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FEMMES "COURAGE" 3

Page en construction Mis à jour le 28 août 2017

 

Si tu doutais encore du courage de ces femmes exceptionnelles, prend le temps de lire cette histoire.

Noor Inayat Khan

Noor Inayat Khan.jpeg

Noor Inayat Khan en 1943

Noor Inayat Khan, agent secret britannique, est morte le au camp de Dachau en Allemagne. Premier agent féminin à être envoyé en France comme opérateur radio, elle rejoignit le réseau PHONO d’Henri Garry en , mais elle fut finalement trahie, arrêtée, emprisonnée, reprise deux fois à l’occasion de tentatives d’évasion, déportée, maintenue à l’isolement et enchaînée pendant neuf mois à Pforzheim. Elle est finalement exécutée à Dachau, sans avoir jamais parlé ni coopéré avec l’ennemi malgré la torture.

 

- 1er janvier 1914 : Noor-Un-Nisa Inayat Khan naît au Kremlin, Moscou, Russie. Elle est princesse musulmane soufie de par son ascendance paternelle.

- 1916 : La révolution bolchevique grogne et sa famille quitte la Russie pour Londres. Inayat Khan fonde l’ordre soufi, une école pour initiés. Naissance de ces deux frères et de sa soeur :

  • Vilayat Inayat Khan (né en 1916 à Londres - mort le  à Suresnes)
  • Hidayat Inayat Khan (né en 1917)
  • Khair-un-Nisa Inayat Khan dite « Claire Ray Harper » (née en 1919), épouse Harper, mère de David Ray Harper

- 1921 : La famille rejoint Paris. Après plusieurs déménagements dans différentes banlieues, une riche néerlandaise, adepte des doctrines d’Inayat offre à la famille une maison sise à Suresnes, au 23 de la rue de la Tuilerie. Inayat lui donne le nom de Fazal Manzil, "La Maison des Bénédictions".

- 13 septembre 1926 : Son père décide de revenir aux sources du savoir et retourne en Inde où il meurt le 5 février 1927. Nooe poursuit ses études et décroche la bac au lycée de Saint-Cloud, une psychologie de l’enfance à la Sorbonne puis entre à l' École normale de musique où elle pratique la harpe.

N. Inayat-Khan

Elle est engagée par Radio Paris pour écrire des histoires pour les enfants.

- 1939 : Avec sa sœur, elle veut devenir infirmière.

- 14 juin 1940 : Les Allemands sont à Paris. Noor embarque avec sa famille sur un cargo belge, le Kasongo, pour le port de Falmouth, en Angleterre.

 - 22 juin 1940 : Noor et son frère Vilayat renoncent à leur principe de non-violence et décident de lutter contre le nazisme. Vilayat rejoint la marine.

- 19 Novembre 1940 : Noor s’engage dans la Women's Auxiliary Air Force en précisant qu'elle parle le français. Elle adopte le nom de Nora Baker (nom de sa mère). Elle suit un cours intensif d’opérateur radio au centre d’Édimbourg,

- 10 juin 1941 : C'est au centre de bombardiers de la RAF, à Abington, qu'elle obtient sa mutation. On la charge aussitôt de la liaison radio avec les bombardiers en vol. Rapidement, ses compétences d’opératrice radio sont reconnues et, pas avare de son temps, elle travaille jour et nuit, dormant ou somnolant dans les intermèdes.

- Fin 1941 : Elle demande à passer officier au renseignement.

- Printemps 1942 : Mutation au camp de Campton Basset, dans le Wiltshire, où elle suit une formation en transmission pour opérateurs radio clandestins.

- 10 octobre 1942 : Convocation à un entretien avec Selwyn Jepson à l’hôtel Victoria, sur Northumberland Avenue. Jepson est chargé du recrutement au Special Operations Executive, (S.O.E.), il lui explique la nature des missions et la prévient des risques encourus, soit une chance sur deux d'y rester. Il lui propose de la recruter sur le champ, elle accepte !

- 27 février 1943 : Après un entraînement intensif, elle est nommée sous-lieutenant de la WAAF. Elle travaillera en civil, ce qui signifie qu’elle sera isolée et non protégée par les Conventions de Genève.

- Mai 1943 : Alors qu'il ne lui reste que le stage de parachutage à suivre, Gilbert Norman " Archambault ", l’opérateur radio du réseau Prosper-PHYSICIAN a besoin d'une aide urgente. Contre l'avis des instructeurs, Maurice Buckmaster décide de la "lâcher" dès la prochaine lune, elle sera déposée de nuit par Westland Lysander pour devenir opérateur radio du réseau PHONO, sous-réseau du réseau Prosper-PHYSICIAN, dirigé par Henri Garry.

  • Elle est ainsi la première femme à être envoyée par le SOE comme opérateur radio en France occupée. Elle apporte avec elle comme équipement : une fausse carte d’identité, de faux tickets d’alimentation, un pistolet automatique, des stimulants (pour pouvoir rester éveillée ou fournir un effort physique exceptionnel), des somnifères (pour endormir quelqu’un à son insu), des simulateurs de nausées et une pilule de cyanure. Son poste radio doit être expédié séparément.

- 16 Juin 1943 : Elle est amenée en France pour l'opération "Teacher" par Westland Lysander, de nuit entre Tangmere et le terrain *INDIGDESTION près de Villevêque (Maine-et-Loire). C’est Henri Déricourt qui a organisé le vol et qui assure la réception des agents.

* Terrain d’atterrissage clandestin baptisé « INDIGESDTION », situé « au N-NE d’Angers, à 3,5 km O-NO de Villevêque (49) 

- 17 juin 1943 : Dès le soir, elle se rend en train à Paris. Elle est reçue par Henri Garry, le chef du réseau PHONO, et sa fiancée, Marguerite Nadaud au 40, rue Erlanger.

N. Inayat-Khan

- 19 juin 1943 : Elle est guidée à l’École nationale d’agriculture de Grignon, dirigée par M. Vanderwynckt.

  • L’école abrite l’état-major d’un groupe de résistants rattaché au réseau Prosper-PHYSICIAN, comprenant parmi des dizaines de personnes le professeur Alfred Balachowsky, le chef du groupe et Marius Maillard, jardinier de l’école, chargé de la réception des parachutages.

Noor, n’ayant pas encore reçu son matériel, commence à travailler avec celui de Gilbert Norman "Archambault".

- 21/22 juin 1943 : Balachowsky passe la nuit à Bazemont avec son groupe et réceptionne, au Roncey, un parachutage comprenant trois postes émetteurs destinés à Noor.

- 24 juin 1943 : Les trois dirigeants du réseau Prosper-PHYSICIAN sont arrêtés à Paris :

  • peu après minuit, Andrée Borrel "Denise", courrier
  • Gilbert Norman "Archambault", opérateur radio
  • puis dans la matinée, Francis Suttill "Prosper", le chef du réseau.

Début d’une série gigantesque d’arrestations parmi les agents du réseau et collatéraux. À Grignon, c’est l’alerte. Tout le monde se disperse. Noor s’enfuit avec son matériel. Henri Garry lui trouve un logement chez un membre du réseau, square Malesherbes.

- 29 juin 1943 : Henri Garry et Marguerite Nadaud se marient. Noor est présente à la mairie. Ils conviennent d'un rendez-vous rue Erlanger, pour partir ensemble au Mans.

Noor se rend à Viroflay, chez Madame Balachowsky qui la dissuade immédiatement de retourner rue Erlanger. La siruation dégénère et les risques sont sérieux... Heureusement, Noor suit le conseil :

  • La Gestapo est effectivement passée chez Garry pendant son absence, et le couple a décampé en laissant tout sur place.

 

Siège de la Gestapo

- 1er juillet 1943 : Malgré la situation, Noor se rend à bicyclette à Grignon pour émettre. Sur les lieux, elle constate que les Allemands en uniforme sont déjà là. Repérée, elle tire plusieurs fois et parvient à prendre la fuite.

La situation est critique. Pendant quinze jours, elle se cache dans l’appartement de Madame Aigrain., en compagnie de France Antelme" Renaud" (alias Antoine Ratier).

N. Inayat-Khan

Maurice Buckmaster propose à Noor de partir pour l'Angleterre, mais Noor veut continuer son travail pour ne abandonner ses camarades français et les laisser sans communications. Se déclarant même capable de reconstituer un groupe de militants, elle continue à transmettre difficilement un grand nombre de messages vers l’Angleterre, car elle ne peut transmettre depuis chez Madame Aigrain, malgré les moyens de détection radiogoniométriques que l’ennemi concentra sur son émetteur.

- 15 juillet 1943 :  Elle repère un studio minuscule, situé 3 boulevard Richard-Wallace à Neuilly. L'emplacement est très risqué puisque le reste de l’immeuble est occupé par les SS. Elle ne peut donc émettre.

- 19 juillet 1943 : France Antelme rentre en Angleterre par avion Lysander.

- Fin juillet 1943 :  Lors d'une mission près d’Auffargis, elle manque de se faire prendre mais parvient une fois de plus à se fondre dans la nature. La  perquisition des Allemands leur permet, pour la première fois, d’enregistrer le nom de " Madeleine " dans leurs fichiers.

- Août 1943 : Noor se trouve être la seule à être opérationnelle. Tous les autres opérateurs radio se sont fait prendre ou ont disparu. Elle devient donc l'unique opérateur radio libre de la section F en action dans la région parisienne.

Les opérateurs radio en question sont :

  • John Macalister « Valentin », du réseau avorté Bertrand-ARCHDEACON, arrêté le 21 juin ;
  • Gilbert Norman « Archambault », du réseau Prosper-PHYSICIAN, arrêté le 24 juin ;
  • Gaston Cohen « Justin », du réseau Robin-JUGGLER, qui s’est mis à l’abri après l’arrestation de son chef Jean Worms « Robin » le 1er juillet ;
  • Jack Agazarian « Marcel », du réseau Prosper-PHYSICIAN, arrêté le 26 juillet ;
  • Roland Dowlen « Richard », du réseau Sébastien-CHESTNUT de William Grover-Williams, arrêté le 31 juillet ;
  • André Dubois « Hercule », du réseau DONKEYMAN, rendu indisponible après que sa famille a été arrêtée et déportée début août.

* Colin Gubbins vient d’être nommé à la tête du SOE. Il écrit à propos du poste de Noor : " Son poste est actuellement le plus important et le plus dangereux en France".

- Août 1943 : Le major Nicolas Bodington, numéro 2 de la section F, se rend en France pour enquêter sur l’effondrement du réseau Prosper-PHYSICIAN et rencontre Noor. Il insiste pour que la section F demande son rappel, mais elle refuse, prétextant qu’elle attend l’arrivée de son remplaçant, et elle manque dans la nuit du 16/17 août,  le Lysander qui ramène en Angleterre :

  • Claude de Baissac " David "
  • Lise de Baissac " Odile "
  • Nicolas Bodington .

- 30 août 1943 : Dans un appartement de la place de l'Alma, le Conseil national de la Résistance s'est réunit pour élire le remplaçant de Jean Moulin, arrêté le 21 juin à Caluire : Georges Bidault est désigné comme nouveau leader. Noor, dans l’arrière-cuisine, transmet l’annonce du résultat à Londres avec son émetteur.

- Octobre 1943 : Noor est trahie par Renée Garry, sœur du chef du réseau PHONO. Jalouse de ne pas faire partie du réseau elle a dénoncé la courageuse opératrice et demande 100 000 francs comme récompense, soit un dixième du prix que les Allemands auraient payé sans broncher pour une telle proie.

- 13 octobre 1943 : Noor est arrêtée à son domicile : au premier étage du 98 rue de la Faisanderie, à 200 mètres du siège du *SD, la Gestapo, avenue Foch.

* 72, avenue Foch : siège de la Sipo-SD, Police de sûreté allemande, aussi appelée Gestapo, pour la France. hôtel Crillon (place de la Concorde) ...

  • Rentrant chez elle, Noor s’aperçoit que deux hommes sont postés devant l’immeuble. Elle se cache dans une ruelle perpendiculaire et attend quelques instants, puis reprenant l’observation, constate que les hommes ont disparu. Tranquillisée, elle rentre dans son appartement. En réalité, les Allemands y ont tendu une souricière et l’agent Pierre Cartaud, posté là par Ernst (Vogt ?), l’y attend. Dès qu’elle entre, il la saisit, mais elle se débat furieusement et le mord. Utilisant son pistolet, il la menace d’arrêter sa logeuse Solange. Elle se calme. Pierre Cartaud peut appeler du renfort. Elle est emmenée avenue Foch non loin de là, et présentée à Karl Bömelburg, chef de la Gestapo en France. Dans l’appartement, les Allemands trouvent non seulement son poste émetteur, mais un cahier d’écolier rangé dans sa table nuit, dans lequel elle a consigné tous les messages chiffrés envoyés ou reçus de Londres, avec leur traduction en clair16. Grâce à ces prises, ils engageront avec Londres un Funkspiel, mené par Josef Goetz pendant plusieurs mois. Ainsi, jusqu’au printemps 44, Londres croira PHONO fiable, ce qui entraînera l’envoi de plusieurs agents du SOE directement entre les mains de l’ennemi.

- Premier jour d'incarcération : Noor demande à Hans Kieffer à se rendre aux toilettes, sans menottes. Sitôt dans le local, elle escalade la fenêtre et atteint le toit. Malheureusement, il n'existe aucun moyen pour descendre; elle est reprise....

- Nuit du 24 au 25 novembre 1943 : Nouvelle tentative d’évasion, en compagnie de John Starr "Bob" et Léon Faye "Aigle", chef du réseau français ALLIANCE rattaché à l’Intelligence Service. C'est un échec !

* Hans Kieffer leur demande de donner leur parole d’honneur de ne plus tenter de s’évader. Seul Starr accepte de signer. Noor et Faye refusent.

- 27 novembre 1943 : Noor est transférée à la section féminine de la prison civile de Pforzheim, près de Karlsruhe, dans le nord de la Forêt-Noire. Le directeur de la prison,Wilhelm Kraus, reçoit l’ordre de la traiter selon le décret Nacht und Nebel (NN), et de l’attacher par les pieds et les mains. Une troisième chaîne relie ses mains et ses pieds; elle a besoin d’aide pour se nourrir et se laver; sa cellule l’isole des bruits extérieurs par deux épaisses portes d’acier. Ce régime lui sera appliqué pendant les neuf mois où elle va rester à Pforzheim.

- 27 Mars 1944 : Son nom est proposé à l’Ordre de l’Empire britannique.

- 10 septembre 1944 : Noor est transférée à la prison de Karlsruhe, où elle rejoint :

  • Yolande Beekman " Mariette "
  • Éliane Plewman "Gaby "
  • Madeleine Damerment " Solange "

qui s’y trouvent depuis leur transfert de Fresnes le 12 mai.

- 11 septembre 1944 : Leur départ est prévu pour le lendemain matin.

- 12 septembre 1944 : La Gestapo les emmène en train à Munich. Dans la soirée, elles prennent un nouveau train pour Dachau, à 20 km au nord de la ville. C’est à pied qu’elles finissent la route jusqu’au camp de concentration, où elles sont enfermées dans des cellules individuelles.

- 13 septembre 1944 : Les quatre femmes sont emmenées jusqu’à un mur situé derrière le four crématoire. Leurs vêtements sont arrachés et elles sont violemment battues.

* Selon un témoin oculaire qui écrivit 14 ans après les faits :

" Noor est rouée de coups par l’officier SS qui dirige le camp. Il s’est acharné sur elle avec une violence inouïe. Elle n’a pas pleuré et elle n’a rien dit. Quand il a été à bout de souffle et que la jeune femme n’était plus qu’un tas de chairs ensanglantées, il lui a dit qu’il allait la tuer. Le seul mot qu’elle ait dit avant qu’il ne lui tire une balle dans la nuque, c’est "Liberté !

Mortes ou mourantes, les quatre femmes sont brûlées dans le four crématoire.

L’officier SS, Friedrich Wilhelm Rupert, sera condamné pour d’autres crimes et exécuté en mai 1946.

Après deux autres agents du SOE, Odette Sansom et Violette Szabo, Noor Inayat Khan fut la troisième femme à qui le Royaume-Uni a décerné la George Cross. Elle fut également décorée de l’Ordre de l’Empire britannique, et par la France de la croix de guerre 1939-1945.

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Odette Sansom       et       Violette Szabo

  • Odette, sous le nom de guerre « Lise », fut courrier du réseau SPINDLE dirigé par Peter Churchill actif dans le midi de la France. Arrêtée par les Allemands et déportée à Ravensbrück, elle survécut.
  • Violette effectua deux missions en France occupée, mais, arrêtée, elle fut déportée en camp de concentration et exécutée.

Cette femme a mérité autant d'honneurs et de respect que le droit au souvenir. Coeur qui bat    Rien n'obligeait ces héroïnes à risquer ainsi  leur vie. Une certitude, un désir de défendre la LIBERTÉ, un devoir qui leur sera fatal. Mais aussi leur Amour de la France...

Sources : Born for Sacrifice: The Story of Noor Inayat Khan, London, Pan Books, 1957. Wikipédia.

Aiguail

 

La Jeanne d’Arc du Nord

Louise de Bettignies 1880 1918 

Louise Marie Henriette Jeanne de Bettignies

- Octobre 1914 : A l’automne la ville de Lille se trouve sur le chemin de la 6e armée des troupes de l’empereur allemand Guillaume II. Le siège ravage la capitale du Nord.

- 13 octobre 1914 : La ville tombe et l’administration allemande confixe les plus beaux bâtiments pour s'y installer, à l'instar de  deux généraux, von Heinrich et von Grävenitz.

La situation est différente parmi la population, si certains en profitent d’autres s’organisent pour y résister, telle que Louise, Louise de Bettignies.

En 1914, Louise a 34 ans et sa famille descend de l'une des plus anciennes familles nobles du Nord. Noble mais ruinée, ce qui ne privera pas Louise de sérieuses études de lettres, de la faculté de Lille à celle d'Oxford. Louise est une jeune femme exgeante avec elle-même.

- Octobre 1914 : Louise se fait déjà remarquer. Alors que les obus s’abattent sur la ville, elle court de partout pour transmettre des consignes, acheminer eau et médicaments, s’occuper des blessés et rendre service.

- Fin 1914 : Louise tente de contacter le réseau d’espionnage français, mais son offre d'aide est refusé. Tenace, Louise se débrouille pour passer en Angleterre et prendre contact avec l’Intelligence Service. Aussitôt le Service flaire les capacités de la jeune femme décidée et inconnue de l’ennemi. De plus elle parle quatre langues et est déjà infiltrée dans tous les milieux aristocratiques dans le Nord de la France.

Les Anglais, confiants, lui procurent argent et contacts. Louise saisit cette occasion pour créer en quelques mois un réseau d’espionnage dense et bien organisé d'une rapide efficacité :

  • Elle créée le service Ramble, surnommé rapidement "réseau Alice" en référence à son nom de guerre.
  • Renseignement militaire
  • Espionnage
  • Fausses informations
  • Plans précis et documents
  • Louise, Alice pour les autres, dirige près d’une centaine d’agents : employés de chemin de fer, postiers, voituriers, médecins, prêtres…

Toutes les informations recueillies sont exploitées, vérifiées et recoupées avant d’être transmises aux Anglais, soit par son intermédiaire, soit par son "second", Marie-Léonie Vanhoutte, une infirmière de Roubaix plus connue du réseau comme "Charlotte".

En solitaire, à pied ou en vélo, "Alice" fait plus de 40 fois le trajet vers Gand et Bruxelles occupées, d'où renseignements et cartes sont ensuite envoyés vers l'Angleterre.

Les Allemands soupçonnent une anomalie dans les Flandres : leurs déplacements et leurs initiatives semblent connues des alliés qui connaissent leurs mouvements en avance et ciblent leurs convois avant qu'ils n'’arrivent vers la ligne de front…

- Début 1916 : Le réseau Alice communique une information précieuse : l’heure et le trajet exact du train emprunté par le Kaiser lui-même, Guillaume II, derrière les lignes de front.

Deux avions anglais accueillent l'arrivée de l'empereur et l'arrosent de quelques bombes et mitraillages, mais sans succès. Le Kaiser en est quitte pour une peur bleue et il pique une colère mémorable, promettant des représailles tant pour l'ennemi que pour ses "protecteurs".

Le réseau Alice est sans doute compromis et peut-être infiltré.

- Octobre 1915 : Louise transmet un dernier message :

  • Elle annonce aux Anglais que l’armée allemande programme une énorme opération militaire sur le front français début 1916, en précisant le lieu : à Verdun.
  • Le renseignement est transmis à l’état-major français qui, hélas, n’y croit pas !

- Février 1916 : L’attaque sur Verdun commence et durera 10 mois, provoquant la mort de personnes.

 

Parallèllement, Louise se fait prendre au cours d’un contrôle de routine, elle transporte sept pièces d’identité différentes.

Accusée d’espionnage, Louise est condamnée à la peine capitale au cours d’un procès expéditif.

la Croix Rouge lance alors une campagne internationale contre les exécutions de femmes. L’Allemagne semble d’abord faire preuve d’une relative clémence en commuant sa peine qui est réduite aux travaux forcés à perpétuité.

Louise est transférée en Allemagne, à Sieburg et, la même nuit, Joffre la fait citer à l’ordre de l’armée française, pour services rendus à la patrie.

Malgré des conditions de détention pitoyables et blâmables, Louise réussit à se rendre "utile et gênante", en persuadant toutes ses camarades de refuser de fabriquer les têtes de grenades dans les ateliers de la prison. Elle réussit également à faire parvenir à l’évêque de Lille une lettre qui dénonce les conditions de détention imposées par les Allemands.

On lui refuse de l’encre, Louise l’écrit avec son propre sang.

La lettre fait scandale, l’Église s’émeut et le Vatican lui-même intervient auprès des autorités allemandes, réclamant le transfert de Louise en Suisse. Refus catégorique. Son sort empire, alors qu’elle est emmurée une énième fois au cachot, Louise est sciemment privée de soins alors qu'elle souffre  d'une pleurésie.

- Septembre 1918 : Opérée, malgré tout et dans des conditions abominables, d’un abcès pleural, Louise décède quelques semaines à peine avant l’Armistice. Elle avait 38 ans.

* Son corps sera rapatrié en 1920 vers la France, sur un affût de canon.

Louise est enterrée à Saint-Amand les Eaux, près de Lille où école, rue et place porte son nom.

Louise Marie Henriette Jeanne de Bettignies a été décorée à titre posthume :

  • Croix de guerre avec palmes
  • Chevalier de la Légion d’Honneur
  • Military Cross, officier de l’Empire Britannique

La "Jeanne d’Arc du Nord" (expression dûe à l’évêque de Lille de l’époque), Louise de Bettignies "avait" pourtant disparu des mémoires. 

 

Aiguail

 

 


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