17 novembre 2018
Bonne fête Elisabeth

Site mis à jour le
27 juin 2018

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BÊTES ANTHROPOPHAGES

Créée en 2011, mise à jour le 18 juin 2018

 

 

  1. Bête de Cinglais (1632) : 30, Une trentaine de victimes en un an
  2. Bête de Benais (1693) : 100, Une centaine de victimes ou +
  3. Bête de l’Auxerrois (1731) : 28 victimes répertoriées, au total 9 enfants, 9 femmes et 10 hommes
  4. Bête de Primarette (1747) : 7 victimes recensées dans les Registres paroissiaux (Primarette en Isère).
  5. Bête du Lyonnais (1754) : 34 victimes
  6. Bête du Gévaudan (1764) : 124 victimes
  7. Bête de Sarlat (1766) : 15 victimes
  8. Bête de Veyreau (1799) : Sévit non loin du Gévaudan, dans le « Causse Noir », Aveyron. Des dizaines de victimes, à tel point que les habitants de la région pensèrent que la bête du Gévaudan était venue jusque chez eux.
  9. Bête de Boussay (1804) : 5 victimes, nombreux dégâts dans les troupeaux
  10. Bête de Chaingy (1814) : 2 victimes et 8 blessés
  11. Bête des Cévennes (1809) : 29 victimes, dont dix-neuf enfants,
  12. Bête de la Gargaille (1819) : Très confus, des blessés...
  13. Bête du Cézallier (1946) : Attaques de troupeaux domestiques du massif du Cézallier, du Sancy-Chastreix et de la Haute-Loire. En quatre ans, le cheptel bovin et ovin de cette région d'Auvergne est décimé.
  14. Monstre du Valais (1946) : Nombreux troupeaux attaqués dans le canton du Valais, en Suisse.
  15. Bête des Vosges (1975) : Une centaine de moutons, quelques vaches, un taureau, et un poulain, sont retrouvés égorgés entre Châtel-sur-Moselle, Rambervillers et La Bresse. 1994 : une louve est accusée d'être la « Bête des Vosges ». Elle sévit quelques mois, attaquant des troupeaux, avant qu'on ne découvre son cadavre le 19 mai 1995. En 2011, soit 17 ans plus tard, une nouvelle " Bête " s'attaquerait à des troupeaux de moutons dans les Vosges : 40 moutons sont retrouvés morts en moins d'un mois dans le village de Ventron.
  16. Bête de Noth (1982) : 10 novembre 1982, la bête tue un taurillon et une génisse de 400 kg chacun au lieu-dit Maison-neuve; le 19 novembre, deux brebis à Auzillac; une brebis à Maupas le 3 décembre; une génisse à Grand-bourg le 9. Les cadavres sont horriblement déchiquetés
  17. Bête du Val Ferret : série d'attaques sur des troupeaux entre 1994 et 1996, en Valais en Suisse.

Bêste de Benais

Les victimes d'après le curé de Continvoir

Source : Arch. dép. Maine-et-Loire, état civil de Continvoir.

« Un animal féroce, après avoir dévoré un grand nombre de bestiaux s'est mis à attaquer leurs gardiens. Depuis le 24 février 1693 jusqu'au 4 juin de l'année suivante il tua 8 enfants, un jeune homme de 18 ans et 3 filles de 20 à 22 ans [...]. D'autres personnes appartenant aux paroisses voisines périrent également victimes de cet animal qui avait pour repaire les bois de Montligeon et du Vau. »

Des loups paralysant le gardiennage des troupeaux.

Les campagnes du nord-ouest de la Touraine en 1693

Source : Correspondance des contrôleurs généraux des finances avec les intendants de province, éd. Arthur Michel de Boislisle, t. I, Paris, 1874, n° 1 202, p. 327.

« Nous voyons les efforts qu'on fait dans ces provinces du côté de Luynes et dans les bois qui s'étendent par différentes contrées, derrière les coteaux de la rivière de Loire jusqu'en Anjou pour se garantir de la fureur des loups qui, depuis trois mois, ont étranglé plus de 70 personnes et en ont blessé considérablement au moins autant [...]. Passant à côté des troupeaux et des vaches sans s'arrêter, ils viennent attaquer ceux qui les gardent.

Le mal en est venu en un point qu'en ces pays on n'ose plus aller garder les bestiaux à la pâture. Les habitants des paroisses voisines se sont assemblés et en ont tué trois, qui ne font que le moindre nombre, plusieurs personnes ayant été encore attaquées de nouveau. Sans un secours extraordinaire, les peuples demeureront exposés à la rage d'animaux qu'ils ne peuvent détruire par des chasses particulières, à cause du peu d'habileté de ces paysans, qui tirent et ne tuent point. »

Les bêtes et leurs victimes

Source : Arch. dép. Maine-et-Loire, E sup. IV, état civil de Varennes-sur-Loire

« Dans la présente année [1693] a paru des bêtes dans les paroisses de Restigné, Benais, La Chapelle-Blanche, Bourgueuil, et aux environs, qui ont mangé plus de 200 personnes ; elles étaient presque de la façon des loups, sinon qu'elles avoient la gueule plus grande ; elles ne faisaient rien aux bêtes tant domestiques que sauvages ; lorsqu'elles voyaient des personnes, elles les flattaient à la manière d'un chien, puis lui sautaient à la gorge. On croyait que c'était des loups-cerviers ; on n'en était pas sûr ; on en a tué deux ».

 

Beaucoup d'habitants du Bourgueillois voyaient la bête comme une créature diabolique.

La Bête de Benais au XVIIe Siècle, un "loup" terrorise la population.


- 19 février 1693 : Un enfant de neuf ans, Pierre Boireau, est retrouvé en partie dévoré à Saint-Patrice.

- Cinq jours plus tard :  Les restes d'Antoinette Doriant, une fillette âgée de sept ans, sont retrouvés dans les landes de Continvoir par sa propre mère.

- Mars 1693 : 2 cadavres d'adultes sont retrouvés à Benais.

- 13 avril 1693 : Une jeune fille de dix-sept ans est tuée aux Essards, près de la Rapinerie.

- 15 avril 1693 : Une femme de Restigné est attaquée et dévorée.

- 26 avril 1693 : Une bergère de Saint-Patrice est dévorée.

- 1er Mai : Une victime dévorée à Restigné.

- 14 mai : Une victime dévorée à Saint Patrice.

- 15 mai : Une victime "étranglée", mentionné par le Curé, à Continvoir.

- 28 mai : Une victime dévorée à Benais

- Juin : Huit victimes dévorées à Continvoir, Benais, Courléon, à Bourgueil dont une femme et son enfant à La Couderaie.

Des battues sont enfin organisées par l’intendant de la Touraine, Monsieur de Miromesnil qui écrit dans son rapport :

"  Les loups ont tué autour de Benais plus de soixante-dix personnes et en ont blessé autant ". Donc en moins de 6 mois... 

En réalité, en juin 1693, le nombre de victimes est plus élévé que celui comptabilisé dans les Registres Paroissiaux comme le prouve ce courrier de l'Intendant de Touraine :

- 25 juin 1693 : " Nous voyons les efforts qu'on fait dans ces provinces de Luynes et dans les bois qui s'étendent par différentes contrées derrière les costeaux de la rivière de Loire jusqu'en Anjou pour se garantir de la fureur des loups qui depuis trois mois ont étranglé plus de 70  personnes et en ont bléssé considérablement autant."

La bête sévit encore malgré les recherches et ses ardeurs meurtrières semblent décuplées :

- 28 juin 1693 : Une bergère de 22 ans égorgée à Continvoir.

- 05 juillet 1693 : Une bergère de 22 ans tuée à Conrinvoir.

- 10 juillet 1693 : Une fillette d'Ingrandes et son père qui tentait de la protéger sont assaillis et dévorés.

- 17 juillet ; Une autre victime à Continvoir.

- 24 juillet : Une victime à Benais

- 29 juillet 1693 : Une victime dévorée aux Essards.

- 24 août 1693 : Une femme de 64 ans est dévorée.

- 27 août : Une autre à Saint-Patrice.

- 28 août : Une victime à Bourgueil

- 31 août 1693 : Une fillette est dévorée à Benais.

- Septembre 1693 : Une victime agressée et tuée à la Chapelle-sur-Loire;

- Fin octobre : Une personne dévorée à Saint-Patrice.

- 18 novembre 1693 : Une victime dévorée à Langeais

- 19 novembre 1693 : Une victime à Bourgueil.

- 22 novembre 1693 : Une victime à Continvoir.

- 23 novembre 1693 : Une victime à Bourgueil.

- 25 novembre 1693 : Une autre à Restigné.

- 26 novembre 1693 : Une victime à Benais.

- 27 novembre 1693 : Une personne dévorée à Bourgueil, encore...

- 29 novembre 1693 : Deux enfants dévorés à Mazières.

- 29 novembre 1693 : Un enfant dévoré à Langeais.

- 30 novembre 1693 : Un enfant dévoré à Langeais.

- 1er décembre 1693 : Un enfant dévoré à Langeais.

- 02 décembre 1693 : Une jeune personne dévorée à Mazières.

- 03 décembre 1693 : Une victime à Mazières.

- 13 décembre 1693 : Un enfant à Langeais.

- 14 décembre 1693 : Un enfant à Langeais et une victime à Mazières.

- 15 décembre 1693 : Un enfant à Langeais et un autre à Mazières.

- 19 décembre 1693 : Une fillette de 9 ans étranglée aux Essards.

- 20 décembre 1693 : Une jeune femme de 20 ans à Saint-Patrice, dévorée.

Les battues se multiplient sans succès réel. Deux loups payent pour " La bête " mais celle-ci continue sa basse besogne sanguinaire.

Notes des Registres Paroissiaux par le  curé de Varennes-sous-Montsoreau : 

" Dans la présente année a paru des bestes dans les paroisses de Restigny, Benaist, la Chapelle-Blanche et aux environs qui ont mangé plus de deux cent personnes ".

- 07 janvier 1694 : Un garçon de 18 ans dévoré à La Farinière, aux Essards.

- 13 janvier 1694 : Une victime dévorée à Saint-Michel sur Loire.

- 08 février 1694 : Une autre victime dans la même paroisse de Saint-Michel sur Loire.

- Fin février 1694 : Un enfant dévoré à Langeais.

- 1er mars 1694 : Un enfant dévoré dans la forêt de Benais à Saint-Symphorien-les Ponceaux.

- 1er mars 1694 : Une victime à Continvoir.

- 02 mars 1694 : Un enfant tué dans la forêt de Benais, à Saint-Symphorien-les Ponceaux.

- 02 mars 1694 : Un garçon de six ans dévoré à Benais

-  05 mars 1694 : Un enfant dévoré à Continvoir.

- 07 mars 1694 : Un autre encore à Continvoir.

- 08 mars 1694 : Une jeune fille tuée à Langeais.

- Mai 1694 : 7 victimes dévorées aux Essards, à Continvoir, à Saint-Symphorien, à Benais.

- Juin 1694 : 4 victimes s'ajoutent à cette longue et macabre liste.

- 28 juin 1694 : Une personne dévorée à Benais.

- 29 juin 1694 : Une victime de plus toujours à Benais.

- Juillet 1694 : 5 victimes à l'Est de la forêt de Benais, aux Essards, à Saint-Symphorien, Mazières et Langeais.

- 02 août 1694 : Une victime dévorée à Saint-Symphorien.

- 08 août 1694 : Sans doute l'ultime victime dévorée de la "Beste" à Saint-Symphorien...

Forêt de Benais (en rouge)

BenaisRestigné 3.9 kmBourgueil 6.4 km
Côteaux-sur-Loire 7.1 kmLa Chapelle-sur-Loire 7.6 kmContinvoir 8.1 km
Rigny-Ussé 8.8 kmGizeux 8.9 kmBréhémont 9.1 km
Huismes 9.5 kmSaint-Nicolas-de-Bourgueil 9.5 kmAvrillé-les-Ponceaux 9.5 km
Courléon 10.4 kmRivarennes 10.4 kmLa Breille-les-Pins 11.6 km
Chouzé-sur-Loire 11.7 kmSaint-Benoît-la-Forêt 12.4 kmBrain-sur-Allonnes 12.7 km

La dernière victime fut donc signalée le 08 août, puis le calme revînt, bizarrement la "Beste est repue" !

Il  semble donc qu'un seul prédateur, malgré le nombre incroyable de victimes dévorées, ait sévi dans cette région car :

  • Il est peu probable que plusieurs bêtes eussent cessé leur prédation le même jour et à l'unisson.
  • Si une meute était la cause de ces massacres, des traces auraient subsisté sur les lieux de massacre et des témoignages l'aurait signalée...
  • Si des battues ont eu raison de la "Beste" cela prouve qu'il n'existait pas de meute...
  • Si une meute avait été décimé par les chasseurs, le fait aurait été signalé dans les registres...
  • Le "Monstre" a pu fuir les nombreuses battues (?), cela dénoterait une intelligence certaine.
  • N'oublions pas que pendant l'été 1695, le 17 juillet exactement, la tête d'un enfant de 7 ans fut retrouvée et enterrée par le curé de Fondettes, aux environs de Tours. De nombreux enfants furent dévorés dans cette paroisse et celle de Saint-Cyr, les jours suivants. 
  • Ce massacre aux alentours de la capitale tourangelle fut de courte durée...
  • Les registres paroissiaux de Fondettes et de Saint-Cyr ont signalé plusieurs enfants dévorés. « La mauvaise bête continue à faire un ravage épouvantable », notait le curé de Fondettes.
  • Une question me taraude : Pourquoi ne trouve-t-on pas une description de "la Beste " parmi les rescapés et les témoins des agressions ? Quel intérêt (surtout l'église) aurait-on de cacher la vérité relative à "l'identité" du ou des meurtrier(s) sanguinaire(s) si prolifique(s) ?
  • Un loup ou un lynx sont parfaitement descriptibles, même par un jeune enfant. Aucun témoin n'en fait pourtant le portrait, chacun décrivant un "animal inconnu" (???). Ses témoignages auraient-ils été falsifiés ou détruits ?

Une fois de plus, le "bouc émissaire" fut un couple de loups signalé comme particulièrement agressif, qui au total s'attaqua à une centaine de personnes, de petits pâtres isolés et surtout des femmes âgées et sans défense.

- 09 juin 1751 : Un jeune berger est attaqué et dévoré à Nouzilly, au Nord de Tours. Personne n'a vu le meurtrier et pourtant des loups sont accusés; ils ont, décidément, les épaules très, très, larges.

  • Le corps atrocement mutilé du jeune garçon est comparable, pourtant, aux massacres de la Bête du Gévaudan qui sévira peu après.

Description du cadavre, établie par le curé en charge d'inhumer le corps :


" L'enfant de la Charité qui demeuroit chés votre métayer des Fosses Rouges y gardant les 6 bestiaux, fut dévoré et mis en pièce à huit heures du matin par les loups carnassiers et je l'enterrai à midy un quart. On apporta à l'église les tristes restes de son cadavre enveloppés dans Ie tablier d'une femme et couvert de ses habits plein de sang. La Beste lui avoit coupé la Trache artère et une partie de la joue droite, lui avoit mangé une cuisse séparée du corps jusqu'au genouil ; en sorte que l'os de cette cuisse tout rongé par la partie supérieure étoit dégarnie de chair comme s'il l’avait raclé exprès par un couteau. La Bête pour dévorer les intestins lui avoit mangé tout le ventre et rongé les côtes. De tous ses viscères il ne restoit qu’environ un pied de boiau et une médiocre partie de la rate

* Cet animal redoutable ressemblait en tous points, y compris comportementale à la « Bête du Gévaudan ». Pour s’en convaincre, il suffit de prendre connaissance de la relation qu’en faisait, alors le curé de Varennes : " Ces bestes estoient presque de la façon d’un loup, sinon qu’elles avoient la gueules plus grande. Lorsqu’elles voyoient des personnes, elles le flatoient à la manière d’un chien, puis lui sautoient à la gorge…"

Cette "beste" n'a donc rien à envier à celle du Gévaudan concernant la férocité et le nombre de victimes, notemment si l'on considère que les curés des paroisses de Gizeux et d'Avrillé n'ont pas tenu les registres à jour, que ceux de Cléré ont disparu, que le prêtre de Saint-Symphorien-les-Monceaux n'a laissé aucune donnée en 1693 jusqu'à son remplacement en février 1694 où son successeur à comptabilisé 10 victimes. D'après les registres paroissiaux, le nombre de victimes est de 95, mais il est sans doute bien en-dessous de la réalité. Les victimes gravement mutilées et décédées des suites de ses blessures sont équivalentes à celles ayany été dévorées, ce qui donne un total de plus de 200 victimes.

Le curé de Varennes précisa qu'en 1701 : " Il y en avoit paru dans les mêmes endroits de semblables il y a 7 ou 8 ans qui mangèrent plus de deux cent cinquante personnes ". Enfants et adolescents pâtres et bergères furent pour moitié les principales victimes de la "Beste", toutes et tous âgés de moins de vingt ans. Les autres victimes étaient des femmes, servantes et gardiennes de troupeaux. Un seul homme adulte figure parmi les victimes, celui qui tenta de protéger son enfant. Tout comme pour la bête du Gévaudan, les victimes étaient donc ciblées... La Beste n'attaque pas les troupeaux mais seulement ceux qui les garde... Les victimes étaient " à demi devorées ", à Conrinvoir, Anne Simon eût son corps aux deux-tiers dévoré, pourtant le 27 décembre 1693 la fille (adulte) de Jean Grenier eût "son corps tout mangé " !

En 1751 les alentours de Lusignan et de Benassais en Poitou furent terrorrisés par un loup et une louve d'une taille exceptionnelle pendant quatre longs mois.

En 1801, deux grands loups firent des victimes dans la Nièvre.

Sous Louis XIV, une "bête" a sévi en Touraine et d'autres régions de France connurent de tels tourments. Est-ce suffisant pour accabler les loups de tous ces ravages ? Pour ma part, je reste sceptique, soutenant que les traces de témoignages des survivants n'ont pu disparaître comme par magie des registres paroissiaux et qu'il est bizarre que des survivants ne puissent décrire un LOUP, animal commun dans nos forêts à ces époques et dont la proximité était courante.

La disparition des témoignages descriptifs est trop étrange pour ne pas avoir une raison politique, il n'y a pas de fumée sans feu et certains avaient sans doute beaucoup à gagner en distillant des rumeurs et en faisant disparaître des preuves, mais pourquoi ? L'Église torturait les esprits en diabolisant l'apparence du prédateur et la noblesse la banalisait en accusant les loups. Les "gueux" étaient trop stupides pour reconnaître un simple loup? Allons, un peu de jugeote. Et dire que cela n'a pas changé....

aiguail

 

Bête de Primarette

Une série d'attaques sur des humains est mentionnée au printemps 1747, alentour de Primarette. La première se produit au printemps 1747 puis 6 victimes seront agressées et dévorées jusqu'à la fin de l'hiver 1752. Les sept victimes ont été recensées dans les registres paroissiaux mais peu de détails permettent d'identifier quelle sorte de prédateur est à l'origine de ces massacres.

Ce fichier est sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported.

En clair :

1747 : Le curé de Primarette rédige les circonstances de l'enlèvement et de la mort d'un enfant de sa paroisse :

" L'an 1747 et le 23e mai, mardi de pentecôte, pendant l'office de vêpres, un loup carnassier prit l'enfant de François Malarin à la porte la maison, en présence de sa mère, qui ne put jamais le lui arracher des dents. Plusieurs personnes revenant de vêpres ayant entendu le récit de ce malheur coururent dans les bois, sur les traces de sang que répandit led[it] enfant, dont ils trouvèrent quelques membres dispersés, comme la tête, les bras, une cuisse et un pied, qui furent ensevelis en présence de Michel et Gabriel Perrochat, père et fils, Antoine Jeury, Jean Bassat, Claude Berthier et plusieurs autres personnes qui avaient accouru à ce triste spectacle. Led[it] enfant* âgé de sept ans et un mois environ et fils légitime de François Malarin, dit l'espagnoux, et Fleurice Petit. Ainsi et en foi de quoi j'ai signé, non les susd[its] témoins pour ne savoir écrire. Favre Curé. x nommé Michel Malarin [act sup ?] "

  • Un loup dévore sa proie sur place
  • Un loup ne mutile pas ses prises
  • Ici, on constate que des membres sont disséminés ( la tête, les bras, une cuisse, un pied) et je maintiens que ce n'est pas le fait d'un loup ou d'une meute.
  • Le loup craint l'homme et l'évite, même si en période de disette il peut s'en approcher pour espérer récupérer des restes.

Une fois de plus je reste convaincu que ce n'est pas l'oeuvre d'un loup, enragé ou pas, ni d'une meute ou d'un couple.

Écrit dans le registre de 1747 par le même curé :

En clair :

 " Il y a eu cette année grande quantité de glands, les loups carnassiers ont dévoré trois enfants dans Primarette, on croit plus probablement que c'était des loups-cerviers, et le vulgaire soutient que ce sont des loups-garoux, à qui les curés donnent permissions de faire semblables chasses pour fournir aux verreries, rien n'est capable de leur ôter cette sotte crédulité."

Ici, il est ausi question de "loups-cerviers" qui n'est autre qu'un lynx :

  • Ce félin n'attaque pas l'homme
  • La distance entre l’attaque et la mise à mort de sa proie est généralement de moins de vingt mètres.
  • De plus le territoire d'un lynx s'étend sur 27 km2. Les vieux mâles occupent un territoire plus vaste encore.
  • Dix jours sont nécessaires avant qu'un lynx ne repasse dans une portion donnée de son domaine de chasse, ou retrouve sa piste déjà utilisée, ce qui est fréquent chez ce prédateur...
  • Les lynx sont très peu vecteurs de la rage.
  • Le Lynx boréal était présent partout en Europe, sauf en Grande-Bretagne, au XVIème siècle jusqu'au XVIIIème où il se raréfie...

Quant au loup garou ... Hum !!! Ces croyances arrangeaient bien l'Église de l'époque qui prétendait que ces créatures étaient diaboliques ou parfois envoyés par dieu pour punir l'homme de ses péchers.

aiguail

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- 1564 : Dans un texte intitulé : " Cas estranges et merveilleux d’aucunes bestes cruelles veues en France, qui firent grands dommages et pertes irréparables des hommes et femmes qu’elles tuèrent ", Jean de Marconville narre les " incroyables dommages " commis par des " bêtes " échappées, en forêt d’Orléans :

" En Berry, Auxerrois et pays d’Orléans, audict an 1547, furent veues deux grandes bestes très cruelles, faisans maux inestimables es contrées susdictes par la boucherie qu’elles feirent d’une infinité d’hommes de femmes et d’enfants et autres animaux qu’elles rencontroyent, de sorte qu’on n’osoit sortir des maisons sans armes et sans aller en troupe. Finablement les communes s’assemblèrent en armes et feirent si grand debvoir qu’elles furent tuées après les incroyables dommages qu’elles avoent faicts. Il sembloit que ce fut une punition divine envoyée en ces quartiers là, comme récite Thévet, toutefois l’on dit que l’empereur des turcs, Soliman, par grande solidarité, avait envoyé au Roy de France François, premier de ce nom, quelque nombre de léopards, onces et autres bêtes, non seulement sauvages mais aussi cruelles, et qu’il en éschappa à ceux qui les amenaient au Roy une ou deux, dans la forest d’Orléans, qui firent les dommages dessusdics "

  • L’hypothèse selon laquelle ces massacres étaient dus à des " bêtes " cruelles, données à François 1er par le sultan turc Suleyman le magnifique, et qui s'étaient échappées des chaînes de leur gardien semblent possible à la condition qu'elles fussent encore sauvages et donc non dressées pour chasser.
  • Les guépards étaient largement utilisés pour la chasse, à cette époque en Orient tout comme les faucons.
  • Des fauves étaient aussi dressés pour la chasse en Occident, parmi la noblesse (Gesner).
  • Ces pratiques étaient répandues en Orient et même en Italie ou en France depuis Louis XII, selon E. Oustalet.
  • Les nombreuses attaques sur l’être humain décrites par de Marconville ne peuvent être le fait que d'un animal féroce et sanguinaire.
  • Des ménageries ambulantes présentaient de nombreux félins : lions, léopards, onces, et autres fauves tels les ours ou les hyenes, dont personne ne connaissait exactement l'appellation réelle.
  • Louis XII chassait avec des " léopards de chasse ", plus vraisemblablement des guépards.
  • François Ier possédait certainement des guépards et des lynx.

NOTA : Le terme " loup-cervier " était utilisé pour qualifier le loup " mangeur de cerfs " mais aussi un félin : le lynx.

Propos du géographe André Thévet datés de 1554 :" Les loups cerviers sont trop plus cruels et furieux que ceux dont nous avons maintenant parlé. Et de cette efpèce on en vid un, en France, n’y ha pas long tems, lequel fortant de la forest d’Orléans au païs de berry, lan mil cinq cens quarante huit, dévora plufieurs perfonnes : lequel fut tué par un gentilhomme huissier de la chambre du Roy, nommé Sébaftien de Rabutin, seignior de Savigny. Or, n’eftoit toutefois ledit loup (comme ledit seignior m’a dit, moy eftant à Fontainebleau, lan mil cinq cens cinquante quatre) femblable à nos loups communs mais avoit le poil tirant sur le léopard"

Des loups ayant un pelage tâcheté, une espèce disparue ? Cela arrangerait beaucoup de chercheurs. En tous cas le loup-cervier (lupus cervarius) était connu des Romains...

Source : bestiairedysengrin.monsite-orange; Jean de Marconville (Recueil memorable d'aucuns cas merveilleux advenuz de noz ans). Chez Dallier. Paris. 1564.

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Le loup-cervier de Bussy Rabutin


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