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LA BÊTE DU GATINAIS

Mis à jour 03 mars 2017

 

LA BÊTE DU GATINAIS

dite aussi " MALE BESTE "

DESSIN DE RENE MOREL* (ALMANACH DE SEINE-ET-MARNE)

 

- 1652 : La campagne au sud de Paris est dévastée par la guerre intestine liée à la Fronde des Princes. Des cadavres à vau-l'eau parsèment les terres de la région suite au siège d'Étampes. Les épidémies menacent se nourrissant des pourritures cadavériques. Le typhus s'allie à la famine pour gonfler la mortalité, attirant les charognards de tous genres parmi lesquels des loups, devenus nécrophages. De nombreux témoingnages signalent qu'ils s'attaquent aux plus faibles des populations misérables des villages du Gâtinais. La forêt de Fontainebleau et les bois du Hurepoix, (l'Essonne et de la Seine-et-Marne), sont une nécropole à ciel ouvert.

ARCHIVE :

Source : Arch. com. Videlles (Essonne), registre paroissiaux, année 1654.

« Livre des défunts de la paroisse de Saint Léonard de Videlles...  Le 16e du mois d'août 1654 décéda Marie Michaut, fille de Marin Michaut, et de Jeanne Goubé, après avoir été presque dévorée par une louve ravissante... Il est ici nécessaire de laisser ici par écrit, s'il était possible de le faire, le nombre des enfants, petits et grands, femmes même fortes et grandes, que deux bêtes farouches, loups ou louves, qui avaient mangé des corps morts au siège de la ville d'Étampes l'année 1652, [dévorèrent à] Videlles, Mondeville, Moigny, Courances, Dannemois, Soisy, Boutigny, La Ferté-Alais, Saint-Germain, Courdimanche et  jusque près de Milly et quantité d'autres paroisses que  je ne nomme pas. Il y eut bien trois ou quatre cent personnes mangées, dévorées, mises en pièces. Cela dura trois ou quatre années. »

 

- Fin 1652 :  Les victimes sont nombreuses mais plusieurs loups mangeurs d'hommes sont anéanties.

ARCHIVE

  • La première victime nommément désignée à Champcueil (Essonne):

« Le 17e août 1652 Marie Cochereau, femme de Philippe Gaillard, misérablement mangée et dévorée par la bête ravageant tout le pays ».

Source : Arch. com. Champcueil (Essonne), registre paroissial, 1637-1749/vue 25.

 

- 18 avril 1653 : Les ravages diminuent fortement après la destruction d'une " bête venimeuse ressemblant à un loup".

Le témoignage de Jean Bareau qui narre avoir : " vue ladite bête étant en forme de métir, qui avait le poil blond et le col blanc, se voulant jeter sur ledit Bereau pour le terrasser en venant de Milly audit Moigny, et est celle que l'on a tuée, après avoir vue et considéré il y a environ cinq à six semaines"

- Un texte surmonté d'une gravure allégorique est affiché afin d'effrayer les esprits.

Un représentant Lupus empaillé, désigné comme "la bête", était accompagné de cette légende :

" Description d’une partie des meurtres et carnages faits par l’horrible monstre ci-dessus dépeint dans le pays de Gastinois, qui fut tué le vendredi saint vingtième jour d’avril 1653, apporté à sa majesté par les habitants de Moigny ". 

L’animal empaillé est exposé au public à Paris pendant qu'un notaire est mandaté pour dresser la liste des crimes de "la Beste". Ainsi on apprend qu’à " Moigny sur école, un petit village situé entre Etampes et Fontainebleau, et dans les paroisses des environs, la beste  a mangé ou blessé près de six vingt (120) personnes ".

D'après les descriptions d'époque, on imagine un hybride de loup et de chien :

Un marchand, Louis Chartier, déclare au notaire avoir vu ladite bête ' qui n’était en forme de chien, ni loup'.

Un autre la décrit comme étant " en forme de métis avec le poil blond et le col blanc".

  • Autour de La Ferté-Alais, sur un secteur allant de Fontainebleau à Étampes, près de 500 victimes ont été recensées entre 1652 et 1657.
  • Sur Rambouillet et Étampes, on compte 250 victimes entre 1678 et 1683.
  • Entre 1687 et 1695 entre Chartres et Montlhéry, les actes de décès d’une centaine de personnes attaquées font foi du carnage.

Il faut signaler que l'époque était propice aux chiens errants et affamés et que la rage sévissait allègrement.

La " bête du Gâtinais " est née, l'image est terrifiante et la mise en scène toute aussi efficace.

Bete du Gatinais.3jpg

Le décor est un immense désert parsemé d'ossements. Au premier plan, une bête, hybride de louve, d'ourse et de lionne, est  qualifiée d' « horrible monstre ». Sous elle gît une femme morte dont la poitrine est déchirée, et la tête arrachée de son enfant. Derrière, un animal qui semble un loup s'arrange de restes.

- 16 octobre 1655 : Montmorin, marquis de Saint-Hérem et grand louvetier de France, est considéré comme un sauveur lorsqu'il détruit « cette vilaine bête ", mais très vite d'autres victimes sont retrouvées se multiplient jusqu'en juillet 1657. Une autre "beste" sévit...

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A la même époque (1655) une autre « mauvaise bête » décrite comme " une bête féroce d'une forme extraordinaire et qui dévoroit dans le Gastinois autant de femmes et d'enfans qu'elle en pouvoit rencontrer" s’illustra dans les environs . Elle fut elle aussi - à moins qu’il ne s’agisse de la même - exposée en public par deux personnes, dont un « cocher de corps » du Roi. C’est peut-être cette bête qui, après huit jours de traque, fut tuée en octobre 1655 dans les chaos rocheux de la forêt par Gaspard de Montmorin, marquis de Saint-Hérem, grand louvetier de France et capitaine des chasses en forêt de Fontainebleau.

Les identités de 58 victimes figurent et ont été retrouvées dans les registres paroissiaux

 

A Etampes, Catherine Sagot a été « étranglée par un loup âgé de sept ans », rapporte l’acte de décès du XVe siècle.

 

ARCHIVE :

Dans ses notes, publiées par la Société d’Emulation de Montargis, le curé Jean Delarue de Nancray décrit :

" l’incursion de bestes féroces qui ont ravagé dans le pays depuis dix huict à vingt ans durant, principalement autour de Milly en Gastinois et jusque dans ces quartiers ".

« c’étoient de certaines bestes carnassières qui estoient comme un grand léverier (lévrier), on ne scait si c’étoient des loups cerviers mais elles faisoient un si grand carnage que personne n’étoit en seureté par la campagne, principalement les femmes et les filles. Pour s’assurer, elles alloient par bandes et avec armes ou avec des hommes qui avoient des armes à feu, on fit des chasses pour la prendre, cela ne servoit de rien. Jau creu que c’étoient quelques bestes ensocelées et non des sorciers car cette beste mangeoit beaucoup de chair humaine car se ruaient sur des femmes, leur prenoit d’abord à la gorge pour empescher le cry et leur manjoit le sein et autres endroits plus charnus, nettoyant la face, mangeant les yeux. Elle se mettoit sur le haut des rochers pour descouvrir quelque femme ou fille puis courroit sus si viste et subtilement quelle avoit plus tost faict son coup que la personne attaquée et sa compagnie n’y avisoit. Un homme marrant sa vigne et sa femme avec luy a une ou deux enjambée ne sapperceut pas que sa femme estoit dévorée de cette beste car se tournant pour lui dire travaille donc, vit que la beste la mangoit , et ce silence venait qu’elle prenoit dabord à la gorge.Les remèdes humains n’y firent rien, on eut recours aux divins, on fit des prieres et processions et il pleut à Dieu de retirer ce fleau si sanglant dont il menace dans l’escriture. Nous fismes aussy nostre devoir après avoir apperceu que jusqua nos portes on en vit car des personnes furent tuées à Boiscommun, Nibelle et ailleurs. Dans la feste de Saint Loup, une femme fut fort blessée mais par bonheur elle se déffendit mais elle en demeura estropiée comme il arrivoit à plusieurs desdits pais qui se deffendoit parce qu’elle se jettoit à la gorge ou à la face, il sen est trouvé de courageuses femmes qui se sont battues contre mais quelque homme paraissant luy faisait quitter prise, elle attaquoit rarement les hommes parce qu’on alloit toujours avec armes. On a remarqué quil y eut des tués et blessés jusqu’à plus de dix huict cens, j’ay appris que dans Milly seul ou elles estoit moins il y en eut plus de soixante de tués et blessés à mort. Moi qui escrit ces lignes, revenant de Beaune a un soir, je croy avoir trouvé une de celle la mais par la grâce de Dieu et la protection de la sainte Vierge je n’eu que la peur. Je n’en vouleu parler de peur d’espouventer mais je pris la resolution de faire procession et prières publiques que nous fismes »

Notes du curé Jean delarue de 1662 à 1687. Bulletin de la Société d’emulation de Montargis no 110. 1999.

 

Source : unicaen.fr; Jacques Baillon, Le loup, autrefois, en Beauce;

 

En forêt de Fontainebleau les flâneurs coutumiers connaissent sûrement l'historique de ces croix élevées aux carrefours : elles étaient des repères aux réunions des chasseurs. La Croix de St Hérem fut baptisée du nom du Grand Louvetier, gouverneur du château de Fontainebleau, Gaspard de Montmorin Saint-Hérem. Plus d'un siècle avant la bête du Gévaudan, en octobre 1655, Gaspard de Montmorin-Saint-Hérem, louvetier et capitaine des chasses, terrassa (?) la monstrueuse louve (?) après l’avoir traqué huit jours d’affilée dans les chaos rocheux de la forêt. L’histoire précise qu’il fut aidé de 120 chiens et que cette chasse fut racontée à Louis XIV, qui trouva ça plutôt hilarant.

Elle fit aussi l’objet d'une longue description dans le récit en vers du poète Jean Loret à la duchesse de Nemours par Loret, le 9 octobre 1655 :
 
« J'ay sceu d'un nommé Ségnor Carie,
Qu'à Fontainebleau fort l'on parie
D'un certain diantre d'Animal
Qui fait alentour bien du mal :
Car pour manger enfant, ou femme.
Par une gourmandise infâme.
De telle viande, dit-on.
Il est étrangement glouton :
On l'appelle la Male-Beste,
Et l'on le craint comme tempête,
Tant il est âpre et carnassier :
Aucuns disent, c'est un Sorcier,
Et pour mieux inculquer leur dire
Ils en font cent contes pour rire,
Tous bizarres, tous merveilleux.
Mais apparemment fabuleux :
Car selon l'avis des plus sages,
Et non pas des Gens de Villages
Qui toujours s'abusent beaucoup,
Cet animal n'est qu'un grand loup,
Dont la mâchoire et la bedaine
Sont avides de chair humaine.
Or j'appris par un paquet, hier.
Que Saint-Héran, grand Louvetier,
Homme de cœur et de vaillance.
Et la terreur des Loups de France,
Avec des chiens forts résolus.
Au nombre de six-vingt, ou plus.
Assisté de maint Volontaire,
Doit chasser ce Loup sanguinaire(…)»
 
« Enfin, Monsieur de Saint-Héran,
Qui prend des trente Loups par an,
A pris cette Beste vilaine
Qui mangeait tant de chair humaine,
Et dont il se faisait partout
Cent contes à dormir debout.
Ce n'était Lion, ni Lionne,
Tigre, ni Tigresse félonne,
Crocodile, ni Lestrigon,
Ni Rhinocéros, ni Dragon,
Ni Léopard : mais il se trouve
Que c'était une horrible Louve,
D’aspect rude, ardant et hideux,
Et grande du moins comme deux.
Cet animal fier et barbare.
Sans respect, ni sans dire gare.
Mit d'abord en grand désarroi
Dix ou douze des chiens du Roy;
Barchaut et Barbaut, Chiens de Brie,
L'attaquèrent avec furie.
Mais, ma foi, Barbaut et Barchaut,
Virent qu'il y faisait trop chaud ;
Clabaut, Rustaut, firent merveilles,
Mais l'un y laissa les oreilles.
Et l'autre en bien se défendant,
Décéda d'un grand coup de dent;
Grizard et Croquant, à peau brune,
Voulurent-là, busquer fortune :
Mais Grizard mourut en busquant,
Et la Louve croqua Croquant :
Gripe-Loup, Brifaut, Gueule-noire,
Ayans aiguisé leur mâchoire
Ne s'acharnèrent point trop mal
A l'entour du fier animal :
Mais leur feu fut un feu de paille,
Gripe-loup perdant la bataille.
Fut, enfin, lui-même grippé.
Gueule-noire fut étripé;
On ouï Brifaut, d'une lieue,
Car étant mordu par la queue,
Aboya, cria, hurla.
Et mourut à cent pas de-là.
Enfin, la Louve faisait rage,
Occasion et grand carnage;
Mais tout à l'instant il survint
Un gros de Lévriers faisant vingt,
Puis encor un autre de trente,
Qui d'une fureur violente
Etans excitez des Chasseurs,
Furent tout-à-coup agresseurs.
La Beste réduite à ce terme,
Fît encore quelque temps ferme,
Avec rigueur se défendit,
Bondit, fondit, fendit, mordit,
Mais l'assaut se trouvant trop rude
De cette grande multitude,
D'angoisse, enfin, elle étouffa,
Et Saint-Héran en triompha.
De la chasse, toutes les pompes,
L'aboie des chiens, le son des trompes,
Les échos répondants aux cors,
Qui faisaient de charmants accords,
Célébrèrent cette Victoire,
Et puis chacun s'en alla boire;
Car, pour dire la vérité.
Us l'avaient très-bien mérité.
On dit que le Roy nôtre Sire,
Entendant raconter et dire
Le tintamarre et hourvari,
En avait de très bon cœur rit :
Saint-Héran, lui-même, eût la gloire
De lui narrer au long l'histoire,
Et marquer tout ce qui fut fait,
Dont il parut fort satisfait.
Enfants, Bergers, Femmes, Pucelles,
Qui de frayeurs continuelles,
Aviez les pauvres cœurs gênez,
Désormais allez et venez,
Vous n'avez plus besoin d'escorte.
Puisque la male-bête est morte (…)
 
 
Dans ses mémoires, Madame de La Guette en parle en ces termes :

« Je me résolus de me retirer à ma maison de campagne, et, avant que d'y aller, je fus requérir mes filles, qui étaient Villechasson, dans le Gâtinais, justement dans le temps que cette misérable bête y dévorait tant de gens qu'une de mes parentes me dit qu'elle en avait déjà fait mourir plus de six cents de compte fait. Elle en voulait particulièrement aux femmes et aux filles, et leur mangeait les deux mamelles et le milieu du front, puis les laissait là. Cela causait par tout le pays une si grande consternation, qu'on ne parlait que de la bête du Gâtinais comme d'une chose effroyable. Quand je fus à Montereau-Fault-Yonne, il y eut des gens qui me voulurent donner l'épouvante de cet animal ; ce qui ne m'empêcha pas de passer outre avec ceux que j'avais menés. Je ne trouvai rien en chemin, qu'un grand nombre de personnes qui allaient par bandes, armées d'épieux, de fourches, de hallebardes, d'épées et de toutes sortes d'armes pour se défendre, en cas qu'ils eussent rencontré ce monstre »

* Source : René Morel : La « Beste du Gastinois », Le Briard, 1904, p 154. Célestin Moreau : Mémoires de Madame de la Guette, Paris, 1856, p 174/175

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