvernement et la garde de ce royaume. Et quand cela ne serait pas, je ne voudrais pas entrer en lice pour débattre de la vérité de nos histoires, ni les éplucher trop librement pour ne pas ravir ce beau thème où pourra si bien s'escrimer notre poésie française, cette poésie non seulement agrémentée, mais pour, ainsi dire refaite à neuf par nos Ronsard, Baïf et du Bellay : ils font tellement progresser notre langue que bientôt, j'ose l'espérer, nous n'aurons rien à envier aux Grecs ni aux Latins, hormis le droit d'aînesse.
Certes, je ferais grand tort à notre rime (j'use volontiers de ce mot qui me plaît, car bien que plusieurs l'aient rendue purement mécanique, j'en vois toutefois assez d'autres capables de l'anoblir et de lui rendre son premier lustre). Je lui ferais, dis-je, grand tort en lui ravissant ces jolis contes du roi Clavis, dans lesquels s'égaiera si plaisamment, si aisément, la verve de notre Ronsard, dans sa Franciade. Je saisis sa portée, je connais son esprit fin et je sais la grâce de l'homme. Il fera son affaire de l'oriflamme, aussi bien que les Romains le faisaient de leurs ancilles et de ces
dont parle Virgile. Il tirera de notre Sainte Ampoule un parti aussi bon que les Athéniens en tirérent de leur corbeille d'Erisicthone. Il parlera de nos armoiries aussi bien qu'eux de leur olivier, qu'ils prétendent exister encore dans la tour de Minerve. Certes, je serais téméraire de vouloir démentir nos livres et de courir ainsi sur les terres de nos poètes.
Mais pour revenir à mon sujet, dont je me suis éloigné je ne sais trop comment, n'est-il pas clair que les tyrans, pour s'affermir, se sont efforcés d'habituer le peuple, non seulement à l'obéissance et à la servitude mais encore à leur dévotion ? Tout ce que j'ai dit jusqu'ici des moyens employés par les tyrans pour asservir n'est exercé que sur le petit peuple ignorant.
J'en arrive maintenant à un point qui est, selon moi, le ressort et le secret de la domination, le soutien et le fondement de toute tyrannie. Celui qui penserait que les hallebardes, les gardes et le guet garantissent les tyrans, se tromperait fort. Ils s'en servent, je crois, par forme et pour épouvantail, plus qu'ils ne s'y fient. Les archers barrent l'entrée des palais aux malhabiles qui n'ont aucun moyen de nuire, non aux audacieux bien armés. On voit aisément que, parmi les empereurs romains, moins nombreux sont ceux qui échappèrent au danger grâce au secours de leurs archers qu'il n'y en eut de tués par ces archers mêmes. Ce ne sont pas les bandes de gens à cheval, les compagnies de fantassins, ce ne sont pas les armes qui défendent un tyran, mais toujours (on aura peine à le croire d'abord, quoique ce soit l'exacte vérité) quatre ou cinq hommes qui le soutiennent et qui lui soumettent tout le pays. Il en a toujours été ainsi : cinq ou six ont eu l'oreille du tyran et s'en sont approchés d'eux-mêmes, ou bien ils ont été appelés par lui pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés et les bénéficiaires de ses rapines. Ces six dressent si bien leur chef qu'il en devient méchant envers la société, non seulement de sa propre méchanceté mais encore des leurs. Ces six en ont sous eux six cents, qu'ils corrompent autant qu'ils ont corrompu le tyran. Ces six cents en tiennent sous leur dépendance six mille, qu'ils élèvent en dignité. Ils leur font donner le gouvernement des provinces ou le maniement des deniers afin de les tenir par leur avidité ou par leur cruauté, afin qu'ils les exercent à point nommé et fassent d'ailleurs tant de mal qu'ils ne puissent se maintenir que sous leur ombre, qu'ils ne puissent s'exempter des lois et des peines que grâce à leur protection. Grande est la série de ceux qui les suivent. Et qui voudra en dévider le fil verra que, non pas six mille, mais cent mille et des millions tiennent au tyran par cette chaîne ininterrompue qui les soude et les attache à lui, comme Homère le fait dire à Jupiter qui se targue, en tirant une telle chaîne, d'amener à lui tous les dieux. De là venait l'accroissement du pouvoir du Sénat sous Jules César, l'établissement de nouvelles fonctions, l'institution de nouveaux offices, non certes pour réorganiser la justice, mais pour donner de nouveaux soutiens à la tyrannie. En somme, par les gains et les faveurs qu'on reçoit des tyrans, on en arrive à ce point qu'ils se trouvent presque aussi nombreux, ceux auxquels la tyrannie profite, que ceux auxquels la liberté plairait.
Au dire des médecins, bien que rien ne paraisse changé dans-notre corps, dès que quelque tumeur se manifeste en un seul endroit, toutes les humeurs se portent vers cette partie véreuse. De même, dès qu'un roi s'est déclaré tyran, tout le mauvais, toute la lie du royaume, je ne dis pas un tas de petits friponneaux et de faquins qui ne peuvent faire ni mal ni bien dans un pays, mais ceux qui sont possédés d'une ambition ardente et d'une avidité notable se groupent autour de lui et le soutiennent pour avoir part au butin et pour être, sous le grand tyran, autant de petits tyranneaux.
Tels sont les grands voleurs et les fameux corsaires ; les uns courent le pays, les autres pourchassent les voyageurs ; les uns sont en embuscade, les autres au guet ; les uns massacrent, les autres dépouillent, et bien qu'il y ait entre eux des prééminences, que les uns ne soient que des valets et les autres des chefs de bande, à la fin il n'y en a pas un qui ne profite, sinon du butin principal, du moins de ses restes. On dit que les pirates ciliciens se rassemblèrent en un si grand nombre qu'il fallut envoyer contre eux le grand Pompée, et qu'ils attirèrent à leur alliance plusieurs belles et grandes villes dans les havres desquelles, en revenant de leurs courses, ils se mettaient en sûreté, leur donnant en échange une part des pillages qu'elles avaient recélés.
C'est ainsi que le tyran asservit les sujets les uns par les autres. Il est gardé par ceux dont il devrait se garder, s'ils valaient quelque chose. Mais on l'a fort bien dit : pour fendre le bois, on se fait des coins du bois même ; tels sont ses archers, ses gardes, ses hallebardiers. Non que ceux-ci n'en souffrent souvent eux-mêmes ; mais ces misérables abandonnés de Dieu et des hommes se contentent d'endurer le mal et d'en faire, non à celui qui leur en fait, mais bien à ceux qui, comme eux, l'endurent et n'y peuvent mais. Quand je pense à ces gens qui flattent le tyran pour exploiter sa tyrannie et la servitude du peuple, je suis presque aussi souvent ébahi de leur méchanceté qu'apitoyé de leur sottise.
Car à vrai dire, s'approcher du tyran, est-ce autre chose que s'éloigner de sa liberté et, pour ainsi dire, embrasser et serrer à deux mains sa servitude ? Qu'ils mettent un moment à part leur ambition, qu'ils se dégagent un peu de leur avidité, et puis qu'ils se regardent ; qu'ils se considèrent eux-mêmes : ils verront clairement que ces villageois, ces paysans qu'ils foulent aux pieds et qu'ils traitent comme des forcats ou des esclaves, ils verront, dis-je, que ceux-là, si malmenés, sont plus heureux qu'eux et en quelque sorte plus libres. Le laboureur et l'artisan, pour asservis qu'ils soient, en sont quittes en obéissant ; mais le tyran voit ceux qui l'entourent coquinant et mendiant sa faveur. Il ne faut pas seulement qu'ils fassent ce qu'il ordonne, mais aussi qu'ils pensent ce qu'il veut et souvent même, pour le satisfaire, qu'ils préviennent ses propres désirs. Ce n'est pas le tout de lui obéir, il faut encore lu complaire ; il faut qu'ils se rompent, se tourmentent, se tuent à traiter ses affaires, et puisqu'ils ne se plaisent qu'à son plaisir, qu'ils sacrifient leur goût au sien, qu'ils forcent leur tempérament et dépouillent leur naturel. Il faut qu'ils soient attentifs à ses paroles, à sa voix, à ses regards, à ses gestes : que leurs yeux, leurs pieds, leurs mains soient continuellement occupés à épier ses volontés et à deviner ses pensées.
Est-ce là vivre heureux ? Est-ce même vivre ? Est-il rien au monde de plus insupportable que cet état, je ne dis pas pour tout homme de coeur, mais encore pour celui qui n'a que le simple bon sens, ou même figure d'homme ? Quelle condition est plus misérable que celle de vivre ainsi, n'ayant rien à soi et tenant d'un autre son aise, sa liberté, son corps et sa vie ?
Mais ils veulent servir pour amasser des biens : comme s'ils pouvaient rien gagner qui fût à eux, puisqu'ils ne peuvent même pas dire qu'ils sont à eux-mêmes. Et comme si quelqu'un pouvait avoir quelque chose à soi sous un tyran, ils veulent se rendre possesseurs de biens, oubliant que ce sont eux qui lui donnent la force de ravir tout à tous, et de ne rien laisser qu'on puisse dire être à sa personne. Ils voient pourtant que ce sont les biens qui rendent les hommes dépendants de sa cruauté ; qu'il n'y a aucun crime plus digne de mort, selon lui, que l'avantage d'autrui ; qu'il n'aime que les richesses et ne s'attaque qu'aux riches ; ceux-là viennent cependant se présenter à lui comme des moutons devant le boucher, pleins et bien repus comme pour lui faire envie.
Ces favoris devraient moins se souvenir de ceux qui ont gagné beaucoup auprès des tyrans que de ceux qui, s'étant gorgés quelque temps, y ont perdu peu après les biens et la vie. Ils devraient moins songer au grand nombre de ceux qui y ont acquis des richesses qu'au petit nombre de ceux qui les ont conservées. Qu'on parcoure toutes les histoires anciennes et qu'on rappelle toutes celles dont nous nous souvenons, on verra combien nombreux sont ceux qui, arrivés par de mauvais moyens jusqu'à l'oreille des princes, soit en flattant leurs mauvais penchants, soit en abusant de leur naïveté, ont fini par être écrasés par ces mêmes princes, qui avaient mis autant de facilité à les élever que d'inconstance à les défendre. Parmi le grand nombre de ceux qui se sont trouvés auprès des mauvais rois, il en est peu ou presque pas qui n'aient éprouvé eux-mêmes la cruauté du tyran, qu'ils avaient auparavant attisée contre d'autres. Souvent enrichis à l'ombre de sa faveur des dépouilles d'autrui, ils l'ont à la fin enrichi eux-mêmes de leur propre dépouille.
Et même les gens de bien --- il arrive parfois que le tyran les aime ---, si avancés qu'ils soient dans sa bonne grâce, si brillantes que soient en eux la vertu et l'intégrité (qui, même aux méchants, inspirent quelque respect lorsqu'on les voit de près) ; ces gens de bien, dis-je, ne sauraient se maintenir auprès du tyran ; il faut qu'ils se ressentent aussi du mal commun et qu'ils éprouvent la tyrannie à leurs dépens. Tel un Sénèque, un Burrhus, un Trazéas : cette trinité de gens de bien dont les deux premiers eurent le malheur de s'approcher d'un tyran qui leur confia le maniement de ses affaires, tous deux chéris de lui, et bien que l'un d'eux l'eût élevé, ayant pour gage de son amitié les soins qu'il avait donnés à son enfance, ces trois-là, dont la mort fut si cruelle, ne sont-ils pas des exemples suffisants du peu de confiance que l'on doit avoir dans la faveur d'un méchant maître ? En vérité, quelle amitié attendre de celui qui a le coeur assez dur pour haïr tout un royaume qui ne fait que lui obéir, et d'un être qui, ne sachant aimer, s'appauvrit lui-même et détruit son propre empire ?
Or si l'on veut dire que Sénèque, Burrhus et Traséas n'ont éprouvé ce malheur que pour avoir été trop gens de bien, qu'on cherche attentivement autour de Néron lui-même : on verra que tous ceux qui furent en grâce auprès de lui et qui s'y maintinrent par leur méchanceté n'eurent pas une fin meilleure. Qui a jamais entendu parler d'un amour aussi effréné, d'une affection aussi opiniâtre, qui a jamais vu d'homme aussi obstinément attaché à une femme que celui-là le fut à Poppée ? Or il l'empoisonna lui-même. Sa mère, Agrippine, pour le placer sur le trône, avait tué son propre mari Claude ; elle avait tout entrepris et tout souffert pour le favoriser. Et cependant son fils, son nourrisson, celui-là qu'elle avait fait empereur de sa propre main, lui ôta la vie après l'avoir souvent maltraitée. Personne ne nia qu'elle n'eût bien mérité cette punition, si elle avait été infligée par n'importe qui d'autre.
Qui fut jamais plus facile à manier, plus simple et, pour mieux dire, plus niais que l'empereur Claude ? Qui fut jamais plus coiffé d'une femme que lui de Messaline ? Il la livra pourtant au bourreau. Les tyrans bêtes restent bêtes au point de ne jamais savoir faire le bien, mais je ne sais comment, à la fin, le peu qu'ils ont d'esprit se réveille en eux pour user de cruauté même envers leurs proches. On connaît assez le mot de celui-là qui, voyant découverte la gorge de sa femme, de celle qu'il aimait le plus, sans laquelle il semblait qu'il ne pût vivre, lui adressa ce joli compliment : << ce="" beau="" cotu="" sera="" font="">{C}{C}{C} tout à l'heure, si je l'ordonne. >> Voilà pourquoi la plupart des anciens tyrans ont presque tous été tués par leurs favoris : connaissant la nature de la tyrannie, ceux-ci n'étaient guère rassurés sur la volonté du tyran et se défiaient de sa puissance. C'est ainsi que Domitien fut tué par Stéphanus, Commode par une de ses maîtresses, Caracalla par le centurion Martial excité par Macrin, et de même presque tous les autres.
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Certainement le tyran n'aime jamais, et n'est jamais aimé. L'amitié est un nom sacré, une chose sainte. Elle n'existe qu'entre gens de bien. Elle naît d'une mutuelle estime et s'entretient moins par les bienfaits que par l'honnêteté. Ce qui rend un ami sûr de l'autre, c'est la connaissance de son intégrité. Il en a pour garants son bon naturel, sa fidélité, sa constance. Il ne peut y avoir d'amitié là où se trouvent la cruauté, la déloyauté, l'injustice. Entre méchants, lorsqu'ils s'assemblent, c'est un complot et non une société. Ils ne s'aiment pas mais se craignent. Ils ne sont pas amis, mais complices.
Quand bien même cela ne serait pas, il serait difficile de trouver chez un tyran un amour sûr, parce qu'étant au-dessus de tous et n'ayant pas de pairs, il est déjà au-delà des bornes de l'amitié. Celle-ci fleurit dans l'égalité, dont la marche est toujours égale et ne peut jamais clocher. Voilà pourquoi il y a bien, comme on le dit, une espèce de bonne foi parmi les voleurs lors du partage du butin, parce qu'alors ils y sont tous pairs et compagnons. S'ils ne s'aiment pas, du moins se craignent-ils. Ils ne veulent pas amoindrir leur force en se désunissant.
Mais les favoris d'un tyran ne peuvent jamais compter sur lui parce qu'ils lui ont eux-mêmes appris qu'il peut tout, qu'aucun droit ni devoir ne l'oblige, qu'il est habitué à n'avoir pour raison que sa volonté, qu'il n'a pas d'égal et qu'il est le maître de tous. N'est-il pas déplorable que, malgré tant d'exemples éclatants, sachant le danger si présent, personne ne veuille tirer leçon des misères d'autrui et que tant de gens s'approchent encore si volontiers des tyrans ? Qu'il ne s'en trouve pas un pour avoir la prudence et le courage de leur dire, comme le renard de la fable au lion qui faisait le malade : << irais="" volontiers="" te="" rendre="" br="" font="" face="Comic Sans MS" size="+1" dans="" ta="" re="" mais="" je="" vois="" assez="" de="" traces="" tes="" y="" entrent="" quant="" celles="" qui="" en="" aucune.="">>{C}{C}{C}
Ces misérables voient reluire les trésors du tyran ; ils admirent, tout ébahis, les éclats de sa magnificence ; alléchés par cette lueur, ils s'approchent sans s'apercevoir qu'ils se jettent dans une flaimne qui ne peut manquer de les dévorer. Ainsi le satyre imprudent de la fable, voyant briller le feu ravi par Prométhée, le trouva si beau qu'il alla le baiser et s'y brûla. Ainsi le papillon qui, espérant jouir de quelque plaisir, se jette au feu parce qu'il le voit briller, éprouve bientôt, comme dit Lucain, qu'il a aussi le pouvoir de brûler.
Mais supposons encore que ces mignons échappent aux mains de celui qu'ils servent, ils ne se sauvent jamais de celles du roi qui lui succède. S'il est bon, il leur faut alors rendre des comptes et se soumettre à la raison ; s'il est mauvais comme leur ancien maître, il ne peut manquer d'avoir aussi ses favoris qui, d'ordinaire, non contents de prendre leur place, leur arrachent aussi le plus souvent leurs biens et leur vie. Se peut-il donc qu'il se trouve quelqu'un qui, face à un tel péril et avec si peu de garanties, veuille prendre une position si malheureuse et servir avec tant de souffrances un maître aussi dangereux ?
Quelle peine, quel martyre, grand Dieu ! Être occupé nuit et jour à plaire à un homme, et se méfier de lui plus que de tout autre au monde. Avoir toujours l'oeil aux aguets, l'oreille aux écoutes, pour épier d'où viendra le coup, pour découvrir les embûches, pour tâter la mine de ses concurrents, pour deviner le traître. Sourire à chacun et se méfier de tous, n'avoir ni ennemi ouvert ni ami assuré, montrer toujours un visage riant quand le coeur est transi ; ne pas pouvoir être joyeux, ni oser être triste !
Il est vraiment plaisant de considérer ce qui leur revient de ce grand tourment, et de voir le bien qu'ils peuvent attendre de leur peine et de leur vie misérable : ce n'est pas le tyran que le peuple accuse du mal qu'il souffre, mais bien ceux qui le gouvernent.
Ceux-là, les peuples, les nations, tous à l'envi jusqu'aux paysans, jusqu'aux laboureurs, connaissent leurs noms, décomptent leurs vices ; ils amassent sur eux mille outrages, mille insultes, mille jurons. Toutes les prières, toutes les malédictions sont contre eux. Tous les malheurs, toutes les pestes, toutes les famines leur sont comptées ; et si l'on fait parfois semblant de leur rendre hommage, dans le même temps on les maudit du fond du coeur et on les tient plus en horreur que des bêtes sauvages. Voilà la gloire, voilà l'honneur qu'ils recueillent de leurs services auprès des gens qui, s'ils pouvaient avoir chacun un morceau de leur corps, ne s'estimeraient pas encore satisfaits, ni même à demi consolés de leur souffrance. Même après leur mort, leurs survivants n'ont de cesse que le nom de ces mange-peuples ne soit noirci de l'encre de mille plumes, et leur réputation déchirée dans mille livres. Même leurs os sont, pour ainsi dire, traînés dans la boue par la postérité, comme pour les punir encore aprés leur mort de leur méchante vie.
Apprenons donc ; apprenons à bien faire. Levons les yeux vers le ciel pour notre honneur ou pour l'amour de la vertu, mieux encore pour ceux du Dieu tout-puissant, fidèle témoin de nos actes et juge de nos fautes. Pour moi, je pense - et ne crois pas me tromper-, puisque rien n'est plus contraire à un Dieu bon et libéral que la tyrannie, qu'il réserve là-bas tout exprès, pour les tyrans et leurs complices, quelque peine particulière.
La Boétie
L'affaire Calas est une affaire judiciaire qui se déroula au milieu du XVIIIe siècle à Toulouse, rendue célèbre par l'intervention de Voltaire.
L'affaire est révélatrice du traitement, à l'époque, d'un suspect, puis accusé, sans l'appui d'un avocat (remplacé par des libelles nommés factums), où une hiérarchie des preuves (adminicule et monitoire), le secret de l'instruction et une procédure inquisitoriale transforment le présumé coupable en victime expiatoire.
Jean Calas, modeste commerçant, né en 1698, habitait au 16, rue des Filatiers (aujourd'hui n°50) à Toulouse. Le 13 octobre 1761, son fils aîné, Marc-Antoine, se pendit dans la boutique familiale. Ne voulant pas qu'il soit considéré comme suicidé et subisse des obsèques infamantes, la famille Calas n'indiqua pas tout d'abord aux autorités les circonstances exactes de sa découverte et prétendit avoir trouvé le malheureux étranglé.
Mais les Calas étaient protestants et cela suffit pour que le capitoul David de Beaudrigue, convaincu par des rumeurs de voisinage alléguant la volonté de Marc-Antoine de se convertir au catholicisme, exige un complément d'enquête et fait soumettre Jean Calas à la question. Sous la torture, le vieil homme avoua d'abord puis se rétracta. Le parlement de Toulouse le condamne à mort le 9 mars 1762, sans que le jugement soit motivé. Le malheureux Calas est condamné au supplice de la roue. Roué place Saint-Georges, Jean Calas est étranglé puis brûlé vif deux heures plus tard.
Exilé, un autre fils de Jean Calas, Donat, se rendit dans la ville calviniste de Genève, où il rencontra Voltaire, qu'un marchand marseillais avait déjà informé de l'affaire. Le philosophe crut d'abord l'accusation fondée et rédigea même une lettre incendiaire sur Jean Calas. Mais convaincu par Donat de son innocence, il forma un groupe de pression avec ses amis et utilisa son ironie corrosive pour que justice soit faite. En 1765, il réussit à faire réviser le procès et à obtenir un arrêt qui déclarait Calas innocent et réhabilitait sa mémoire.
Le procès de Calas a été inséré dans les causes célèbres. Il a fourni à Marie-Joseph Chénier, à Jean-Louis Laya et à Auguste-Jacques Lemierre d'Argy le sujet de drames populaires. Athanase Coquerel a publié en 1858 "Jean Calas et sa famille".
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En octobre 1989, Jorge Livraga donnait à Paris une conférence intitulée "Le racisme à venir".
En voici une synthèse. Les propos de l'auteur, hélas confirmés a posteriori par ce qui s’est passé en Yougoslavie et ailleurs, sont plus actuels que jamais.
Comme s'est effondré l'Empire romain que l'on croyait éternel, s'effondrent nos systèmes ; comme ils ont alors resurgi, les ethnies et les particularismes de tout poil font surface à nouveau avec les égocentrismes qu'ils véhiculent. Car l'histoire est cyclique. Et la menace de l'intolérance, du fanatisme et de multiples "racismes" grandit, favorisée par la croyance que les hommes sont semblables - alors qu'ils sont à l'évidence différents - et par le besoin de boucs émissaires.
Laissons à chaque peuple, y compris aux occidentaux, le droit de suivre et de préserver les coutumes qui lui sont propres. Dépassons la peur et la vision superficielle qui fondent le racisme. Car il n'a pas sa place là où se trouve la véritable liberté, celle de se déterminer soi-même, indépendamment de la couleur de sa peau, de l'endroit où on est né et des croyances dans lesquelles on a été élevé.
L'histoire est cyclique
Celui qui écrit ces lignes a consacré une grande partie de sa vie déjà longue à l'étude des phénomènes historiques et a constaté qu'ils se répartissent en deux types. Les uns sont répétitifs et apparaissent et réapparaissent à diverses époques sans grand changement ; les autres sont, eux, changeants, et jamais ne se répètent car ils répondent aux exigences des temps. Cependant, à chaque moment historique, un pendule qui régit les événements se met en mouvement. Sa partie fixe comme sa partie mobile constituent une machine merveilleuse qui ne cesse et ne cessera jamais de marquer le rythme de la mécanique historique, les battements d'un cœur qui vit, s'accélère et ralentit, souffre parfois de tachycardie. Cœur qui un jour est né et finira par mourir.
Le monde et son histoire sont tels alors que les néo-platoniciens de Pergame et d'Alexandrie les concevaient, il y a presque deux mille ans : un "macrobios", un grand être vivant dans lequel nous sommes insérés et dont nous formons le tissu existentiel, avec une vie propre pour chacun de nous, comme pour les différentes cultures et les différentes sociétés ; mais tout cela conditionné par le Grand Rythme, le Mystère, l'Etre des Etres.
Nos digressions intellectuelles ne peuvent rien contre ce rythme universel. C'est ainsi et la seule chose que nous puissions faire, c'est de le percevoir ou pas.
Ceux qui ne le perçoivent pas ne méritent généralement pas le nom de philosophes, car ils demeurent à la surface des événements sans se donner la peine d'en vérifier le fond et la cause. L'aliénation, qui trouble la raison et la perception, les maintient dans l'apparent paradoxe de l'existence, et ils croient que l'époque dans laquelle ils vivent est unique, que le progrès est constant et linéaire. Mais l'histoire - qui est ce que nous connaissons du passé humain - est cyclique et elle répond à des moteurs occultes qui ne se dévoilent que devant ceux qui méditent profondément.
D'innombrables formes de cultures et de civilisations se sont succédés depuis des millénaires. Les changements sont plus apparents que réels et l'homme qui manœuvrait un quadrige romain n'est pas très différent de celui qui conduit aujourd'hui un train ou une automobile. La machine a changé, la mécanique du véhicule également, mais pas l'homme.
Prenons un exemple sur lequel nous disposons d'informations précises : pour ceux qui vivaient à l'époque de l'Empire romain, ce colosse socioculturel et économique ne pouvait pas s'effondrer. Il s'est pourtant effondré. Et à la Paix d'Auguste qui régissait le monde occidental - parce qu'elle avait épuisé son temps historique et qu'elle avait besoin d'un renouveau - succéda ce que nous appelons aujourd'hui la période du Haut Moyen Age.
Non seulement certaines parties de l'Empire retrouvèrent une dynamique propre, mais il fut assailli par des peuples marginaux qui se mirent en marche vers son propre cœur.
Au Ve, VIe et VIIe siècles, sont apparus des phénomènes migratoires chez des peuples qui, d'une certaine manière, avaient été immergés dans la grande forme mentale de l'Empire romain ou qui, effrayés par son pouvoir, s'en étaient tenus éloignés. L'Etat romain, la concertation de ces peuples en une unité de destin, a fait place à une multitude d'ethnies et de races.
C'est ainsi que sont apparus : le royaume wisigoth en Gaule (419-507), le royaume wisigoth en Espagne ou à Hispalis (507-711), le royaume ostrogoth en Italie (489-552), les Goths (340-375), le royaume vandale (435-534), le royaume lombard (à partir de 568), le royaume des Burgondes (443-453), les Huns d'Attila (434-453), le royaume des Francs (à partir de 486). Et... les Saxons, les Suèves, les Alains, les Anglo-saxons et de nombreux autres encore.
Simples noms pour les lecteurs d'aujourd'hui, ils furent alors de tangibles et terribles réalités. Des petits fiefs et des bandes résistèrent ou entreprirent de vagabonder sur les mers, recevant le nom générique de Vikings, sous lequel l'histoire les connaîtra par la suite. L'Empire romain d'Orient, christianisé par ce que l'on appellerait aujourd'hui la foi orthodoxe, résista, tout en connaissant de nombreuses vicissitudes, jusqu'à l'époque des croisades et reçut le coup final au milieu du XVe siècle, asséné par une faction de l'Empire islamique en pleine croissance.
Les ethnies, les tribus resurgirent alors, mues par différents moteurs : religieux, économiques, politiques et, surtout, démographiques... Car, à l'horloge de l'Histoire, l'heure fatale de la chute de l'Empire romain avait déjà sonné dans les plaines d'Asie alors même qu'y régnaient les premiers empereurs(1). Mais comme des boules de billard qui s'entrechoquent, celles qui ne disparurent pas dans les trous de la table arrivèrent environ trois ou quatre cents ans plus tard aux portes de Rome, de Ravenne et de Constantinople.
L'orgueilleuse capitale des Romains, merveille inoubliable qui abritait, à l'époque d'Antonin, un million deux cent mille êtres humains, et l'extraordinaire Alexandrie égyptienne, où ne vivaient pas moins d'un million d'habitants, se trouvèrent réduites à l'état de villages "primitifs" dont les ruines étaient utilisées comme carrières. Au VIIe siècle, Rome n'avait pas plus de trente mille habitants permanents. D'autres villes importantes d'Europe devinrent des villages aux rues sales et boueuses, où la peste faisait des ravages.
Les ethnies n'ont jamais cessé d'exister
Notre concept actuel de "nation" est, sauf en ce qui concerne les derniers siècles, très relative, et dans la majorité des cas, fausse.
Remontons à l'Antiquité. Jusqu'à quel point l'Egypte, Sumer, la Grèce et Rome elle-même furent-elles des nations ? Qu'en est-il des Chinois et des Incas ? Et l'Inde et la Perse ? En vérité, celle qui se rapprocha le plus de cette conception fut Rome, car son empire a donné une unité à l'Europe et au bassin méditerranéen, où, sans que disparaissent les langues, les coutumes et les monnaies locales, s'imposèrent une langue, des coutumes honorables et une monnaie officielle. Les autres communautés citées n'ont jamais dépassé leur territoire d'origine où coexistaient différentes langues et cultures.
Il est très important de prendre en compte la question des ethnies, noyaux presque familiaux qui conservent leur langue et leur mode de vie, leur conception religieuse ou, pour les moins mystiques, leurs us et coutumes. Même si dans le monde occidental - et de par son influence, en Orient et en Amérique - on les a oubliées à partir de la fin du Bas Moyen Age, elles se sont fortifiées peu à peu jusqu'à ce qu'au cours des XVIe-XXe siècles, le concept se transforme en axiome ; et aujourd'hui, il nous éclate dans les mains.
En vérité, si la notion d'ethnie a été étouffée, les ethnies se sont maintenues sous différentes formes : "ghettos", "reducciones"(2) et "colonies", telles des pustules d'un temps révolu.
Les conflits entre les pays puissants et les révolutions communistes, fascistes et national?socialistes, précédés par d'autres conflits en Amérique et en Asie, ont engendré les deux plus grandes guerres à échelle planétaire. (Les historiens ne se rendent pas compte, parfois, que la guerre déclenchée à l'époque de Napoléon fut aussi une guerre mondiale). La sophistication des armements utilisés, la science mise au service des techniques de guerre, ont violemment bouleversé les strates les plus profondes de la société humaine. Des abstractions inhumaines, des mensonges en chaîne ont généré de nouvelles violences. Certaines furent passées sous silence, comme la répression communiste, d'autres amplifiées comme celles du nazisme, d'autres encore furent mythifiées comme la guerre du Vietnam, dans laquelle sont morts moins de citoyens américains que dans les accidents de la route aux Etats-Unis au cours de la dernière décennie.
De toutes façons, ces guerres, petites ou grandes, n'ont rien résolu et la croissance démographique incontrôlée, liée à des pactes secrets de "décolonisation" de l'Afrique et de l'Asie, ont donné naissance au "Tiers Monde", dans lequel vit aujourd'hui, dans des conditions inhumaines, plus de la moitié de la population mondiale. Conditions que les sociologues ont appelées, faisant véritablement preuve d'humour noir, "des conditions propres aux pays en voie de développement".
Nous sommes tous différents
Mais peu importe au Grand Pendule, gouverné par des forces correspondant à la vitalité cosmique, l'opinion des humains, et moins encore s'ils sont incapables de se gouverner, non seulement au niveau collectif mais aussi au niveau individuel.
Un nouveau Moyen Age avance inexorablement vers notre forme actuelle de civilisation et on peut déjà en voir les manifestations. Et bien sûr, les ethnies resurgissent et avec elles les sempiternelles formes de racisme, qui, comme tous les mots en "isme", traduisent le culte excessif d'une réalité objective.
Et cela pour ne pas oser reconnaître une réalité évidente : le fait que nous sommes tous différents, individuellement et collectivement. Le rêve d'un Monde-Un qui parlerait l'espéranto fut une simple utopie des années 20. Aujourd'hui, cela paraît ridicule.
Peut-être un croisé ou un homme de Soliman le Magnifique (les chefs, eux, ne le croient pas vraiment) a-t-il pensé que tout le monde pouvait devenir chrétien ou musulman... Mais celui qui le croit aujourd'hui, à la lecture des événements retransmis par la presse quotidienne, est un royal imbécile ou un fanatique en marge de notre actualité.
Les idées - mieux encore, les abstractions - pseudo-démocratiques ont contribué à forger ce genre d'illusion et aujourd'hui elles sont confrontées à la réalité, à savoir qu'il existe autant de "démocraties" qu'il y a de lieux où elles s'appliquent. Civils ou militaires, imams ou évêques, tous sont aujourd'hui "démocrates" sans pour autant cesser, en réalité, d'être ce qu'ils sont, chacun à sa façon, et selon la force qu'ils y mettent.
Avec ce nouveau Moyen Age arrive, logiquement, un nouveau racisme, car les frontières commencent à s'ébranler et les groupes ethniques refleurissent, avec leurs côtés positifs et négatifs, leurs conflits, leurs égocentrismes et leurs atavismes. Et je ne fais pas seulement référence à "l'apartheid" (qui existe en Afrique du Sud comme en Chine, en Israël et en Irak, où des couleurs de peau et des croyances opposent les hommes) mais à nous tous qui, d'une façon ou d'une autre, souffrons du syndrome et qui nous rassemblons en tribus de médecins, d'avocats, de musiciens, de militaires, d'hommes, de femmes, d'enfants et de personnes âgées. C'est, j'insiste, une lutte de tous contre tous. La plupart des systèmes qui nous gouvernent ont échoué, et la brutalité resurgit de tous côtés, comme cela fut le cas en Europe au Moyen Age.
Nous ne devons pas fermer les yeux : peu à peu vont revenir les nouveaux esclaves, les migrations et les inquisitions. Nous en sommes déjà les témoins.
On pourrait me rappeler que les esclaves existaient dans le Monde Classique ; mais je vous rappelle aussi que l'esclavage a disparu en plein XIXe siècle, non pour des raisons morales mais parce qu'il y avait des machines pour remplacer les esclaves. Toute autre affirmation n'est que pure littérature. Un homme ou une femme ne sont pas esclaves parce qu'ils ne votent pas, mais ils le sont quand ils perdent leur humanité pour devenir des choses qui se vendent, s'achètent ou s'offrent, et dont la vie est conditionnée par des modèles auxquels ils se soumettent contre toute raison et tout sentiment. Et si on creuse un peu, on s'aperçoit que l'esclavage n'a jamais cesser d'exister : pour le vérifier, il suffit de demander à un juif s'il peut se marier librement avec une chrétienne, ou si un membre d'une famille noble peut se marier, sans créer de problème, à une marchande de légumes ; si un musulman d'Iran peut volontairement cesser de l'être ou si un blanc peut devenir président élu d'une tribu noire et vice-versa.
L'intolérance se généralise
Dans le racisme à venir, tout est encore très trouble car il n'existe pas de véritables idéaux de civilisations. Et dans le désastre qui nous menace, se trouvent confondus des éléments millénaires avec des éléments actuels et même des éléments relevant du futur. Ce qui est clair, c'est que devant l'échec des systèmes, la moitié du monde mourant de faim, le retour du fanatisme pseudo-religieux, on cherche à tout prix des "boucs émissaires".
Je crois que nous avons fait du monde un écheveau d'une incroyable confusion et que nous nous empoisonnons la vie inutilement. Nous devons apprendre à vivre et à laisser vivre. Dans notre petit "laboratoire" de l'Organisation Internationale Nouvelle Acropole, qui a des sièges dans cinquante pays, nous avons pu confier des postes de très haut niveau et de responsabilité à des personnes d'origine juive, chrétienne (des différentes sectes), musulmanes et shintoïstes ; leur peau - bien qu'en vérité je n'y ai jamais fait attention - est blanche, jaune ou sombre.
Quel est le secret de ce succès ?
Il est très simple. Nous avons mis l'Homme au-dessus de l'homme, c'est-à-dire la partie spirituelle et noble sur la partie matérielle et grossière. Il n'a pas été massifié. La valeur d'un homme, d'une femme est faite de ce qu'ils sont vraiment et ne dépend ni de la couleur de leur peau ni de l'endroit où le destin les a fait naître. Et ce lieu de naissance est très important, car un enfant qui, par exemple, naît en Espagne, sera mené sur les fonts baptismaux catholiques alors qu’il n'a que quelques jours, sans pouvoir choisir ni donner son avis ; si vingt ans plus tard, en faisant appel à sa raison et à sa culture, il préfère une autre religion, ou aucune, il sera apostat. Et c'est la même chose pour les autres religions. Pourquoi ? Parce que l'on ne respecte pas la liberté de l'individu, que l'on considère comme n'étant qu'un simple élément mécanique d'une "société de coutumes". C'est, dans le fond, une forme de peur, un racisme spirituel.
Derrière tout racisme se cache une peur. Si un nouveau racisme nous menace, c'est que nous avons rendu un culte à la peur et à la faiblesse. Des millions d'enfants ne jouent plus avec leur corps, se donnant et recevant des coups et des caresses salutaires, mais demeurent statiques, hébétés face à un appareil de télévision, à regarder ce que font les autres. Nous sommes en train de construire une culture de voyeurs, de simples observateurs incapables de penser et de sentir par eux-mêmes.
Le racisme à venir s'alimentera de cette chair sans feu et de ces âmes sans Vie, car, ne l'oublions pas, le racisme est lié à la peur, c'est vivre à l'extérieur de soi-même, c'est être superficiel.
Si nous nous tournons vers l'intérieur de nous-même et si nous reconnaissons l'existence naturelle des sexes, des races, des ethnies et des opinions différentes, nous parviendrons à la véritable liberté ; et, là où existe une véritable liberté, le racisme n'a pas sa place, pas plus qu'aucune autre manière fanatique d'envisager l'existence.
(1) Les barbares dont le déferlement précipita le démantèlement de l'Empire romain étaient originaires d'Asie. Et les causes qui entraînèrent leur migration vers l'Ouest étaient déjà à l'œuvre lorsque fut fondé l'Empire.
(2) Les "reducciones" étaient les villages d'Indiens baptisés, créés par les missionnaires espagnols.
LE RWANDA ou le racisme fraternel
Comment le racisme a-t-il conduit au génocide d’une ethnie par une autre dans un pays pourtant très catholique ?
1. Introduction
Comment le racisme a-t-il conduit au génocide d’une ethnie par une autre dans un pays pourtant très catholique ? Le titre de la conférence a une histoire. Fin 1999, dans le cadre d’une mission humanitaire au Burundi, je suis passé à Kigali et j’ai rendu une visite de courtoisie à l’ambassadeur de Belgique au Rwanda.
Au cours de l’entretien à bâtons rompus, l’ambassadeur m’a fait part du fait qu’il n’arrivait pas à comprendre comment des atrocités aussi horribles comme le génocide ont pu se dérouler dans un pays aussi catholique. Je lui ai répondu que je n’avais pas de réponse mais que je pouvais lui donner une piste de réflexion que l’on peut résumer comme suit : en perdant leur religion, que l’on peut également qualifier de « tradition primordiale
[1] », remplacée par une religion qui ne le concernait pas, le rwandais a perdu le sens du divin. Par conséquent, pour lui, tuer un être humain n’est pas plus traumatisant que de tuer un animal. Et depuis lors, j’ai essayé de trouver une ou des réponses à cette question.
A l’occasion de la préparation de cette conférence, j’ai cherché des auteurs qui ont abordé ce sujet et j’ai eu la chance de tomber sur un article de Dominique Temple qui résume l'œuvre de Josias Semujanga, « Récits fondateurs du drame rwandais. Discours social, idéologies et stéréotypes » dont je reprendrai des extaits[2]. J’aborderai ensuite brièvement l’histoire (ou l’explication) du génocide vue par un journaliste français, Jean Chatain, et je terminerai par suggérer une solution pour mettre fin à la violence, solution préconisée par un très grand philosophe, Krishnamurti.
2. L'interface entre la logique tripolaire africaine et la logique bipolaire occidentale au Rwanda[3]
Le génocide vu par un philosophe rwandais
Josias Semujanga (d’après l’article de Dominique Temple) tente de mettre en évidence les raisons et fondements de l'impasse psychologique dans laquelle ont été conduits les peuples africains de la Région des Grands Lacs. La clef de son analyse ? La découverte que la pensée ou plutôt la spiritualité des Tutsi, Hutu et Twa est structurée par une logique tripolaire. DT soulignera en quoi consiste la logique tripolaire puis suivra Josias Semujanga dans son analyse de la confrontation des deux logiques. Il proposera un argument supplémentaire : l'effet de renchérissement provoqué par le primat de la parole d'union (ou parole religieuse).
L'auteur part d'un mythe rwandais, un mythe fondateur[4] d'une simplicité biblique : Un père a trois fils. Il donne à ses fils trois jarres de lait en leur enjoignant de l'attendre. L'un des fils a soif et boit le lait. Il s'appellera Twa. Le second fils a soif également et prend la moitié du lait mais laisse l'autre moitié pour son père. Il s'appellera Hutu. Le troisième attend son père et la jarre reste pleine. Il s'appellera Tutsi.
La confrontation des deux logiques
Tout Munyarwanda est potentiellement Hutu, Tutsi ou Twa. Le Munyarwanda traditionnel avait une conception tripolaire de l'univers où ses relations s'établissaient en membres de famille (umuryango) et amis, en ennemis (abanzi) de la famille et leurs amis, et en tiers (rubanda). C'est cette structure qui assurait la cohésion sociale du peuple dans ce pays. Mais avec la venue des missionnaires, une nouvelle identité sociale, bipolaire, de type chrétien, voit le jour et petit à petit éclipse la première.
Comment passe-t-on de cette relation tripolaire à une relation bipolaire ? Cette transformation est l'œuvre de la mission chrétienne. Au moment de son implantation, le christianisme a séparé le sacré et le profane sur base d'une vision dualiste de l'univers jusqu'alors étrangère au symbolisme de la société du Rwanda précolonial. En effet, la culture rwandaise, dans l'acception anthropologique de ce mot qui inclut la langue, la religion, les coutumes, le type d'organisation politique, est tripolaire dans ses manifestations symboliques. Dans les mythes fondateurs, le Munyarwanda est triple. Il est Hutu, Tutsi et Twa selon une hiérarchisation des valeurs fondées sur le mythe de Gihanga, l'ancêtre éponyme commun des Rwandais, qui se désignent comme Benegihanga (les fils-de-Gihanga).
Or, les bakristu se réunissent entre eux, se marient entre eux et s'abstiennent de participer, du moins le jour, aux activités sociales de leurs familles respectives. Désormais, la fraternité se veut uniquement chrétienne et l'ennemi devient le non-baptisé : le mupagani-mushenzi. La transformation se manifeste de plus en plus radicalement au point que la culture rwandaise qui jadis était tripolaire, devient lentement mais sûrement, bipolaire dans ses manifestations les plus quotidiennes.
De cette transformation, qui en réalité consiste en la suppression du Tiers, du moins du Tiers en tant que référence de l'humanité rwandaise, va résulter le chaos puis le suicide du peuple rwandais. C'est-à-dire que ce contact a été d'une telle violence qu'il a opéré une rupture radicale dans les modes de vie des peuples de l'Afrique au point que la synthèse culturelle étant encore flottante, certaines populations africaines vivent un vide culturel qui les conduit au suicide. Parmi les nombreux cas observés, la tragédie rwandaise reste un paradigme absolu de cette dissolution de l'être africain. Et malgré les timides tentatives de retour au passé, la rupture est totale, et elle s'est souvent opérée par l'amalgame des éléments conflictuels de l'ancien - tradition africaine - et du nouveau - modernité occidentale.
Comment le passage de la réduction missionnaire à l'idéologie génocidaire s'explique-t-elle ?
A partir du stéréotype du "primitif" projeté, entre autres, sur les sociétés africaines, le discours missionnaire, avec ses marques culturelles implicites ou explicites, a re-catégorisé et transformé progressivement des éléments constitutifs de la mémoire autochtone. De cette opération est née une nouvelle mémoire identitaire africaine dans les sociétés modernes. Plus tard, le discours politique a repris le schéma manichéen de l'opposition "bakristu-bapagani" dans la définition de l'Etat rwandais moderne. En remplaçant terme à terme ce schéma religieux appliqué au Rwanda, nous avons le schéma politique "bahutu-batutsi".
L'analyse de la parole du missionnaire permet de saisir comment les nouvelles catégories hamite-bantou, bakristu-bapagani, nées de l'époque coloniale, ont été transformées et reversées sur le système culturel du Rwanda traditionnel - hutu-tutsi-twa - pour créer de nouveaux signifiés qu'elles n'avaient pas auparavant - Hutu = bantou ; Tutsi = hamite ; Twa = pygmée. C'est dire que la vision tri linéaire du Munyarwanda traditionnel s'est transformée au cours du temps en schéma qui est utilisé en politique alors que, traditionnellement, l'autorité était toujours triple suivant la vision du monde du Rwanda préchrétien. Et le conflit social se fonde en schéma actuel "hutu/tutsi", utilisé par des "évolués" rwandais.
Comment le discours politique utilise-t-il une telle bipolarité dans ses stratégies argumentatives ?
Avec la transformation du système tripolaire - parents, ennemis et rubanda - régi par le système de la parenté en bipolarité "parents ennemis"- régie par la logique de la parenté, l'opposition entre Hutu et Tutsi est désormais perçue sous l'angle de conflit de lignage sans rubanda pour jouer le rôle de Tiers. Dans ce cas, tuer un Tutsi c'est tuer un "ennemi" du lignage, comme le précise bien d'ailleurs un texte de fiction paru dans les années ‘90. Cette sorte de réécriture du mythe de Gihanga affirme que le conflit entre Sebahinzi (le Père-des-Bahutu-Bahinzi) et Sebatutsi (le-père-des-Tutsi) sera tranché par Sebazungu (le-père-des-Bazungu : les blancs). Et dans le cas du conflit, Sebazungu jouera le rôle du Tiers que chaque clan voudra mettre de son côté. De ce fait, la fiction rattrape la réalité.
C'est bien de cela dont il s'agit. Dans le même temps où les religieux chrétiens substituaient au Mwami un prince baptisé, l'administration belge imposait à ce dernier de sacrifier l'ubuhake qui régissait la redistribution des vaches de caractère symbolique et de privatiser le cheptel à raison de deux tiers pour le donataire et d'un tiers pour le donateur. D'un coup et d'un seul, la matrice du Tiers était dans tout le pays abrogée.
Le peuple rwandais, décapité du symbole de son humanité (le Mwami) était en même temps privé du fondement de ses valeurs humaines. Le Hutu de la légende, le fils qui avait bu la moitié du lait de la jarre, remplaçait le Tutsi de la légende. Avec ce renversement sémantique mourrait en terre africaine l'esprit de Gihanga. Pour illustrer sa thèse, Semujanga offre un exemple édifiant. Si l'on considère l'amalgame survenu entre famille et groupe ethnique, le discours de Mgr. Phocas Nikwigize pour justifier le génocide est éclairant, car il ne laisse plus de place pour le Tiers : "Ce qui s'est passé en 1994 au Rwanda était quelque chose de très très humain. Quand quelqu'un t'attaque, il faut que tu te défendes. Dans une telle situation, tu oublies que tu es chrétien, tu es alors humain avant tout. Comme dans toute guerre, il y avait des espions. Pour que les rebelles du FPR réussissent leur coup d'Etat, ils disposaient partout de complices. Ces Batutsi étaient des collaborateurs, des amis de l'ennemi. Ils étaient en contact avec les rebelles. Ils devaient être éliminés pour qu'ils ne vous trahissent plus ".
L'opinion du prélat chrétien offre une dichotomie tout à fait remarquable : sa conception du "très très humain" : "quand quelqu'un t'attaque - il faut que tu te défendes ; tu es alors humain avant tout". Mais c'est la conception que se fait le chrétien de l'humain. Cette conception, qui ressemble fort à celle que l'on se fait habituellement de l'animalité et non pas de l'humanité, cette conception correspond-elle à la conception que le Munyarwanda se fait de l'humain ? La question ne se pose même pas pour le prélat chrétien ! Il oppose donc à sa conception de l'humain sa conception du chrétien "tu oublies que tu es chrétien" s'annexant ainsi un idéal qu'il dénie aux Rwandais. Le binarisme est là évident. Mais ce ne sont pas seulement les Rwandais baptisés et les Rwandais non baptisés qui sont opposés en deux classes sans Tiers, c'est la chrétienté tout entière (qui s'annexe le Tiers), et l'humanité tout entière, rejetée dans l'animalité, un binarisme dont l'actualisation universelle se fait de plus en plus menaçante. Le binarisme va retentir partout en Afrique.
Au Rwanda et au Burundi, dans un premier temps les religieux chrétiens s'emploieront à s'allier les Tutsi qu'ils décrètent classe dirigeante et supérieure. L'idée des Pères Blancs est que si l'on convertit le roi, le peuple qui lui est tout acquis sera christianisé d'un seul coup. Et c'est effectivement ce qui se produit. Et la rapidité avec laquelle le pays s'est converti s'explique, par le choix politique du roi Mutara III Rudahigwa de se faire baptiser et de consacrer son pays au Christ Roi. Tout le peuple a suivi l'exemple du roi et de la cour, souvent malgré lui.
Ensuite, avec la progression des analyses marxistes qui dénoncent l'élite ethnicisée en aristocratie hamite, l'Eglise comprend que l'avènement de l'indépendance selon une norme démocratique imposée par le libéralisme économique conduira au pouvoir la "majorité hutu". Elle change d'alliance. Elle donne sa parole à la majorité "ethnicisée" hutu.
La surenchère de la parole d'union
DT ajoute une observation aux analyses de Semujanga : la tripolarité qu'il observe au Rwanda est actualisée par la parole d'union qui fait converger sur la personne du Mwami la communauté toute entière. La tripolarité donne alors naissance à un sentiment commun mais exprimé par une parole unique. Dès lors que cette parole d'union est non seulement paralysée par la logique occidentale mais capturée par le pouvoir de nature occidentale, elle ne peut plus se remettre en cause. Donc le Tiers ne peut pas renaître comme il le pourrait par exemple à partir de ce qui se manifesterait comme une nouvelle médiété[5], une médiété de second ordre entre le centre et la périphérie du royaume. La parole d'union désormais asservie est sans vie, mais non pas privée de sa force d'inertie si l'on peut dire. Elle reste comme une coquille vide, mais c'est une réalité qui peut être mobilisée par un autre principe que le Tiers.
La parole d'union a d'abord été asservie par les Occidentaux. Le "malgré lui" de la phrase "Tout le peuple a suivi l'exemple du roi et de la cour, souvent malgré lui" concerne en effet non seulement le peuple mais aussi le Mwami qui a été forcé de se plier à l'injonction de la politique coloniale. Après le baptême du roi Mutara III Rudahigwa, en 1943, tout le royaume du Rwanda ou presque se fait baptiser. Ce phénomène connu sous le nom populaire irivuzumwami (la parole irrévocable du roi) qui évoque la collaboration résignée à l'ordre colonial puisque personne n'ose contredire le roi, rend manifeste un zèle et une ardeur qui dépassent la simple croyance. Ceux qui résistent à la vague sont écartés avec force ou diplomatie selon le cas. Celui qui ose braver l'ordre chrétien et colonial, recevra comme le roi Yuhi IV Musinga, une solution qui lui sera funeste.
Le Tiers est éliminé, à plus forte raison la possibilité de la renaissance du Tiers entre le centre et la périphérie du "royaume" (ce qui pourtant sera tenté au Burundi), et la parole d'union devient l'enjeu du pouvoir, du pouvoir dans le sens occidental du terme. Qui s'empare du pouvoir, pourra aussitôt "instrumentaliser" la parole d'union à son profit. Les deux ethnies substantifiées par les Occidentaux grâce à la logique bipolaire, vont s'emparer du pouvoir l'une au Burundi l'autre au Rwanda et utiliseront la parole d'union comme une arme pour exclure l'autre.
Parce que désormais l'union est polarisée de façon non contradictoire dans l'imaginaire de qui est au pouvoir, l'exclusion de l'autre sera absolue. Le rejet de l'autre est alors un rejet dans le néant : le génocide. La perte du Tiers (illustrée au Rwanda comme au Burundi par la liquidation du Mwami) est la perte de tous les repères et par conséquent la démence et la mort. La mort veut dire non seulement le meurtre du Tiers de l’ "imfura " ou du Tutsi en tant que symbole du Nom du Père ou de Fils de l'Imana mais aussi le meurtre de celui par qui était possible la naissance du Tiers, en l'occurrence le meurtre de l'autre, mais non pas de l'étranger ou de l'ennemi, l'occidental, belge au français, mais de celui par qui pouvait naître le Tiers, l'humanité en chacun des protagonistes de la relation de réciprocité, donc pour les lignages "hutu" les lignages "tutsi", et pour les lignages "tutsi" les lignages "hutu".
Ici, le crime contre l'humanité est suicidaire, un suicide de l'humanité. Mais le suicide est la somatisation d'un crime préalable : le meurtre du Tiers et de la structure qui lui donnait naissance.
La question de l'interface entre deux mondes
Semujanga traite d'une question systématiquement écartée des études occidentales. Lorsqu’on délègue aux élites africaines "évoluées" le soin d'assumer la médiation que l'on vient d'évoquer, qui lie de façon intime le christianisme et le libéralisme économique, cette médiation est intériorisée par ces élites, et le crime qui en est la conséquence logique n'est peut-être rien d'autre que suicide.
Comme on sait, le suicide n'est pas voulu comme tel mais il est la somatisation de la mort spirituelle qui peut intervenir à la suite d'une impasse absolue. Le suicide est donc tourné vers le fondement du Soi. Or, le fondement du soi au Rwanda comme au Burundi c'est l'autre dans la relation de réciprocité : le suicide est au bout de l'impasse le meurtre de cet autre, l'autre nécessaire à la genèse du soi, à la genèse de l’humanité. Et pour les Africains du Rwanda, le suicide est le meurtre du Tutsi, comme cet autre, parce qu'il est la condition de l'avènement du Tutsi comme Tiers, c'est-à-dire comme Fils de Dieu (le Tutsi nommé par l'Imana comme l'héritier du Nom du Père dans le mythe fondateur de Gihanga).
L'intériorisation du meurtre préalable (le meurtre préalable est le meurtre du Tiers Inclus, du Tutsi de la légende) par l'élite christianisée et modernisée dans les écoles des Pères Blancs est identifiée.
Ainsi, le sens du tutsi du mythe de Gihanga, modifié par la réforme de Gadhindiro, sera curieusement rétabli par la colonisation, au point que, dans la nouvelle idéologie coloniale, le terme tutsi va phagocyter celui d'imfura. Et, dans le discours parmehutu des années ‘60, les deux termes ont fini par se recouvrir entièrement, au point que le président Kayibanda n'en fait aucune distinction lorsqu'il déclare, à propos des massacres des Tutsi de 1963 : "C'en est fini d'Imfura". Comme si les Hutu ne pouvaient être des imfura ! A remarquer cependant que si le terme imfura se confond avec le terme tutsi c'est par le terme dévalorisé de tutsi qu'il est phagocyté, c'est-à-dire le terme tutsi lorsqu'il veut dire "arrogance du riche", celui que condamnait justement la réforme de Gadhindiro. Il n'est donc pas possible de dire si le "C'en est fini d'Imfura" est la même chose que le "C'en est fini d'Israël" que les nazis n'auraient pas manqué de proclamer s'ils l'avaient emporté dans la deuxième guerre mondiale.
Mais nous ne sommes pas bien loin de cette éventualité, car, après tout, Kayibanda ne pouvait pas ignorer la valeur symbolique des mots dans un langage religieux puisqu’il fit ses études au séminaire catholique et qu'il avait été choisi comme secrétaire particulier de Mgr Perraudin avant d'être promu Président de la République. Il ne pouvait pas non plus ne pas mesurer l'importance des enjeux puisqu'il disait déjà en 1964 aux réfugiés tutsi : "A supposer par impossible que vous preniez Kigali d'assaut, comment mesurez-vous le chaos dont vous seriez les premières victimes ? Vous le dites entre vous, ce serait la fin totale de la race tutsi ". Chaos, race, fin totale, premières victimes : le génocide est annoncé.
Mais l'histoire de la colonisation des Africains par les Européens a été d'une brutalité absolue : en quelques années, une civilisation a été corrompue, brisée, assassinée puis conduite à une impasse sans issue : l'impasse génocidaire. La brutalité est peut être due à la puissance matérielle de l'Occident, à sa maîtrise de la technique, etc. Elle est peut-être due aussi à ce que DT a appelé le Quiproquo Historique - comme il y a cinq siècles en Amérique, où la chose est plus évidente - car il y a cinq siècles, la suprématie de l'Occident sur le plan technique était bien moindre : si l'un (le Tutsi de la légende rwandaise) donne, et si l'autre (l'occidental ou "l'évolué") prend ... Mais encore et plus profondément, cette brutalité est sans doute due à ce que le Tiers d'une logique tripolaire (que dans une logique du contradictoire on appelle le Tiers inclus), est dans les logiques de non-contradiction, nécessairement un Tiers exclu dans toutes les hypothèses. C'est bien le sens du Nom du Père qui est en jeu.
Forgés durant la période de domination coloniale belge, les mécanismes de division «ethnique» ont été repris à leur compte par les gouvernements de la Première République de Kayibanda, puis portés au rouge par ceux de la Deuxième République de Habyarimana.
« Au cas où la justice ne serait plus au service du peuple, comme cela est écrit dans notre constitution, que nous avons votée nous-mêmes, nous autres, composants de la population au service de laquelle elle devait se mettre, nous devrons le faire nous-mêmes en exterminant cette canaille. Ceci je vous le dis en toute vérité, comme c'est écrit dans l’Évangile : « Lorsque vous accepterez que, venant vous mordre, un serpent reste attaché à vous, c'est alors vous qui serez anéanti… N'ayez pas peur, sachez que celui à qui vous ne couperez pas le cou, c'est celui-là même qui vous le coupera ... »[7]
Ce sont des phrases extraites d'un discours prononcé en novembre 1992 par l'un des principaux théoriciens du parti de Juvénal Habyarimana. Multipliant les citations juridiques et évangéliques (plus approximatives les unes que les autres), il désigne nommément des personnalités à abattre de toute urgence. Un tel appel au crime de masse constitue la résultante du discours raciste sous-jacent à la thèse du conflit interethnique qui sera à nouveau mise en avant, un an et demi plus tard, par les organisateurs du génocide et leurs soutiens internationaux. Frappant prioritairement (mais non exclusivement) la minorité tutsi, les massacres ambitionnaient de souder et fanatiser la population hutu qui se présentait comme l'incarnation de la pureté raciale du peuple rwandais. Les milices interhamwe étaient censées constituer le bras armé de la colère populaire spontanée.
La racialisation de la différence (sociale) Hutu-Tutsi remonte à la période coloniale dont elle est, en quelque sorte, le fruit empoisonné. À partir de 1957, date de publication du « Manifeste des Bahutu », présenté par Grégoire Kayibanda, avec l’approbation de l’administration belge et de l’Eglise missionnaire, la haine des Tutsi est présentée comme condition et ciment d'une conscience nationale rwandaise émergente. Après avoir privilégié durant plusieurs décennies les Tutsi comme relais de son pouvoir, le colonisateur, sentant fondre son emprise sur ceux-là même qu’il avait mis en place, voire les suspectant de ne pas être insensibles aux sirènes socialistes pan-africanistes, orchestre leur apartheid en inversant son discours et son comportement.
Le contexte de guerre froide a influé sur le choix de l'approche ethniste[8] et redoutant la montée du communisme dans la sous-région, par le biais du nationalisme, les missionnaires voulaient se servir d’un groupe d’instruits rwandais comme un rempart anti-communiste et antinationaliste. Ils parviendront à leur objectif car G. Kiyibanda et ses compagnons étaient leurs créatures : ils ont été encadrés par les mouvements d’action catholique belges (comme la Jeunesse Ouvrière Catholique ou le Mouvement Ouvrier Catholique belge), la presse catholique et la démocratie chrétienne belges. Ces différents milieux voyaient en ces instruits les représentants d’un peuple opprimé qui étaient disposés à constituer un parti politique de type démocrate-chrétien, et prêts à assurer la pérennité des intérêts de leurs protecteurs.
Cette analyse est développée en d'autres termes par la journaliste belge Colette Braeckman[9]. Aujourd'hui encore, lorsque des Hutu affirment que «plus jamais, ils ne voudront revivre sous le joug de la féodalité tutsi», ils évoquent essentiellement la seule oppression dont ils se souviennent, celle d'une contrainte coloniale qui s’exerçait par l’intermédiaire des Tutsi, choisis par la métropole comme fondés de pouvoir. De plus : « en changeant brusquement d'alliance à la veille de l'Indépendance, le colonisateur réussira à transférer complètement sur les élites locales sa propre responsabilité dans les déséquilibres et les inégalités de la société … Une telle volte-face fut facilitée, au sein de l'Église missionnaire, par la transposition de l'antagonisme Wallons-Flamands au Rwanda lui-même (la première génération de Pères blancs fut principalement francophone, la seconde se recruta surtout chez les Flamands). En Belgique, les réseaux de l’Action Catholique, et, sur le plan politique, ceux de la démocratie chrétienne soutinrent à fond les revendications des Hutu du Rwanda (...) Une fois de plus, on transpose en Afrique des références européennes : nul n'évoque ouvertement les éventuelles sympathies « auchistes», «non alignées», «nationalistes» des Tutsi, chacun préfère souligner la nécessité d'émanciper le «petit peuple».
La Révolution sociale et les premiers pogroms
L'expression « Révolution sociale» fut utilisée à Bruxelles comme à Kigali pour justifier les premiers pogroms, ceux de 1959, volontiers comparés aux violences ayant accompagné la révolution française, sans jamais parler du fait que l’idéologie qui en avait créé les conditions fut d'abord élaborée dans le giron de l'Église catholique et dans les rangs de l'administration (civile et militaire) coloniale. Afin d'assurer la continuité de l'ordre préexistant et non sa rupture, comme cela avait été le cas lors de la Révolution de 1789.
La lettre pastorale diffusée par Mgr Perraudin, le 11 février 1959, fournissait une caution morale à une tutelle de culture et de pratiques chrétiennes pour laquelle le feu vert de l’Église valait bénédiction avant croisade. Mais Perraudin et l'Église du Rwanda ont fait plus : ils ont fourni aux leaders hutu les moyens de leur combat[10], et si le catholicisme social des missionnaires de l'après-guerre et les laïcs hutu triomphèrent, ce fut enfin de compte grâce aux parachutistes belges.
Lorsqu'au printemps 1994, les images de l'horreur au Rwanda submergèrent les petits écrans, les téléspectateurs français - qui, pour la plupart, ignoraient jusqu'alors l'existence même du pays - furent assaillis d'explications pseudo-historiques et pseudo-ethnographiques : la société rwandaise a porté de tous temps en elle-même les gênes de son autodestruction, les haines séculaires entre les deux principales ethnies la composant ayant préparé ce déchaînement de violences spontanées qui n'attendait qu'une occasion pour se déclarer. Occasion qui fut fournie par l'assassinat du président Juvénal Habyarimana, dont l'avion fut abattu, dans des circonstances toujours non éclaircies, par un tir de missiles le 6 avril.
De François Mitterrand à Charles Pasqua, le discours fut identique et peut se résumer ainsi : les massacres sur le continent noir relèvent d'une fatalité contre laquelle la pensée occidentale demeure impuissante, qu'elle ne peut que constater, sans parvenir à l'expliquer. À la limite, allait jusqu'à confier le premier, dans ces pays-là, un génocide ce n'est pas trop important ; le second ajoutait devant les caméras que, de toutes façons, ils en avaient «l'habitude». Bref, il s'agirait de violences endémiques qui, pour apparaître incompréhensibles à un esprit cartésien, n'en sont pas moins inévitables car, en quelque sorte, consubstantielles à ces communautés depuis la nuit des temps. La société rwandaise, vouée au massacre ethnique, aurait porté en elle la fatalité d'un génocide dont les causes étaient assignées à un ailleurs historique, à un archaïsme[11], avant de s'inscrire en faux contre cette forme de pensée unique héritée de la vieille période du colonialisme triomphant.
Rien de tel en réalité : la liaison de l'ethnisme et de la violence fut déterminée par des enjeux politiques incontestablement modernes. L'antagonisme ethnique ne constitue nullement une tradition séculaire, mais fut délibérément conçu comme une clé de voûte de la stratégie de domination du colonisateur belge, conférant dans un premier temps le pouvoir administratif et les avantages qui en découlaient à une minorité d'origine tutsi, avant de découvrir qu'il avait ainsi forgé sa propre opposition locale et de brutalement inverser cette stratégie en fin de période.
Il suffit de deux années (1959-1961) pour transformer radicalement le groupe dominant qui, de tutsi, devint hutu, tandis qu'était légitimée une idéologie ethniste, conférant la puissance politique aux seuls Hutu. C'est de ces années-là, et non d'un passé immémorial, que datent des sentiments d'appartenance ethnique explicitement associés à la haine de l'autre, sentiments que les politiciens ne cesseront d'exacerber. Une stratégie de domination, donc, parfaitement consciente et élaborée, pour ne pas dire sophistiquée. La dictature militaire a exacerbé délibérément toutes les oppositions internes entre les communautés et entre les régions. Un exemple à la limite du caricatural : durant les combats opposant les forces gouvernementales aux soldats du FPR, l'encadrement supérieur de l’armée gouvernementale était exclusivement composé de notables hutu de la région d'origine du général Habyarimana. Ce qui, au passage, explique peut-être sa faible capacité opérationnelle durant toute la guerre civile. À l'opposé, le FPR se concevait comme une force nationale regroupant toutes les communautés issues de toutes les régions.
Dominique Franche, spécialiste de l'Afrique des Grands Lacs[12], s'interroge sur les origines du mécanisme de racisme et d'apartheid qui précéda le génocide lui-même et créa les conditions de sa réalisation. A force d'entendre ou de lire des gloses sur l'antagonisme traditionnel Hutu-Tutsi, on finirait presque par en oublier cette question de bon sens : qu'est-ce qu'un Hutu et qu'est-ce qu'un Tutsi ? Sans oublier la troisième composante du peuple rwandais, les Twa, qui, pour être très minoritaire, n'en est pas moins présente.
Inspirés des théories racistes du XIXe siècle du type Gobineau, les colonisateurs -Allemands d'abord, Belges ensuite - voulurent voir dans ces trois catégories des ethnies opposées tant par leur place dans la hiérarchie sociale que par leur origine. Les Tutsi étaient des hamites ou encore des nilotiques, venus d'Abyssinie conquérir les Hutu qui, eux, étaient des bantous précédemment installés sur le territoire, tandis que les Twa seraient des pygmoïdes et les premiers occupants historiques. Toute une logomachie fut développée, qui servit de substrat à l'administration coloniale et aux missionnaires catholiques pour assurer leur pouvoir en jouant alternativement les uns contre les autres.
Dans un premier temps, l'élite tutsi contre la plèbe hutu et à la fin de la période coloniale, la majorité hutu contre une aristocratie tutsi soupçonnée de menées indépendantistes et parfois accusée de sympathiser avec le leader congolais Patrice Lumumba et, derrière lui, le camp socialiste.
Deux périodes symbolisent les volte-face d'un pouvoir colonial
Deux périodes symbolisent les volte-face d'un pouvoir colonial jouant tantôt une carte, tantôt l'autre. D'abord celle des années 1924-1927, lorsqu'une série de réformes des autorités belges déstructuraient la société traditionnelle pour assurer leur emprise sur le pays par la promotion systématique des franges les plus proches du monarque tutsi. Puis le virage à cent quatre-vingts degrés de la fin des années cinquante.
En 1926, était supprimée la coexistence de trois systèmes de chefferie pour les remplacer par un seul. Jusqu'alors, un seul et même territoire était géré par le chef du sol (généralement un Hutu, chargé de l'administration des terres labourables, des redevances agricoles et de trancher les différends fonciers), le chef du bétail (tutsi, ayant pour compétences l'administration des pâturages et les redevances dues par les pasteurs), le chef d'armée (dont une large partie des occupations était en fait accaparée par les litiges en affaires pastorales. Tout un équilibre de relations complexes et multiples volait en éclats. Simultanément, le pouvoir colonial supprimait les entités territoriales autonomes hutu, réorganisant ces dernières au profit des franges supérieures de la composante tutsi provisoirement promues au rang d'auxiliaire privilégié du Résident Mortehan.
Dans la période précédente, en 1922, il y avait déjà eu la destitution du roi (hutu) du Bukunzi, au sud-ouest, et l'occupation militaire de son territoire. En 1925-1926, le même sort était infligé au Busozo, également au sud-ouest. Les deux royaumes sont alors réorganisés en chefferie, confiée au tutsi Rwagataraka. De même, les chefs hutu qui exerçaient leur autorité dans le cadre de la triple administration du Rwanda traditionnel sont destitués et, chaque fois, remplacés par des Tutsi.
De 1955 à 1959, le pouvoir colonial renverse la vapeur et les alliances. Le gouverneur Harroy, arrivé au Rwanda en 1955, est chargé d'une tâche essentielle : rompre avec les Tutsi et promouvoir les Hutu. A cette fin, il procèdera à ce que lui-même a appelé un phénomène insurrectionnel sous tutelle (premiers massacres ethniques fin 1959), qui sera suivi d'une phase dite de révolution assistée. C'est alors que, dans sa lettre pastorale restée célèbre, Mgr Perraudin proclame qu'il y a réellement au Rwanda plusieurs races assez nettement caractérisées et que le problème des relations contradictoires entre les groupes sociaux est surtout agité à propos des différences de races entre Rwandais.
L'année suivante, dans l’attente de l'indépendance qui interviendra en 1962, un gouvernement provisoire est constitué par Grégoire Kayibanda qui se fera un devoir d'y intégrer plusieurs dignitaires belges. Quelques temps après, Bruxelles, traumatisée par ses déconvenues au Congo voisin, nourrira ses charges contre Patrice Lumumba, accusé d'être vendu à Moscou, par l'éloge quasi inconditionnel de la Première République rwandaise. Le roi Baudouin brillera personnellement et à maintes reprises dans ce type d'exercice.
Le drame est que le peuple rwandais lui-même intériorisa de tels discours et reproduisit après l'indépendance les oppositions et clivages générés par l'ex-métropole. Les deux Républiques successives, celles de Grégoire Kayibanda puis de Juvénal Habyarimana, brandirent la thèse d'une République hutu menacée par une poignée de nilotiquesà la volonté de puissance affirmée. Les pogroms ne cessèrent de se multiplier (pour rappel les premiers eurent lieu en 1959 durant la présence belge) chaque fois que le régime en place se heurtait à des difficultés, devenant une véritable technique pour souder le peuple hutu derrière le gouvernement contre un bouc émissaire défini comme racialement et géographiquement étranger.
La plupart des commentateurs occidentaux ont repris cette dichotomie à leur compte sans seulement s'interroger sur la définition du mot ethnie : Hutu, Tutsi et Twa vivaient sur le même territoire, parlaient la même langue, pratiquaient une même religion et possédaient une culture unique. Dès lors, ni le concept de race (le sang), ni celui d'ethnie (la culture) ne peuvent leur être appliqués. D’après Dominique Franche, être hutu, tutsi ou twa était un fait purement social, en aucun cas, un fait biologique pensé comme tel. Mais c'est ainsi que le conçurent les colonisateurs (...). Il a fallu de la théorie pour que soit perpétré le génocide à la machette, et cette théorie venait d'Europe.
Quitte à passer sous silence le fait que les structures de base de la société traditionnelle étaient le clan (ubwoko), le lignage (umuryango), la maison (inzu, ce qu'il est convenu d'appeler, dans nombre de sociétés africaines, la famille étendue), la famille (urugo, au sens biologique, celui utilisé dans les sociétés occidentales) et non l'ethnie (un mot qui n'a d'ailleurs aucun équivalent en kinyarwanda). Et que, chaque clan regroupait les trois composantes dites ethniques dont la définition pouvait varier d'une région à l'autre, même s'il est généralement admis que les Tutsi étaient plutôt les éleveurs, les Hutu plutôt les agriculteurs, les Twa plutôt les chasseurs et les artisans. Il reste que, sur une génération, une famille pouvait passer d'une catégorie à l'autre, en fonction des mariages ou des évènements économiques ayant ponctué son histoire.
Cette communauté de langue et de culture, que nul ne conteste plus, est l'un des arguments les plus solides pour réfuter la thèse de la composition ethnique du Rwanda[13]. Strictement parlant, si la différence de langue est un élément constitutif de l'ethnie, il faut admettre qu'il n’existe au Rwanda qu’une seule ethnie : les Rwandais. Les colonisateurs successifs (Allemands, puis Belges) arrivaient de pays où l'idée de race faisait florès et c'est à travers le prisme de la race qu'ils appréhenderont et dirigeront le pays. La dépossession de soi pour le Rwanda a commencé, dès les débuts de la colonisation, par la manipulation des origines et de l'identité des Rwandais.
C'est la pensée raciste des colonisateurs, puis des élites acculturées, qui a figé les identités africaines. L'irrémédiable séparation fut accomplie par la colonisation qui importa une dynamique sociale étrangère et stoppa celle qui était propre à la société rwandaise. Comme l'apartheid en Afrique du Sud, l'antagonisme Hutu-Tutsi devint une méthode de gestion politique entre les mains des gouvernements claniques et mafieux qui se succédèrent de 1962 à 1994. Et c’est un alibi commode pour les lobbies et gouvernements occidentaux qui les ont soutenus, parlant de guerre ethnique qui aurait existé de tout temps, ou de majorité imposant sa loi à une minorité aigrie et par vocation conspiratrice (à la limite, à lire certains, les pogroms périodiques auraient constitué des gestes démocratiques !). Alors que le mot race est banni du discours officiel, le mot ethnie a permis de le remplacer d'une façon pernicieuse à propos des sociétés exotiques ou de nos immigrés de couleur. Les ethnies sont trop souvent le masque politiquement correct des races. Le moyen de pérenniser le discours raciste d'hier tout en assurant bonne conscience à ses utilisateurs d'aujourd'hui. Parler de guerres ethniques revient à jouer le jeu des criminels. Ce sont des guerres politiques.
Le point de vue du Front Patriotique Rwandais
En introduction de son programme politique diffusé en 1992, le FPR a résumé sa vision des « causes historiques de la crise rwandaise ». Le FPR est convaincu que l'absence de démocratie ainsi que les divisions ont été et demeurent encore les causes principales des problèmes que connaît le Rwanda. En effet, le peuple rwandais n'a jamais connu la démocratie ni été associé à la gestion de la chose publique. Durant la période précoloniale, c'est le Mwami assisté de ses chefs qui exerçait une autorité absolue. Cela a engendré des inégalités et injustices sociales propres aux sociétés féodales. La période coloniale est, par son essence même, incompatible avec l'idée de démocratie. C'est de cette époque que date la racialisation de la société rwandaise provoquant des lézardes de la Nation. Sous la Première République, malgré l'existence d'une constitution qui reconnaissait au peuple les droits démocratiques, le système d'exploitation du peuple se perpétua par une poignée de Rwandais au pouvoir qui avaient érigé l’ethnisme et le régionalisme en principe de gouvernement.
D’après le FPR, les dirigeants de la Deuxième République ont institutionnalisé la soi-disant politique d'équilibre ethnique et régional comme base de la démocratie responsable. La privation de démocratie et la division du peuple sont les causes profondes de la crise politique, économique et sociale du Rwanda. C’est pourquoi le FPR est profondément attaché à la grande idée démocratique et à l'unité du pays, seules voies capables de réconcilier le peuple rwandais avec lui-même par le respect des droits de l'Homme et du Citoyen, et d'engager le pays tout entier sur la voie du progrès.
Dépassant toutes les formes de sectarisme qui ont jusqu’à présent déchiré la nation et le peuple rwandais, profondément attaché à la démocratie dont l'une des pratiques est la confrontation des idées et non celle des ethnies ou des régions comme on nous l'a fait croire jusqu'à ce jour, le FPR est une organisation politique ouverte à tout Rwandais qui adhère aux idées et aux principes consignés dans son programme politique[14].
Pour mieux réaliser leur politique, les Européens ont utilisé une poignée de Tutsi parmi l'aristocratie féodale au pouvoir à l'époque précoloniale. Les confortant dans leur position antérieure de privilégiés au sein de la société rwandaise précoloniale, et dans le complexe de supériorité qu'ils avaient déjà sur les autres Rwandais, les Européens ont fait comprendre aux chefs qu'ils provenaient d'une ethnie de souche non africaine qui s'apparenterait de peu à la race européenne et qu’ils auraient, de par leurs origines, des aptitudes particulières à l'exercice du pouvoir. En leur ouvrant exclusivement l'école et en leur facilitant l'acquisition de richesses, l'autorité tutélaire en a fait son instrument de domination et d'exploitation du peuple rwandais. Cette politique eut pour résultat de focaliser la haine de la masse brimée sur ces chefs qui en étaient les instruments et qui avaient, contrairement aux maîtres blancs qui restaient en retrait, des contacts directs avec cette masse.
La conscientisation hutu emprunte la forme d'un populisme chrétien sur les violences de 1959, consécutives au renversement de stratégie opérée par le colonialisme belge, elles résultent de complexes divisions sociales, liées au mode de production féodal d'une part, et polarisées en divisions essentiellement ethniques pendant la période de la tutelle d'autre part, qui conduisirent à une confrontation sociale fortement marquée du cachet de luttes interethniques dans lesquelles l'autorité tutélaire et l’Église catholique ont joué le rôle de catalyseur.
D’après Jean-Pierre Chrétien, la violence interethnique a débuté en 1959, par une révolution sociale curieusement bénie par l'Église missionnaire et soutenue par les autorités coloniales au départ, la conscientisation hutu emprunte la forme d'un populisme chrétien, mêlant la justice à la double référence du nombre et de l'autochtonie. Les émeutes de la Toussaint rwandaise de 1959 et l'épuration de l'administration coutumière orchestrée par les autorités militaires belges, sous les ordres du colonel Guy Logiest (résident militaire du Rwanda fin de l'année 1959, puis résident spécial du 10 décembre 1959 à juin 1962), ont joué un rôle politique fondateur essentiel, impliquant le peuple hutu dans une stratégie de rupture socio-raciale difficile à seulement imaginer au début des années cinquante. Les Hutu n'entrant pas dans cette logique devenaient traîtres à leur ethnie, tandis que les Tutsi qui n'avaient pas fui à l'extérieur du pays s'installaient dans la position de boucs émissaires virtuels en cas de crise.
La même dérive a gagné le Burundi voisin, lui aussi ex-colonie belge, lors d'une tentative de putsch organisée par des gendarmes hutu contre le monarque tutsi et suivie de nombreux massacres de familles tutsi dans le centre du pays. La mise en scène du modèle rwandais sur le terrain burundais a mis en œuvre un processus de prédiction créatrice ou prophétie autoréalisante (en donnant a priori de la situation une fausse définition, les politiciens hutu concernés provoquèrent un nouveau comportement, aussi bien chez les Tutsi que chez eux-mêmes, ce qui rendit vraies des imputations initialement fausses).
Ce schéma s'est retrouvé à chaque vague de violences qui ensanglanta le Burundi : la propagande, jouant des frustrations des uns et de la diabolisation des autres, a pu annoncer de façon lancinante ce qui devait arriver selon la logique des positions les plus extrêmes (cf. les pogroms anti-tutsi de 1972, suivis par une véritable décimation des cadres civils et militaires hutu burundais). La conscientisation ethnique a pris la forme d'une sorte d'incantation et de cri de guerre civile totale créant pour l'ensemble de la population un climat de plus en plus obsédant.
C'est la classe aisée qui renferme le virus du tribalisme[15]. Effectivement, le mal vient d'en haut. Ce sont des cadres peu méritants qui, pour se maintenir, pour se hisser à certains postes convoités, ont besoin de pistons, d'astuces et d'artifices. Ce sont aussi des responsables insatiables qui, pour faire aboutir leurs ambitions inavouables, font de la division ethnique une stratégie politique. Alors, s'ils sont tutsi, ils dénoncent, au besoin avec des combats tactiques à l'appui, un péril hutu à contrer. S'ils sont hutu, ils dévoilent un apartheid tutsi à combattre ... En d'autres termes, au Burundi, l'ethnisme est devenu une grille de lecture et un moyen d'action, une référence incontournable pour toute faction aspirant au pouvoir. Le pays vit sous le règne d’un « cercle vicieux » soigneusement entretenu[16] : l'ethnisme conduit au génocide et le génocide est exhibé comme la vérité insurpassable de cette idéologie. En somme, l'ethnisme est le type même des systèmes prophétiques autoréalisateurs : c'est une haine qui s'autojustifie, se légitime, se renforce, se développe dans la conscience sociale par les crimes racistes qu'elle engendre.
4. Nous sommes, chacun de nous, responsables de chaque guerre, à cause de l'agressivité de notre propre vie, à cause de notre nationalisme, de notre égoïsme, de nos dieux, de nos préjugés, de nos idéaux, qui nous divisent[17].
La solution préconisée par un philosophe
Les structures de tous les changements extérieurs qu'amènent des guerres, des révolutions, des réformes, des lois ou des idéologies, ont été incapables de modifier la nature profonde de l'homme, donc des sociétés. En tant qu'individus humains vivant dans la monstrueuse laideur de ce monde, demandons-nous donc s'il est possible de mettre fin à des sociétés basées sur la compétition, la brutalité et la peur. Posons-nous cette question, non pas comme une spéculation ou un espoir, mais de telle sorte qu'elle puisse rénover nos esprits, les rendre frais et innocents, et faire naître un monde totalement neuf. Cela ne peut se produire, je pense, que si chacun de nous reconnaît le fait central que nous, individus, en tant qu'êtres humains, en quelque partie du monde où nous vivons, ou à quelque culture que nous appartenons, sommes totalement responsables de l'état général du monde.
Nous sommes, chacun de nous, responsables de chaque guerre, à cause de l'agressivité de notre propre vie, à cause de notre nationalisme, de notre égoïsme, de nos dieux, de nos préjugés, de nos idéaux, qui nous divisent. Ce n'est qu'en nous rendant compte - non pas intellectuellement mais d'une façon aussi réelle et actuelle qu'éprouver la faim ou la douleur - que vous et moi sommes responsables de la misère dans le monde entier parce que nous y avons contribué dans nos vies quotidiennes et que nous faisons partie de cette monstrueuse société, de ses guerres, ses divisions, de sa laideur, de sa brutalité, et de son avidité - ce n'est qu'alors que nous agirons.
Mais que peut faire un être humain ? Que pouvons-nous faire, vous et moi, pour créer une société complètement différente ? Nous nous posons là une question très sérieuse : est-il possible de taire quoi que ce soit. Que peut-on faire ? Quelqu'un pourrait-il nous le dire ? De soi-disant guides spirituels - qui sont censés comprendre ces choses mieux que nous - nous l'ont dit en essayant de nous déformer, de nous mouler selon certains modèles, et cela ne nous a pas menés loin ; des savants nous l'ont dit en termes érudits et cela ne nous a pas conduits plus loin. On nous a affirmé que tous les sentiers mènent à la vérité : l'un a son sentier en tant qu'Hindou, l'autre a le sien en tant que Chrétien, un autre encore est Musulman, et ils se rencontrent tous à la même porte - ce qui est, si vous y pensez, évidemment absurde.
La Vérité n'a pas de sentier, et c'est cela sa beauté, elle est vivante. Une chose morte peut avoir un sentier menant à elle, car elle est statique. Mais lorsque vous voyez que la vérité est vivante, mouvante, qu'elle n'a pas de lieu où se reposer, qu'aucun temple, aucune mosquée ou église, qu'aucune religion, qu'aucun maître ou philosophe, bref que rien ne peut vous y conduire - alors vous verrez aussi que cette chose vivante est ce que vous êtes en toute réalité : elle est votre colère, votre brutalité, votre violence, votre désespoir. Elle est l'agonie et la douleur que vous vivez.
La vérité est en la compréhension de tout cela, vous ne pouvez le comprendre qu'en sachant le voir dans votre vie. Il est impossible de le voir à travers une idéologie, à travers un écran de mots, à travers l'espoir et la peur.
Nous voyons donc que nous ne pouvons dépendre de personne. Il n'existe pas de guide, pas d'instructeur, pas d'autorité. Il n'y a que nous et nos rapports avec les autres et avec le monde. Il n'y a pas autre chose. Lorsque l'on s'en rend compte, on peut tomber dans un désespoir qui engendre du cynisme et de l'amertume, ou, nous trouvant en présence du fait que nous et nul autre sommes responsables de ce monde et de nous-mêmes, responsables de nos pensées, de nos sentiments, et de nos actes, nous cessons de nous prendre en pitié. En général, nous prospérons en blâmant les autres, ce qui est une façon de se prendre en pitié.
Pouvons-nous parvenir aux racines mêmes de la violence et nous en libérer ?
La peur, le plaisir, la douleur, la pensée et la violence sont intimement reliés. La plupart d'entre nous prennent du plaisir à être violents, à détester des individus, à haïr des groupes ou des races, à éprouver un sentiment quelconque d'inimitié. Mais lorsque naît en nous un état d'esprit où toute violence a pris fin, une joie l'accompagne, très différente du plaisir que donnent la violence et ses manifestations telles que les conflits, les haines, les terreurs.
Pouvons-nous parvenir aux racines mêmes de la violence et nous en libérer ? A défaut de cela, nous vivrons indéfiniment en état de guerre les uns contre les autres. Si c'est ainsi que vous voulez vivre - et c'est ce qu'apparemment veulent la plupart des personnes - continuez à dire que, encore que vous le déploriez, la violence ne pourra jamais cesser. Mais dans ce cas, nous n'aurons, entre nous, aucun moyen de communication, car vous vous serez bloqués. Si, au contraire, vous pensez qu'il serait possible de vivre autrement, alors nous pourrons communiquer les uns avec les autres.
Examinons donc, entre ceux qui s'entendent, la question de savoir si l'on peut mettre fin, en soi-même, à toute forme de violence tout en vivant dans ce monde monstrueusement brutal. Je crois que c'est possible. Je ne veux avoir en moi aucun élément de haine, de jalousie, d'angoisse ou de peur. Je veux vivre totalement en paix, ce qui ne revient pas à dire que je souhaite mourir : je veux vivre sur cette merveilleuse terre, si belle, si pleine, si riche ; je veux voir les arbres, les fleurs, les cours d'eau, les vallées, les femmes, les garçons et les filles, et en même temps vivre tout à fait en paix avec moi-même et avec le monde. Que puis-je faire pour cela ?
Si nous pouvons observer la violence, non seulement dans la société - avec ses guerres, ses émeutes, ses conflits nationaux, ses antagonismes de classes - mais aussi en nous, alors, peut-être, pourrons-nous aller au-delà.
Ce problème est très complexe. Pendant des siècles et des siècles l'homme a été violent ; des religions, dans le monde entier, ont essayé de le rendre plus amène, et n'y sont pas parvenues. Si donc, nous avons l'intention de pénétrer dans cette question, nous devons, il me semble, être pour le moins très sérieux, car elle nous conduira dans un tout autre domaine, tandis que si nous ne l'abordons qu'en tant que divertissement intellectuel, nous n'irons pas très loin.
Peut-être croyez-vous être très sérieux, lorsque vous vous dites que tant que le reste du monde ne s'orientera pas résolument vers la solution du problème de la violence, vous n'y pourrez rien. En ce qui me concerne, peu m'importe l'attitude des autres. J'envisage cette question avec le plus profond intérêt. Je ne suis pas le gardien de mon frère. En tant qu'être humain, je ressens très profondément la nécessité de mettre fin à la violence et je veillerai à y mettre fin en moi-même. Mais je ne peux vous dire, ni à vous ni à quiconque, de ne pas être violents. Cela n'aurait aucun sens, sauf si vous en aviez le désir. Si donc vous avez réellement la volonté de découvrir ce qu'est la violence, poursuivons ensemble un voyage d'exploration dans ce domaine.
Ce problème est-il ailleurs ou ici ? Cherchez-vous à le résoudre dans le monde extérieur ou à examiner la violence elle-même, telle qu'elle existe en vous ? Si vous êtes libres de toute violence en vous-mêmes la question qui se pose est : « Comment puis-je vivre dans un monde rempli de violence, d'ambition, d'avidité, d'envie, de brutalité ? Ne serais-je pas détruit ? » Telle est la question inévitable que l'on se pose intérieurement.
Il me semble que lorsqu'on soulève cette question, c'est qu'on ne vit pas en paix, car dans le cas contraire, il n’y aurait aucun problème. On peut se faire emprisonner parce qu'on refuse d'être mobilisé, ou fusiller parce qu'on refuse de se battre. Eh bien, on est fusillé : cela n'est pas un problème. Il est extrêmement important de le comprendre. J'essaie ici de voir la violence en tant que fait, non en tant qu'idée : en tant qu'elle existe dans l'être humain, et en tant que cet être est moi-même.
A cet effet, il me faut être « complètement » vulnérable : je dois m'ouvrir à cette exploration, m'exposer à ma propre présence (pas nécessairement à la vôtre, car cela pourrait ne pas vous intéresser) ; je dois être dans un état d'esprit qui me pousserait jusqu'à l'extrême limite de ma recherche, sans m'arrêter à aucune étape en la jugeant suffisante.
Il doit m'apparaître avec évidence, maintenant, que je suis un être humain violent. J'ai reconnu la violence dans mes colères, dans mes exigences sexuelles, dans mes haines, dans les inimitiés que j'ai suscitées, dans ma jalousie ; j'en ai fait l'expérience vécue ; je l'ai connue ; et je me dis que je veux la comprendre tout entière, ne pas m'arrêter à une quelconque de ses manifestations (telle que la guerre) mais dégager le sens de l'agressivité dans l'homme, qui existe aussi chez les animaux, et dont je suis partie intégrante.
La violence ne consiste pas uniquement à nous entretuer.
Nous sommes violents dans nos altercations, nous le sommes lorsque nous écartons quelqu'un de notre chemin, nous le sommes lorsque la crainte nous incite à obéir. La violence n'est pas seulement ces boucheries humaines organisées au nom de Dieu, d'une société, d'un pays. Elle existe aussi dans des sphères plus subtiles, plus secrètes et c'est là, dans ses grandes profondeurs, qu'il nous faut la chercher.
Lorsque vous vous dites indien, musulman, chrétien, Européen, ou autre chose, vous êtes violents. Savez-vous pourquoi ? C'est parce que vous vous séparez du reste de l'humanité, et cette séparation due à vos croyances, à votre nationalité, à vos traditions, engendre la violence. Celui qui cherche à comprendre la violence n'appartient à aucun pays, à aucune religion, à aucun parti politique, à aucun système particulier. Ce qui lui importe c'est la compréhension totale de l'humanité.
Deux façons de penser existent au sujet de la violence. Selon une école, elle est innée dans l'homme ; selon l'autre, elle est le résultat de son héritage social et culturel. Aucune de ces deux façons de voir ne nous intéresse : elles n'ont aucune importance ; l'important est le fait que nous sommes violents, non de raisonner à ce sujet.
Une des manifestations les plus habituelles de la violence est la colère. Si ma femme ou ma sœur sont attaquées, je me dis que ma colère est juste. J'éprouve également cette juste colère lorsque mon pays, mes idées, mes principes, mon mode de vie sont attaqués. Je l'éprouve encore lorsque mes habitudes, mes petites opinions sont menacées. S'il arrive qu'on me marche sur les pieds ou qu'on m'insulte, je me mets en colère, ou encore si quelqu'un m'enlève ma femme et que je suis jaloux : cette jalousie passera pour être bienséante et juste, parce que cette femme est ma propriété. Tous ces aspects de la colère sont justifiés moralement, ainsi que tuer pour mon pays.
Donc lorsque nous parlons de la colère, qui est une forme de violence, distinguons-nous, selon notre inclination et les influences du milieu, celle qui est juste de celle qui ne l'est pas, ou considérons-nous la colère en tant que telle ? Une colère juste ? Cela peut-il exister ? Ou la colère a-t-elle une qualité intrinsèque, tout comme l'influence qu'exerce la société, que je qualifie de bonne ou mauvaise, selon qu'elle me convient ou non ? Dès que vous protégez votre famille, votre pays, un bout de chiffon coloré que vous appelez un drapeau, ou une croyance, une idée, un dogme, ou l'objet de vos désirs, ou ce que vous possédez, cette protection même est un indice de colère.
Pouvez-vous examiner cette colère sans l'expliquer ou la justifier, sans vous dire qu'il vous faut protéger votre bien, ou que vous avez le droit d'être en colère, ou qu'il est absurde de l'être ? Pouvez-vous la regarder comme une chose en soi ? La regarder complètement, objectivement, c'est-à-dire sans l'absoudre ni la condamner ? Le pouvez-vous ?
Puis-je vous voir objectivement si je suis votre adversaire ou si je pense que vous êtes un être merveilleux ? Je ne peux vous voir tel que vous êtes que si je vous regarde avec une attention que n'altèrent pas de tels rapports. Mais puis-je regarder la colère de la même façon ? Être vulnérable à ce phénomène extraordinaire ? Ne pas lui résister ? L’observer sans la moindre réaction ? C'est très difficile de l'observer sans passion, parce que la colère fait partie de mon être. Et pourtant, c'est ce que j'essaie de faire.
Me voici, être humain violent, blanc, noir, brun ou rouge, et il ne m'intéresse pas de savoir si j'ai hérité cette violence ou si la société l'a engendrée en moi : ce qu'il m'importe de savoir, c'est si je peux m'en libérer. Cette question pour moi prime tout le reste, nourriture, besoin sexuel, situation sociale, car elle me corrompt, me détruit et détruit notre monde. Je veux la comprendre, la transcender. Je me sens responsable de toute la colère et de toute la violence du monde. Je m'en sens réellement responsable ; ce ne sont pas que des mots : je me dis : « Je ne peux agir dans ce sens que si je suis au-delà de la colère, au-delà de la violence, au-delà des particularismes nationaux.»
Ce sentiment de devoir comprendre la violence en moi engendre une immense vitalité, une passion de savoir. Mais pour aller au-delà de la violence, je ne dois ni la refouler, ni la nier, ni me dire : « Elle fait partie de moi, je n'y peux rien » ou : « Je veux la rejeter. » Je dois la regarder, l'étudier, entrer dans son intimité et à cet effet je ne dois ni la condamner ni la justifier. C'est, pourtant, ce que nous faisons. Je vous demande donc de suspendre, pour l'instant, vos jugements à son sujet.
Comment mettre fin à la violence et aux guerres ?
Si vous voulez mettre fin à la violence et aux guerres, demandez-vous combien de vous-mêmes, combien de votre vitalité vous y mettez. N'êtes-vous pas profondément affectés de voir que vos enfants sont tués, que vos fils sont enrégimentés, assujettis, assassinés ? Cela vous est-il indifférent ? Grand Dieu, si cela ne vous émeut pas, qu'est-ce qui vous intéresse ? Conserver votre argent ? Vous divertir ? Vous droguer ? Ne voyez-vous pas que votre propre violence est en train de détruire vos enfants ? Ou n'est-ce là qu'une abstraction pour vous ?
Fort bien. Si la question vous intéresse, adonnez-vous à elle de tout votre cœur et de tout votre esprit. Ne demeurez pas assis en me demandant de vous en parler. J'attire votre attention sur le fait qu'il est impossible de réellement voir la colère et la violence si on les condamne ou les justifie, et que si elles ne représentent pas un problème brûlant, on ne peut pas s'en libérer. Commencez donc par apprendre. Apprenez à regarder la colère, à voir votre mari, votre femme, vos enfants ; à écouter les hommes politiques. Apprenez à voir pourquoi vous n'êtes pas objectifs, pourquoi vous condamnez ou justifiez : si vous condamnez ou justifiez, c'est parce que cela fait partie de la structure de la société où vous vivez.
Vous êtes conditionnés en tant qu'Allemands, Indiens, Nègres, Américains, au hasard de votre naissance, et votre condition a alourdi vos esprits. Pour découvrir une vérité fondamentale on doit pouvoir explorer ses profondeurs. On n'y parvient pas si l'outil dont on dispose est émoussé. Ce que nous faisons en ce moment c'est aiguiser cet outil, qui est cet esprit devenu obtus à force de condamner et de justifier. On ne peut explorer des profondeurs qu'avec un esprit pénétrant comme une aiguille, dur comme le diamant.
Il est inutile de s'asseoir dans un fauteuil et de se demander : « Comment puis-je avoir un esprit fait de la sorte ? » Il faut le sentir comme on a faim, et il faut se rendre compte que ce qui abêtit l'esprit est son sentiment d'invulnérabilité, qui l'a enfermé dans des murs. Ce sentiment est présent chaque fois que l'on condamne ou que l'on justifie. Si l'on peut s'en débarrasser, on peut regarder, étudier, pénétrer un problème et peut-être parvenir à un état où l'on en est totalement conscient.
Revenons au cœur de la question « pouvons-nous déraciner la violence en nous-mêmes ? » Si je vous disais : « Pourquoi n'avez-vous pas changé ? » ce serait une forme de violence. Ce n'est pas du tout cela que je vous dis. Je n'ai en aucune façon le désir de vous convaincre de quoi que ce soit. C'est votre vie, non la mienne, et chacun la vit comme il l'entend. Je demande simplement s'il est possible à un être humain, psychologiquement intégré à une société quelle qu'elle soit, de se débarrasser de sa propre violence. Si un tel processus est possible, il ne peut manquer de susciter une nouvelle façon de vivre.
La plupart d'entre nous ont accepté que la violence soit à la base de leur mode de vie. Deux guerres horribles ne nous ont appris qu'à dresser des barrières de plus en plus nombreuses entre les hommes - c'est-à-dire entre vous et moi. Mais ceux qui veulent s'affranchir de la violence, comment doivent-ils s'y prendre ? Je ne pense pas qu'ils puissent y parvenir en s'analysant ou en se faisant analyser par un spécialiste. Ils pourraient, par ce moyen, se modifier quelque peu, vivre un peu plus paisiblement, dans un meilleur climat affectif, mais ils ne pourraient acquérir la perception totale qu'ils recherchent.
Toutefois, il nous faut savoir nous analyser, car ce processus aiguise considérablement l'esprit et lui confère une qualité d'attention, de pénétration, de sérieux, qui lui permettra de parvenir à une perception totale. Nous n'avons pas la faculté innée de percevoir un ensemble d'un seul coup d'œil. Cette clarté de vision n'est possible que lorsqu'on a appris à bien voir les détails, après quoi, on peut « sauter ».
Tout problème vu dans la clarté est résolu.
Il arrive que pour essayer de n'être plus violents, nous nous appuyons sur un concept, un idéal appelé la « non-violence », pensant qu'en faisant appel à l'opposé de la violence, nous pourrions abolir le fait lui-même. Mais nous n'y parviendrons pas. Nous avons des idéaux en grand nombre ; tous les livres sacrés en sont pleins ; et pourtant nous sommes encore violents. Pourquoi donc ne pas affronter la violence elle-même et oublier le mot qui la désigne ?
Si l'on veut comprendre l'actuel, on doit y consacrer toute son attention, toute son énergie, lesquelles font défaut lorsqu'on pense à un monde idéal fictif. Mais pouvons-nous bannir tout idéal de notre pensée ? Une personne sérieuse, qui a un intense désir de découvrir la vérité, de savoir ce qu'est l'amour dans le vrai sens de ce mot, ne doit avoir dans l'esprit aucun concept d'aucune sorte. Elle doit vivre dans ce qui « est» dans l'actuel.
Pour voir en fait ce qu'est la colère, on ne doit passer aucun jugement à son sujet, car aussitôt que l'on pense à son opposé on la condamne, ce qui empêche de la voir. Lorsque vous déclarez détester ou haïr quelqu'un, cela peut paraître brutal, mais le fait est là, et si vous l'examinez à fond, complètement, il disparaît, tandis que si vous vous dites : « Je ne dois pas haïr ; je dois avoir de l'amour en mon cœur », vous vivez dans un monde hypothétique, avec une double série de valeurs. Vivre dans le présent, complètement, totalement, c'est vivre avec ce qui « est », avec l'actuel, sans le condamner ni le justifier. Tout problème vu dans cette clarté est résolu.
Pouvez-vous voir ainsi le visage de la violence, non seulement dans le monde extérieur, mais aussi le visage réel qu'elle assume en vous, ce qui veut dire vous en libérer parce que vous n'avez admis aucune des idéologies qui la combattent ? Cela nécessite une méditation profonde, non un acquiescement verbal ou une dénégation.
Vous avez maintenant lu toute une série d'assertions, mais les avez-vous comprises ? Vos esprits conditionnés, vos façons de vivre, toute la structure de la société vous empêchent de voir un fait tel qu'il est et de vous en affranchir séance tenante. Vous dites « J'y penserai ; je verrai s'il m'est possible ou non de m'affranchir de la violence ; j'essaierai. » Cette déclaration « j'essaierai » est une des pires que l'on puisse faire. Essayer, faire de son mieux, cela n'existe pas. On fait la chose ou on ne la fait pas. Vous voulez du temps pour prendre une résolution lorsque la maison brûle. Elle brûle à cause de la violence dans le monde, et vous dites : « Donnez-moi le temps de trouver l'idéologie la plus propre à éteindre l'incendie. » Lorsque la maison brûle, discutez-vous sur la couleur des cheveux de celui qui apporte de l'eau ?
[1] On utilise tradition primordiale au lieu de religion pour éviter la confusion avec les religions actuelles établies.